La Capitana

L’auteur de Luz ou le temps sauvage signe avec La Capitana un petit bijou littéraire, tout à la fois biographique et romanesque.

Il est de ces individus aux vies tellement fascinantes que quels que soient nos valeurs et idéaux, nous ne pouvons qu’être admiratifs, voire éblouis.

Mika Etchebéhère en fait partie. Née en 1902 dans une colonie juive argentine, elle est une figure méconnue de la guerre civile espagnole, une féministe séduisante et charismatique promue capitaine à la tête de dizaines de républicains se battant pour la même cause : la liberté.

Tissé autour d’une histoire d’amour passionnée et d’une intensité hors du commun, son destin nous mènera de l’Argentine de ses jeunes années à un Paris toujours empreint de culture et d’effervescence idéologique, où elle s’éteindra en 1992. Entre deux, rien de moins que l’Europe et ses sombres années 30, la lutte armée contre le franquisme, Berlin et les prémices du nazisme, et toujours un engagement sans limites.

« La révolution est en moi depuis toujours.»

La Capitana, Elsa Osorio, éditions Métaillié, 20 €.

Le jeu des ombres

L’agenda rouge et le carnet bleu.

L’agenda rouge, le journal dans lequel Irene écrit depuis la naissance de son plus jeune fils.

Le carnet bleu, celui qu’elle commence à rédiger quand elle réalise que Gil, son mari, a découvert et lit en cachette son journal et tout ce qu’elle y dévoile de plus intime.

L’agenda rouge, dont Irène poursuit la rédaction, désormais certaine de pourvoir manipuler son mari…

C’est avec un talent déjà reconnu (la chorale des maîtres bouchers, la malédiction des colombes) que Louise Erdrich développe ce scénario prometteur, plongeant le lecteur au cœur d’un huis clos implacable, où deux artistes en proie à la folie et aux affres de la création se livrent à un face à face des plus dangereux, mais aussi des plus hypnotiques.

Le jeu des ombres, Louise Erdrich, Albin Michel 19 €.

Cinq ciels

Ils sont trois.

Réunis au sommet d’un canyon de l’Idaho, au coeur des montagnes rocheuses, le temps d’un chantier qui va durer tout un été. Entre Darwin qui supervise le projet, un homme qui ne se remet pas de la mort accidentelle de sa femme, Arthur le colosse qui ne veut pas raconter son histoire, et Ronnie un jeune fugueur accusé de vol, l’ambiance est plutôt tendue. Mais peu à peu, au fil du travail, au coeur de cette nature sauvage et grandiose, les langues vont se délier, les coeurs vont s’ouvrir et petit à petit, contre toute attente, des liens forts vont se créer entre les trois hommes. Mais le chantier ne plaît pas à tout le monde dans la région, et le danger ne vient pas forcément là où l’attend le plus…

Plus abouti que Le Signal, qui pourtant était déjà une bonne surprise, Cinq ciels de Ron Carlson est une réussite totale. Tout en non-dits, à travers la description pourtant anodine mais rude des travaux, et en suivant le quotidien à priori banal des trois hommes, l’auteur parvient avec une délicate justesse à transcrire la force et la beauté de l’amitié. Parfois dans les silences et les gestes simples, mais aussi dans l’action.

Le tout entre ciel et terre.

Magnifique tout simplement.

Cinq ciels, Ron Carlson, éditions Gallmeister 22.90 €.