Les Harmoniques

Marcus Malte, l’auteur de Garden of Love, un polar étrange primé à de multiples reprises, nous revient en ce début d’année avec un roman noir sombre et sulfureux.

On y fait la connaissance de deux personnages charismatiques : un grand noir appelé Mister, pianiste de jazz réputé mais peu loquace, et son ami Bob, chauffeur de taxi polyglotte, qui erre sans but au volant de sa vieille 404. Les deux compères qui viennent de perdre l’une de leurs amies, une certaine Vera Nad (retrouvée brûlée vive), estiment que l’enquête policière est bâclée et décident à leur tour de découvrir la vérité.

Mais certaines choses ne gagnent pas à être remuer, surtout lorsqu’il est question de drogue, de réfugiés des balkans et de mafia serbe. Et lorsque la politique s’en mêle, le tout prend des allures de bombe incendiaire, et l’enquête se transforme vite en descente aux enfers.

Avec ce polar pétri de références (dont quelques clins d’oeil appuyés à l’actualité), Marcus Malte nous fait une démonstration de son talent. On retiendra outre des personnages taillés dans du béton armé, un style souvent lyrique, une écriture splendide qui malgré tout n’épargnera pas le lecteur, notamment lors des passages traitant de la guerre en ex-Yougoslavie et du siège de Vukovar.

Entre blues et jazz, amour et pouvoir, Les Harmoniques est un grand roman noir français, fidèle au genre et sans improvisation (si ce n’est quelques pointes d’humour), terrible et efficace qui vous tiendra en haleine jusqu’au bout. Vous y ferez aussi des rencontres aussi surprenantes que glaçantes : un joueur de guitare à l’accent balte accompagné d’un accordéoniste aveugle, un peintre manchot dont le regard en dit long, un paysan affable qu’on appelle « Sang de Boeuf », un ministre de l’Intérieur véreux et assoiffé de pouvoir… Sans compter la présence de Vera Nad, figure mélancolique et idéalisée que poursuivent inlassablement nos deux héros.

Marcus Malte nous offre en ce début d’année une ballade hantée et noire à lire au coeur de la nuit.

Les Harmoniques, Marcus Malte, Gallimard Série Noire 19 €.

L’Heure du Roi

En ce début d’année, un livre est sur toutes les lèvres : Indignez-vous ! De Stéphane Hessel. D’après le magazine Livres Hebdo, le tirage aurait atteint les 950 000 exemplaires, ce qui est rare pour un livre de ce type. Preuve en est qu’en ces temps que l’on dit « difficiles », le livre est une source d’espoir, d’inspiration, et une porte sur un avenir meilleur.

Je profite de cette occasion pour rebondir sur un autre « petit » livre, à paraître le 13 janvier dans la collection de poche des éditions Viviane Hamy : L’Heure du Roi, de Boris Khazanov. Ce roman russe de 100 pages a longtemps circulé sous le manteau dans l’ex-URSS, avant d’être finalement publié en Allemagne, puis chez nous grâce à la merveilleuse traduction d’Elena Balzamo.

Il raconte l’invasion des troupes allemandes pendant la seconde guerre mondiale d’un minuscule royaume imaginaire. L’affaire est vite bouclée, sans affrontements, et l’occupation est aussitôt mise en place. Et bien évidemment les mesures qui vont avec : installation d’un régime totalitaire et déportation des juifs. Le roi, vieillissant et placide, laisse les choses se faire et se rend compte que son pays lui échappe. Il fait alors un rêve étrange et sombre, qui lui apportera un sursaut de conscience. Cela lui donnera le courage de faire un geste simple mais lourd de symbole, qui sauvera son pays (et lui-même) de la honte.

Alors l’indignation est une chose, mais comme le dit la traductrice dans sa postface : « Se sentir libre ne suffit pas, il faut agir en homme libre ». Je vous invite donc à lire ce magnifique récit de Boris Khazanov, simple mais juste. Entre sagesse, action et réflexion, L’Heure du Roi est le livre idéal pour commencer cette nouvelle année.

Au passage je vous souhaite à tous, chers amis lecteurs et clients, une bonne année 2011 !

Frédéric.

L’Heure du Roi, Boris Khazanov, à paraître le 13 janvier dans la collection de poche « BIS » aux éditions Viviane Hamy, 7 €.

Le Journal secret d’Amy Wingate

La dernière petite perle à lire ou à offrir en cette fin d’année s’appelle Le Journal secret d’Amy Wingate, de Willa Marsh qui avait déjà été remarqué en France avec Meurtres entre soeurs.

Dans ce roman écrit sous la forme d’un journal intime, nous faisons la connaissance d’une institutrice à la retraite, Amy Wingate, qui vit seule dans une demeure victorienne au bord de la mer, et qui partage régulièrement son temps avec un couple d’amis plus jeunes qu’elle. Langue de vipère, pince-sans-rire, manipulatrice, Amy cache bien son jeu et se moque sournoisement de son entourage. Pourtant une rencontre inattendue avec Gary, un punk cleptomane qu’elle va prendre d’affection, va bouleverser son quotidien bien tranquille et faire remonter à la surface des secrets peu glorieux, qui finiront par aider notre cinquantenaire à se remettre en question.

Il y a des livres à qui l’on voudrait coller un bandeau : A lire au coin du feu après avoir enfermé votre mari dans la cave. C’est le cas avec ce séduisant roman anglais qu’on savoure comme une délicieuse pâtisserie, avec gourmandise et un plaisir coupable. Il faut lire Willa Marsh, ce curieux mélange entre Jane Austen et Hitchcock… A déguster sans modération !

Le journal secret d’Amy Wingate, Willa Marsh, éditions Autrement 17 €.