Sidérations

Un émerveillement !

C’est le premier mot qui m’est venu à l’esprit après avoir lu Sidérations, le dernier roman de l’américain Richard Powers, ce grand écrivain qui en tant qu’artiste saisit mieux que quiconque notre monde.

Theo Byrne est un astrobiologiste dont le travail est de concevoir et de comprendre comment la vie pourrait se développer sur des planètes hostiles et lointaines. Robin, son fils de neuf ans qu’il élève seul suite à la mort de sa femme, est en proie à des crises de rage de plus en plus fréquentes, perturbant sa scolarité. Refusant de lui infliger une médication lourde, son père se tourne vers une thérapie expérimentale permettant de stimuler l’empathie et d’accroître le contrôle des émotions. Contre toute attente, les résultats vont au-delà des espérances.

Sidérations est un livre touché par la grâce, admirable et retentissant. Entre effroi et éblouissement, on refuse de lâcher ce père et ce fils qui ne demandent qu’à célébrer la nature et à vivre en paix. Avec générosité et une simplicité désarmante, Richard Powers nous montre le chemin pour que nous n’ayons rien à regretter. Il porte une lucidité terrible sur notre siècle mais fait suffisamment preuve d’imagination et de poésie pour nous faire encore un peu rêver.

Roman nécessaire, Sidérations nous ouvre les bras d’un futur irréversible dont nous entrevoyons déjà le visage.

Un émerveillement, vous dis-je !

Frédéric

Sidérations, Richard Powers, traduit de l’américain par Serge Chauvin, Actes Sud 23 €

Lorsque le dernier arbre

« Que sont les familles, sinon des fictions ? (..) Comme toutes les histoires, les familles ne naissent pas, elles sont inventées, bricolées avec de l’amour et des mensonges et rien d’autre. »

Lorsque le dernier arbre de Michael Christie, possède le souffle des grandes sagas familiales, de celles qui vous emportent dès le premier chapitre. Une très belle lecture pour entamer cette nouvelle et prometteuse rentrée littéraire !

En 2038 les arbres n’existent plus. Le réchauffement climatique et plusieurs épidémies ont tout réduit en poussière, les maladies respiratoires font partie du quotidien. Au large de la Colombie-Britannique subsiste une île boisée, dernière représentante des forêts primaires, accessible seulement à quelques touristes fortunés. Mais à qui appartient réellement cette île ? Et quelle est son histoire ? Pour y répondre, l’auteur remonte le temps jusqu’en 1930, au lendemain d’une crise sans précédent qui bouleversa le monde. Surgissent alors des personnages incroyables, un aveugle magnat du bois, un poète irlandais déchu, un fugitif protégeant un nourrisson illégitime… Toute une dynastie qui petit à petit va se construire puis se défaire, un empire bâti sur l’exploitation sans vergogne des forêts qui se transformera en un macabre héritage impossible à supporter.

« Ce que l’expérience lui a appris, c’est que plus les temps sont durs, plus nous nous comportons mal les uns envers les autres. Et ce que nous avons de pire à offrir, nous le réservons à notre famille. »

Lorsque le dernier arbre est une fresque passionnante racontée avec un talent qui force le respect. Mais aussi un roman qui nous parle de la destruction d’un monde, notre monde, à travers le prisme d’une famille déchirée en mal de rédemption. Un hommage à la grande littérature romanesque tout autant qu’un cri d’alarme, un appel à sauver ce que nous avons de plus précieux.

« On ne peut plus changer le monde, mais si on est intelligents, on arrivera peut-être à en préserver l’essentiel. »

Lorsque le dernier arbre, Michael Christie, traduit de l’américain par Sarah Gurcel, Albin Michel 22.90 €

Vient de paraître ! (18 août 2021)

Frédéric

3 romans américains à découvrir !

Walter Tevis… Ce nom ne vous dit peut-être rien, mais les plus cinéphiles d’entre vous hausseront pourtant un sourcil si je cite « L’Arnaqueur » (avec Paul Newman), « La Couleur de l’argent » (avec Paul Newman et… Tom Cruise !) ou bien encore « L’Homme qui venait d’ailleurs » (avec David Bowie)… Car oui ces films sont tous des adaptations de romans de Walter Tevis.

Cet écrivain américain, mort en 1984 à l’âge de 56 ans, tourmenté et mélancolique, est aussi l’auteur du « Jeu de la Dame » qui rencontre paraît-il un franc succès actuellement sur Netflix.

L’Oiseau moqueur, autrefois édité sous le titre L’Oiseau d’Amérique, est son avant-dernier roman de science-fiction et vient de ressortir en poche aux éditions Gallmeister sous une nouvelle traduction. Dans cet étrange livre, l’auteur imagine un futur proche où les hommes vivent dans un monde dirigé par des robots. Détachés des obligations matérielles, repliés philosophiquement sur eux-mêmes, loin de toute forme d’amour, ils dépérissent peu à peu mollement et perdent goût pour la reproduction. La promiscuité et les contacts sont interdits, on ne se serre plus la main depuis longtemps, et se regarder dans les yeux est considéré comme un acte hautement impoli. Gavés d’anxiolytiques et de somnifères, les hommes ne savent plus lire. Lentement mais sûrement l’humanité disparaît, tandis que les robots se détraquent ou pire, perdent aussi le goût de vivre…

Etrange livre donc, mais fascinant et curieusement prophétique. On est happé par ces descriptions de New-York à moitié désert, où l’herbe prend le pas sur l’asphalte, où seuls quelques hommes et femmes errent sans but, et comme poussés par de vieux réflexes vont s’asseoir dans des fast-foods, en parlant dans le vide, avant de s’immoler par le feu sans crier, avec un sourire figé.

En lisant L’Oiseau moqueur, on pense à Fahrenheit 451 de Ray Bradbury ou bien-sûr à Orwell, mais surtout on ressent une sombre proximité avec ce futur pourtant imaginé en 1980.

L’Oiseau moqueur, Walter Tevis, traduit de l’américain par Michel Lederer, coll° Totem Gallmeister 10,40 €

Chez Gallmeister toujours, vient de sortir en poche Vis-à-vis de Peter Swanson. Cette fois-ci il s’agit d’un roman policier psychologique, à la fois classique mais diablement efficace !

Hen est une illustratrice talentueuse mais en proie à des troubles bipolaires. Lors d’un dîner chez des voisins, elle reconnaît un objet lié à un meurtre non résolu qui l’avait autrefois passionné. Mais problème, le propriétaire semble s’en être aperçu. Elle sait, mais lui sait qu’elle sait. Commence alors un jeu du chat et de la souris captivant auquel on prend un grand plaisir ! Un polar qui ne cherche pas à révolutionner le genre, mais qui donne de belles sueurs froides et tient en haleine jusqu’au bout, grâce notamment à son écriture et au savoir-faire de l’auteur.

Vis-à-vis, Peter Swanson, traduit de l’américain par Christophe Cuq, coll° Totem Gallmeister 10,20 €

Du côté des éditions Actes Sud, ne ratez pas La maison des Hollandais, d’Ann Patchett. Un roman éblouissant, qui une fois terminé nous donne le sentiment d’avoir partagé une vie.

Danny Conroy et sa grande soeur vivent dans une immense maison au coeur d’un riche quartier de Philadelphie. Malgré une mère qui les abandonne et un père distant, la magie de la demeure transforme leur enfance et les marque pour toujours. En grandissant, tout au long de leur vie, ils se retrouvent régulièrement et se rendent en voiture devant la maison. Mais ils n’entrent jamais. Ils ne font que parler, observer, et remuer les cendres du passé.

Ann Patchett est une romancière à découvrir sans tarder ! Dans ce roman, elle créé une fratrie inoubliable et nous conte une histoire émouvante, faite de mystères et de secrets. Comme ses personnages, nous ressentons à quel point nous sommes liés à jamais aux lieux de notre enfance. Ces lieux qui parfois nous hantent toute notre vie. Un roman profondément habité.

La Maison des Hollandais, Ann Patchett, traduit de l’américain par Hélène Frappat, Actes Sud 22,50 €

Frédéric