Les araignées ne sont pas vendeuses.

C’est une histoire drôle, ou presque.

L’histoire d’un flop.

Un souvenir gênant que vous aimeriez bien glisser sous le tapis.

Il était une fois un représentant d’une célèbre maison d’édition qui un beau jour vous conseille un roman. Il y est question d’une invasion d’araignées qui plonge le monde dans le chaos… Curieux de découvrir ce thriller apocalyptique, vous lisez quelques pages et très vite vous continuez. Il faut admettre que ça fonctionne plutôt bien ! Certes on ne fait pas dans la dentelle littéraire, mais après tout un « blockbuster » de temps en temps, qu’il soit livresque ou cinématographique, ça ne fait pas de mal. Vous le mettez donc en avant à la librairie et rédigez même un petit texte de présentation.

Mais voilà… Les araignées, ça ne fait pas vendre ! (en tout cas, pas chez nous) Malgré quelques tentatives de conseil, les moments de solitude se succèdent et la pile ne descend pas. Alors vous espérez que ça marchera tout seul, après tout la couverture est réussie… Mais non rien à faire. Cela devient la pile de trop, le coup de coeur que vous traînez comme un boulet. Vos collègues vous regardent avec un petit sourire en coin et un air affligé à chaque nouvel échec… Vous surprenez des regards entendus et des yeux levés au ciel… Même votre apprentie ne vous respecte plus, c’est la fin. Au bout du compte, après des mois et une petite couche de poussière, vous finissez par accepter l’inéluctable : c’est un bide. Alors vous retournez la pile de neuf exemplaires (parce que vous en avez vendu un malgré tout, peut-être sur un malentendu mais c’est mieux que rien) discrètement la nuit, librairie fermée, entre deux patrouilles de la police municipale, pour que personne n’assiste à votre humiliation.

Mais ce n’est pas grave, vous n’êtes pas rancunier, vous retenterez au moment de la sortie en poche ! Ah mais justement, c’est maintenant… Zut !

(En plus c’est une trilogie…)

Frédéric

Eclosion, Ezekiel Boone, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Jérôme Orsoni, Babel Actes Sud 8.80 €

Temps noirs

Avec Darktown, Thomas Mullen inaugurait une série policière prometteuse, enrichie d’un contexte historique passionnant et inquiétant.

Atlanta, fin des années 40, alors que la ville est en pleine Ségrégation, la municipalité décide de faire bonne figure et recrute pour la première fois des noirs au sein de la police. Ce détachement spécial, chargé de patrouiller uniquement dans les quartiers noirs et dont le commissariat est une cave insalubre, n’est qu’une vitrine politique chargée d’apaiser les tensions raciales. Lorsqu’il rejoint cette unité, Lucius Boggs le sait pertinemment et n’a guère d’illusion malgré son idéalisme. Il sait aussi que même en tant que flic, croiser le regard d’un blanc peut lui coûter une balle dans la tête ou une corde autour de la nuque. Et surtout, il sait que parmi les blancs, ses collègues policiers sont les plus dangereux.

Darktown était une réussite en tout point. Heureusement pour nous, sa suite est tout aussi remarquable. Avec Temps noirs, l’auteur confirme son talent et renforce ses personnages et son intrigue. Nous sommes en 1950 et l’émergence d’une timide classe moyenne noire bouscule la conservatrice Atlanta. Les quartiers bougent et les blancs se sentent menacés. Tandis que le trafic de drogue se répand et que le Klu Klux Klan s’agite, les citoyens prennent les armes et des initiatives regrettables… Lucius Boggs a bien du mal à empêcher que tout explose et à gérer sa vie personnelle vacillante. Tiraillé entre un père pasteur adepte du compromis et une fiancée au passé sulfureux, les frontières s’estompent et le terrain devient glissant.

Découvrez sans tarder les polars de Thomas Mullen ! Vous succomberez vite à ces enquêtes brillantes et à cette ambiance anxiogène, où la peur est gravée dans les gênes des protagonistes. Quand traverser une rue pouvait vous ôter la vie, juste en raison de la couleur de votre peau.

Cerise sur le gâteau, le premier volume est désormais en poche.

Frédéric

Darktown, Thomas Mullen, traduit de l’américain par Anne-Marie Carrière, Rivages Noir 9.80 €

Temps noirs, Thomas Mullen, traduit de l’américain par Anne-Marie Carrière, Rivages Noir 23 €

La guerre est une ruse

Confinement livre 1 : Le polar qui vous permet de penser à autre chose qu’à la fin du monde.

Lire… Tout le monde ne pense plus qu’à ça, y compris notre Président. Très bien, mais quand vous devez fermer votre librairie, mettre vos salariées en chômage partiel, gérer votre confinement et celui de vos proches, maîtriser la peur et l’angoisse qui s’installent dans le creux de votre ventre, ce n’est pas si facile de se concentrer et de lire.

Alors parmi tous les livres qui m’attendent pour ces semaines d’isolement, après avoir longtemps tournicoté comme un chat qui boude ses croquettes j’ai finalement opté pour… un polar ! Un choix judicieux, mais peut-être le fruit de mon inconscient lorsqu’on lit le titre : La guerre est une ruse. L’auteur ? Frédéric Paulin.

Allez faisons court : c’est assez exceptionnel ! La guerre est une ruse est le premier volume d’une trilogie retraçant plus de 20 ans de terrorisme en France. On commence ici en Algérie au début des années 90. Le pays est déchiré entre des généraux qui veulent le pouvoir et des islamistes… qui veulent le pouvoir. Forcément ça coince. Tedj Benlazar, agent de terrain de la DGSE, découvre que les militaires algériens jouent double jeu. En perpétuant des assassinats et des actes barbares qu’ils font passer pour des attentats islamistes, ils déstabilisent le pays et sèment le chaos à des fins partisanes. Mais pire encore est l’étape suivante : exporter la terreur au coeur même de la France.

Thriller judicieusement documenté, s’articulant autour de faits réels et malheureusement tragiques, La guerre est une ruse est une merveille de rythme et d’efficacité qui vous glace les sangs. Les personnages sont plus troubles les uns que les autres, à commencer par Benlazar, agent secret fatigué, dépressif et psychotique que sa hiérarchie ne prend pas au sérieux.

Je vous l’accorde, ce n’est pas forcément le livre le plus joyeux pour se détendre en cette période anxiogène, mais si vous aimez l’espionnage, les complots, la géo-politique, les dessous de l’Histoire, la série télé « Le bureau des légendes », et surtout si vous n’arrivez plus à lire (ou à dormir)… alors foncez !

Frédéric.

La guerre est une ruse, Frédéric Paulin, Folio Policier 8.50 €

P.S : La librairie est toujours fermée jusqu’à nouvel ordre. Nous ne faisons ni envoi ni livraison. Prenez soin de vous et restez chez vous.