La Cité des nuages et des oiseaux

De nos jours aux Etats-Unis, à l’étage d’une bibliothèque, un vieil homme supervise la répétition d’une pièce de théâtre avec des enfants. Plus bas, un adolescent entre avec un sac à dos. A l’intérieur, une bombe.

En 1952, en Corée, un prisonnier américain se lie d’amitié avec un autre soldat et se réfugie dans l’apprentissage du grec ancien.

Pendant ce temps là, au XVème siècle, à la veille de la chute de Constantinople, une jeune fille vole des manuscrits dans un monastère abandonné pour les revendre à des érudits.

Tandis que dans un futur indéterminé, une poignée d’élus voyagent dans un vaisseau spatial vers de lointaines étoiles.

Tous ces récits sont liés, tous prennent vie grâce aux mots d’un auteur grec aussi illustre qu’inconnu. Toutes ces vies, belles et terribles, s’articulent autour d’un texte dont on sait peu de choses : La Cité des nuages et des oiseaux.

Anthony Doerr est un orfèvre, un magicien, un alchimiste !

Après Toute la lumière que nous ne pouvons voir, prix Pulitzer en 2015, le romancier américain nous offre une oeuvre totale, capable de nous transporter d’un siècle à l’autre, d’un passé oublié à un présent troublant, sans jamais nous perdre, grâce à la seule boussole de son talent et de sa générosité. Hommage aux bibliothécaires, aux traducteurs et aux curieux de toutes sortes, Anthony Doerr nous emmène dans une odyssée inoubliable et exaltante. 

En s’appuyant sur une narration flamboyante, La Cité des nuages et des oiseaux nous offre une traversée du monde et du temps qui interroge toutes nos problématiques contemporaines. Impossible d’y résister !

Frédéric

La Cité des nuages et des oiseaux, Anthony Doerr, traduit de l’américain par Marina Boraso, Albin Michel 24,90 €

L’été où tout a fondu

Avec son roman Betty, paru chez Gallmeister il y a deux ans, Tiffany McDaniel avait marqué les esprits ! 

L’été où tout a fondu, son deuxième livre vient juste de sortir. 

Alors, est-il aussi bon que Betty ?

La réponse est mille fois oui !

Au cours de l’été 1984, dans la ville de Breathed, Ohio, un procureur tiraillé par le bien et le mal publie une curieuse lettre dans le journal local : il invite le diable à venir lui rendre visite.

Le lendemain un jeune garçon noir aux yeux verts prétend répondre à l’annonce. Pourtant son allure débraillée laisse plutôt à penser qu’il s’agit d’un fugueur. Ne ressemble-t-il pas trait pour trait à un enfant récemment porté disparu ? Le shérif pour le moins perplexe mène son enquête, pendant que Fielding, le fils du procureur, se lie d’amitié avec l’étrange adolescent.

Breathed n’est pas une ville idéale ni parfaite, mais on y vit bien. Pourtant cet été-là les choses vont vite dérailler. Les plus inavouables secrets, qui dormaient au plus profond des consciences, vont remonter à la surface. Le fragile équilibre qui permettait à la communauté de vivre ensemble va se rompre. Les haines et les rancoeurs vont enflammer la ville, tandis que la chaleur n’en finit pas de monter. L’heure des drames et de la vérité a sonné.

L’été où tout a fondu est une tornade d’émotions, de rebondissements. On est happé dès les premières phrases, on tourne les pages la langue sèche et comme chacun des protagonistes de cette remarquable histoire on croit et on doute. Et à la fin, les larmes coulent. Le diable existe-t-il vraiment ou suffit-il de le pointer du doigt, de le nommer pour qu’il prenne vie ?

C’est moi où il fait chaud, tout à coup ?

Frédéric

L’été où tout à fondu, Tiffany McDaniel, diaboliquement traduit de l’américain par François Happe, Gallmeister 25.60 €

Sidérations

Un émerveillement !

C’est le premier mot qui m’est venu à l’esprit après avoir lu Sidérations, le dernier roman de l’américain Richard Powers, ce grand écrivain qui en tant qu’artiste saisit mieux que quiconque notre monde.

Theo Byrne est un astrobiologiste dont le travail est de concevoir et de comprendre comment la vie pourrait se développer sur des planètes hostiles et lointaines. Robin, son fils de neuf ans qu’il élève seul suite à la mort de sa femme, est en proie à des crises de rage de plus en plus fréquentes, perturbant sa scolarité. Refusant de lui infliger une médication lourde, son père se tourne vers une thérapie expérimentale permettant de stimuler l’empathie et d’accroître le contrôle des émotions. Contre toute attente, les résultats vont au-delà des espérances.

Sidérations est un livre touché par la grâce, admirable et retentissant. Entre effroi et éblouissement, on refuse de lâcher ce père et ce fils qui ne demandent qu’à célébrer la nature et à vivre en paix. Avec générosité et une simplicité désarmante, Richard Powers nous montre le chemin pour que nous n’ayons rien à regretter. Il porte une lucidité terrible sur notre siècle mais fait suffisamment preuve d’imagination et de poésie pour nous faire encore un peu rêver.

Roman nécessaire, Sidérations nous ouvre les bras d’un futur irréversible dont nous entrevoyons déjà le visage.

Un émerveillement, vous dis-je !

Frédéric

Sidérations, Richard Powers, traduit de l’américain par Serge Chauvin, Actes Sud 23 €