L’Heure du Roi

En ce début d’année, un livre est sur toutes les lèvres : Indignez-vous ! De Stéphane Hessel. D’après le magazine Livres Hebdo, le tirage aurait atteint les 950 000 exemplaires, ce qui est rare pour un livre de ce type. Preuve en est qu’en ces temps que l’on dit « difficiles », le livre est une source d’espoir, d’inspiration, et une porte sur un avenir meilleur.

Je profite de cette occasion pour rebondir sur un autre « petit » livre, à paraître le 13 janvier dans la collection de poche des éditions Viviane Hamy : L’Heure du Roi, de Boris Khazanov. Ce roman russe de 100 pages a longtemps circulé sous le manteau dans l’ex-URSS, avant d’être finalement publié en Allemagne, puis chez nous grâce à la merveilleuse traduction d’Elena Balzamo.

Il raconte l’invasion des troupes allemandes pendant la seconde guerre mondiale d’un minuscule royaume imaginaire. L’affaire est vite bouclée, sans affrontements, et l’occupation est aussitôt mise en place. Et bien évidemment les mesures qui vont avec : installation d’un régime totalitaire et déportation des juifs. Le roi, vieillissant et placide, laisse les choses se faire et se rend compte que son pays lui échappe. Il fait alors un rêve étrange et sombre, qui lui apportera un sursaut de conscience. Cela lui donnera le courage de faire un geste simple mais lourd de symbole, qui sauvera son pays (et lui-même) de la honte.

Alors l’indignation est une chose, mais comme le dit la traductrice dans sa postface : « Se sentir libre ne suffit pas, il faut agir en homme libre ». Je vous invite donc à lire ce magnifique récit de Boris Khazanov, simple mais juste. Entre sagesse, action et réflexion, L’Heure du Roi est le livre idéal pour commencer cette nouvelle année.

Au passage je vous souhaite à tous, chers amis lecteurs et clients, une bonne année 2011 !

Frédéric.

L’Heure du Roi, Boris Khazanov, à paraître le 13 janvier dans la collection de poche « BIS » aux éditions Viviane Hamy, 7 €.

Le Journal secret d’Amy Wingate

La dernière petite perle à lire ou à offrir en cette fin d’année s’appelle Le Journal secret d’Amy Wingate, de Willa Marsh qui avait déjà été remarqué en France avec Meurtres entre soeurs.

Dans ce roman écrit sous la forme d’un journal intime, nous faisons la connaissance d’une institutrice à la retraite, Amy Wingate, qui vit seule dans une demeure victorienne au bord de la mer, et qui partage régulièrement son temps avec un couple d’amis plus jeunes qu’elle. Langue de vipère, pince-sans-rire, manipulatrice, Amy cache bien son jeu et se moque sournoisement de son entourage. Pourtant une rencontre inattendue avec Gary, un punk cleptomane qu’elle va prendre d’affection, va bouleverser son quotidien bien tranquille et faire remonter à la surface des secrets peu glorieux, qui finiront par aider notre cinquantenaire à se remettre en question.

Il y a des livres à qui l’on voudrait coller un bandeau : A lire au coin du feu après avoir enfermé votre mari dans la cave. C’est le cas avec ce séduisant roman anglais qu’on savoure comme une délicieuse pâtisserie, avec gourmandise et un plaisir coupable. Il faut lire Willa Marsh, ce curieux mélange entre Jane Austen et Hitchcock… A déguster sans modération !

Le journal secret d’Amy Wingate, Willa Marsh, éditions Autrement 17 €.

Le Front Russe

Non ne partez pas ! le Front Russe n’est pas un énième roman sur la seconde guerre mondiale (ouf !), mais un joyau d’humour comme on en fait plus, un roman qui fait tellement rire qu’il vous fait passer pour un idiot dans le métro ou au restaurant, et qui vous colle un sourire en coin toute une semaine au risque de semer le trouble parmi vos collègues.

Vous rêvez de voyages, d’aventures, de jouer les hommes de l’ombre de la diplomatie française ? Alors faites comme le narrateur et devenez fonctionnaire au Quai d’Orsay ! Mais évitez dès le début de vous mettre à dos le chef de cabinet, car sinon vous serez affecté au service « Bureau des pays en voie de création / Section Europe de l’Est et Sibérie. » Et là, adieu les voyages et les joies de la diplomatie, bienvenue dans Le placard du ministère, entouré de collègues à moitié fous ou dépressifs, fonctionnaires zombies mi-planqués mi-sacqués, qui gèrent tant bien que mal leur ennui et la misère de leur travail.

Il y a tellement de choses à dire qu’on ne sait pas par où commencer : L’enfance sordide du narrateur dont les points culminants sont la contemplation d’une tapisserie très typée « années 70 », et une collection de « Géo » savamment entretenue ? Une scène très sensuelle où il est question d’un chien qui s’appelle Youki et d’une truffe humide ? Un chef de service pas très net qui parle comme un sergent instructeur ? Une collègue dont le territoire exclusif est la photocopieuse ? Un pigeon mort mort dur à enlever qui remet en question les lois sur les marchés publics ?

Après tout ce roman ne fait que 252 pages (c’est trop court, on aimerait pouvoir continuer à rire ça fait tellement de bien !) alors inutile de tout raconter en détails. Sachez juste qu’il est très bien écrit, que le regard porté sur les fonctionnaires n’est ni méchant ni gratuit, mais empreint d’une certaine tendresse. Qu’il est à  la fois drôle et tragique (enfin pas trop, mais tout de même quelle enfance pathétique !), sans oublier son côté instructif qui vous apprendra tout un tas de nouveaux noms de pays de l’est émergents (ou non) que vous pourrez ensuite placer habilement lors des soirées de l’ambassadeur.

L’auteur s’appelle Jean-claude Lalumière (ça ne s’invente pas), son roman Le Front Russe et c’est aux éditions Le Dilettante. C’est brillant, c’est tordant, c’est mordant, c’est formidable, indispensable et ça fait voyager (enfin juste un peu).

Le Front Russe, Jean-Claude Lalumière, éditions Le Dilettante 17 €.