Coups de coeur maritimes… en vidéo !

 

A l’occasion de cette dernière édition de la Route du Rhum, j’ai eu la joie de présenter trois coups de coeur de lectures maritimes (un roman d’aventures, un récit historique et un album jeunesse) pour le site du réseau social de livres Lecteurs.com. L’entretien a été filmé et vous pouvez le découvrir sur internet à l’adresse suivante :

https://www.lecteurs.com/article/de-laventure-et-des-voyages-avec-ma-librairie-a-saint-malo/2443450

Les trois livres cités sont :

Pour les Trois Couleurs de Fabien Clauw aux éditions Paulsen.

Au Royaume des Glaces, l’Impossible Voyage de la Jeannette d’Hampton Sides (traduit de l’américain par Sophie Aslanides), toujours aux éditions Paulsen.

Le Secret du Rocher Noir de Joe-Todd Stanton (traduit de l’anglais par Isabelle Reinharez) aux éditons L’Ecole des Loisirs.

Le site Lecteurs.com, en partenariat avec les éditeurs concernés, propose à ses membres de faire gagner l’un de ces trois livres ! Vous avez jusqu’au 20 novembre ! Les modalités du concours sont sur la page internet dédiée.

Le réseau social Lecteurs.com est affilié à la Fondation Orange, chargée notamment de promouvoir la création musicale et littéraire.

Un grand merci à l’équipe venue réaliser le reportage et qui avec gentillesse et professionnalisme a si joliment mise en valeur la librairie !

Frédéric

Le lien direct sur la vidéo

Un monde à portée de main

Il y a un schéma récurrent dans les romans de Maylis de Kerangal. Une recette diront certains. Je pense plutôt qu’il y a une voix, un geste. Chaque roman est un univers à lui tout seul, tout autant banal et quotidien que secret et méconnu.

Dans un monde à portée de main, il est ici question de peintures, d’arts décoratifs, de fresques, de reproductions, de couleurs, de matières, de pinceaux… et de gestes justement. Du sensible et du beau, de ce qu’il y a d’imperceptible entre la main et la toile. De l’immensité suspendue lorsqu’en une fraction de seconde le mouvement se fige.

Bien-sûr il y a aussi des personnages, de jeunes artistes surdoués formés à rude école, qui se cherchent, se trouvent un peu, se perdent et se cherchent à nouveau. On s’aime mais on ne le sait pas, sans savoir mettre les mots sur les sentiments, sans pouvoir les identifier. A l’image d’une société en mal de repères, gentiment en roue libre, les personnages de Maylis de Kerangal sont un brin androgynes, maladroits et un peu paumés. Mais ils sont généreux, pleins de vie, ils avancent sans cynisme et nous transmettent leur énergie. On s’attache à eux, ils nous guident vers un monde insoupçonnable entre l’art et la vérité.

Et c’est cette vie qui nous saute aux yeux à chaque page et qui nous étreint le coeur. Un monde à portée de main n’est pas un livre technique, ni de techniques. C’est un roman intelligent, malin et passionnant. Il aiguise notre regard et développe notre sensibilité au monde et à la beauté, à tout ce qui est là devant nous mais que nous ne voyons pas ou plus. Il tente d’être au plus près de la sensation et nous invite à sentir le temps, tandis qu’autour de nous tout s’affole en une vaine et vulgaire fuite en avant.

C’est parce qu’il n’est pas seulement habile mais nécessaire que ce nouveau roman de Maylis de Kerangal devient en fin de compte subversif.

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Un monde à portée de main, Maylis de Kerangal, éditions Verticales 20 €

La Ballade silencieuse de Jackson C. Frank

La musique est un feu intime qui consume celui qui en joue.

Les joueurs de blues et de folk en savent quelque chose :

Nick Drake, Tim Buckley, Roy Buchanan, Tim Hardin, Danny Gatton…

La liste est longue mais l’un d’entre eux a tout fait pour se faire oublier :

Jackson C. Frank.

Le feu est au départ, pour ce jeune américain de l’après-guerre, celui d’un incendie accidentel qui ravage son école et le défigure à jamais. A l’hôpital on lui apporte une guitare pour le consoler. Il apprend tant bien que mal à y jouer et y trouve un salut. Un dérivatif à sa souffrance. Mais il peine à écrire sa propre chanson. Une rencontre improbable avec Elvis Presley va le mettre sur la voie. Un gros chèque l’emmène sur un bateau en route pour l’Europe. Il y compose enfin son premier texte : un blues. A Londres un certain Paul Simon le repère et décide de l’enregistrer. Tout est enfin là, grâce à quelques accords et une voix. La reconnaissance, le succès. Mais le destin n’aime pas qu’on lui force la main.

Le feu, lui, continue de se développer. Du plus profond des os, en passant par le coeur et l’âme, il ne cesse de ronger le corps de Jackson. Le reste ne prend pas.

La suite est une longue hallucination, une agonie, une folie. Le goût amer de l’échec, de la solitude, d’une balle dans l’oeil. Alors il disparaît et on n’entend plus jamais parler de lui.

Vous ne connaissiez pas Jackson C. Frank ?

Thomas Giraud le connait lui. Dans son merveilleux roman, La Ballade silencieuse de Jackson C. Frank, l’écrivain plonge au plus profond de la psyché d’un homme traumatisé. Avec liberté sans doute, mais avec un éminent talent et une précision remarquable. Il évite la facilité d’une biographie littéraire et préfère s’attacher à nous faire ressentir les instants clés d’une vie. Quand tout bascule ou quand tout aurait pu basculer.

Jackson C. Frank est mort en 1999 à 56 ans, inconnu de tous ou presque.

Sa musique, heureusement, a survécu.

Thomas Giraud est aussi l’auteur d’un autre roman, Elisée, avant les ruisseaux et les montagnes (éditions la contre allée) où il retrace les premiers pas du contemplatif et décalé Elisée Reclus. C’était déjà une réussite.

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La Ballade silencieuse de Jackson C. Frank, Thomas Giraud, éditions la contre allée 17 €