Arène

Après l’excellent « Désorientale », Négar Djavadi signe son retour avec un roman incisif et percutant, qui pose les bonnes questions et démontre habilement la complexité du monde dans lequel nous vivons.

Paris, de nos jours : le livre s’ouvre sur un règlement de compte visant un enfant aux préoccupations familiales sommaires et basiques qui dénotent tellement de ce qui va lui arriver… La puissance de ces quelques pages annonce déjà un grand roman.

Puis une banale altercation urbaine va faire s’embraser tout un quartier de l’Est parisien. Autour de cet évènement, plusieurs voix, plusieurs vies, qui cherchent toutes à se sauver d’un guet-apens déclenché par on ne sait trop quoi, on ne sait trop quand. L’auteur dévoile chaque personnage, aussi différent de son voisin soit-il, avec tant d’habileté qu’on ne peut que comprendre la logique de chaque pensée, chaque agissement, et c’est là une formidable leçon de société qui nous est donnée : chaque révolte est légitime, et rien ne semble pouvoir arrêter une machine qui s’emballe toujours plus vite.

Les mots, le style, les phrases défilent à toute allure, et le lecteur est souvent tenté de reprendre son souffle.

Désorientale était chaleureux, foisonnant et voyageur, Arène est vif, lucide, et ultra-contemporain. Deux réussites absolues pour une même grande auteure !

Fanny

Arène, Négar Djavadi, éditions Liana Levi 22 €

Rentrée littéraire : Ce qu’il faut de nuit

Rentrée littéraire 2020 livre 3 : le roman qui sonne juste.

C’est le père qui raconte.

Depuis que sa femme est morte, il élève seul ses deux fils. Le père est un homme de conviction, même s’il n’y croit plus. Il travaille à la SNCF, ce n’est pas toujours facile mais dans l’ensemble ça va. De temps en temps, il retrouve quelques militants, tracte un peu ici ou là, sans espoir de rallier qui que ce soit. Par habitude ou tout simplement parce qu’il n’y a pas grand-chose à faire d’autre. En Lorraine il n’y a plus beaucoup d’espoir, on a baissé les bras. Les politiques sont inaudibles.

Les années passent, les deux fils grandissent. Il y a le foot et les filles. Et les copains. Justement l’aîné en a de drôles, des pas très fréquentables même s’ils sont propres sur eux et courtois. Le père s’inquiète, le fils change, se durcit et les conversations à table dérapent vite. Cela fait mal au père, à ses convictions, mais surtout ça lui fait peur car dans le sillage de l’aîné, c’est le petit frère qui risque de s’égarer. Le père s’accroche, ne lâche rien, alors forcément la tension monte. Le père aime ses deux fils, mais parfois dans une famille, l’amour ne suffit plus.

Laurent Petitmangin aime raconter des histoires depuis longtemps. Celle-ci lui tient particulièrement à coeur, alors il se lance. C’est un premier roman, mais qui évite tous les pièges. Cela aurait pu être une longue suite de clichés, c’est une composition d’orfèvre. Cela aurait pu être plombant et ennuyeux, c’est envoûtant et lumineux.

Ce qu’il faut de nuit, Laurent Petitmangin, La Manufacture de livres 16,90 €

John Muir

Avant toute chose : merci ! Merci à celles et ceux, ami(e)s et client(e)s (les deux sont souvent compatibles) qui ont franchi sans crainte la porte de la librairie cette semaine, le sourire derrière le masque, heureux de retrouver L’Odyssée et ses milliers de livres. Vos attentions, vos paroles tout comme bien-sûr vos achats, vos commandes, sont un soutien incommensurable. Orphelin (temporairement) de mon équipe, j’ai été très touché de vous voir si nombreux dès les premiers jours, ce fut un grand réconfort. Merci d’avoir pris des nouvelles de Fanny et d’Anna que vous retrouverez très bientôt.

A présent, que diriez-vous d’un petit voyage ?

Après deux mois d’enfermement, deux mois à tourner en rond dans un appartement ou une maison, les jambes nous démangent et nous avons faim de grands espaces, de longues promenades au sein d’une nature revigorante.

Alors partons explorer les Etats-Unis avec John Muir, d’abord sous la plume d’Alexis Jenni puis en compagnie des récits savoureux de cet illustre marcheur.

Inventeur de génie, il aurait pu être millionnaire. Mais il a choisi la liberté du vagabondage à l’aliénation du travail, la beauté de la nature à l’enfer des machines. Il n’était pas misanthrope mais ne supportait pas l’enfermement des villes. Il s’appelait John Muir et il fut l’un des grands écrivains américains du XIXème, mais aussi un précurseur de la pensée écologique et un pionnier de la sauvegarde des espaces naturels. Alexis Jenni, prix Goncourt 2011, nous livre une biographie lumineuse et rend hommage à l’un de ses écrivains voyageurs préférés. Il nous fait découvrir la vie rocambolesque de cet homme très attachant, féru de lecture, qui passa sa vie à traverser les jeunes Etats-Unis à pied, et qui écrivit un nombre incroyable d’articles et de carnets, dont une petite partie seulement est traduite en français.

Frédéric

J’aurais pu devenir millionnaire, j’ai choisi d’être vagabond, Alexis Jenni, éditions Paulsen 21 €

L’oeuvre généreuse de John Muir est disponible à la librairie :

Célébrations de la nature. Corti 22 €

Quinze cents kilomètres à travers l’Amérique profonde. Corti 9 €

Un été dans la Sierra. Hoebeke 19 €

Forêts dans la tempête. Payot 7 €

Journal de voyages dans l’arctique. Corti 20 €

Souvenirs d’enfance et de jeunesse. Corti 19.25 €

Voyages en Alaska. Payot 9.65 €