Le plein de poches !

Trois très bons livres de poche viennent de sortir, l’occasion de se faire plaisir à moindre coût !

En littérature française, commençons avec Des Hommes de Laurent Mauvignier. Même si ce n’est pas le grand roman sur la guerre d’Algérie qu’on est en droit d’attendre (qui reste peut-être encore à écrire), ce livre nous parle de la guerre qui continue après les combats, celle qui ronge les âmes, celle qui nous cloue au silence et qui nous empêche de trouver les mots pour raconter l’indicible. Malgré un début difficile et un style qui peut agacer, Des Hommes reste un livre fort sur un sujet encore tabou ou méconnu.

Voyageons jusqu’en Islande cette fois avec un roman magnifique : Entre ciel et terre, en suivant l’itinéraire de pêcheurs à la morue, sur fond de poésie de Milton. L’écriture inspirée de Jon Kalman Stefansson transcrit à merveille les atmosphères glacée de l’Islande, l’appel sombre de la mer, le froid qui vous transperce et l’âpreté de la pêche. Roman initiatique et ode à la poésie ainsi qu’au pouvoir des mots, laissez-vous porter Entre ciel et terre !

Retour sur terre justement avec un polar américain : Les lieux sombres, de Gillian Flynn. Difficile d’être en paix avec soi-même, lorsqu’on est une jeune femme de 32 ans, et que votre famille a été massacrée lorsque vous n’étiez qu’une gamine. Surtout lorsque vous avez désigné votre frère aîné comme le coupable. En replongeant dans le passé, vous aurez l’occasion de vous rapprocher de la vérité, aussi troublante soit-elle. Plus fin qu’il n’y parait, ce thriller possède une réelle ambiance et s’avère impossible à lâcher.

Des hommes, Laurent Mauvignier, éditions de Minuit « Double » 8.50 €.

Entre ciel et terre, Jon Kalman Stefansson, Folio 6.20 €.

Les lieux sombres, Gillian Flynn, Livre de Poche 7.50 €.

Guerre sale

On se souvient de l’excellent polar de Dominique Manotti, Nos fantastiques années fric, adapté avec talent au cinéma sous le titre « Une affaire d’Etat ». Dominique Sylvain, avec son dernier opus, Guerre Sale, reprend en quelque sorte le flambeau en abordant à son tour le thème de la corruption et des sinistres malversations liées à la « Françafrique ».

On retrouve son duo détonnant, Lola Jost, commissaire à la retraite qui donnerait des frissons à l’inspecteur Harry en personne, et son amie Ingrid Diesel, strip-teaseuse américaine qui s’habille comme un garde suisse sous ecstasy et dont le français, particulièrement les expressions, reste à parfaire. Entre un avocat véreux, un vendeur d’armes, des barbouzes sur le retour, les deux amies qui peuvent compter sur l’aide de Sacha Duguin, Commandant de la brigade criminelle, auront bien du mal à se frayer un passage vers la vérité.

Suspense, jeux de pouvoir, humour et pneus enflammés autour du cou, le cocktail servi par Dominique Sylvain fonctionne à merveille et démontre, une fois n’est pas coutume, que le polar français se porte bien.

Guerre sale, Dominique Sylvain, éditions Viviane Hamy 18 €.

Rencontre avec Jacques Josse

Rendez-vous  ce samedi 12 février à partir de 17h00, pour une rencontre-dédicace-lecture (autour d’un buffet) avec l’écrivain et poète breton Jacques Josse pour son roman « Cloués au port » aux éditions Quidam.

Rêveur raconteur, le Capitaine est l’une des figures du bar Chez Pedro. Le soir, Jimmy, ex-grutier sans emploi, s’installe pour boire à ses côtés, l’écouter et prendre place dans l’étrange chronique collective dentelée de disparus, d’énigmes, de voyages et de coups du sort de ce petit port de Bretagne. Autour d’eux bourdonnent d’autres voix qui se perdent : chasseurs, boulistes et solitaires qui n’ont trouvé meilleur refuge pour fuir la canicule qui sévit. Pas de quoi entamer le débit du Capitaine, qui s’en va parler aux morts du cimetière d’en face dès que les vivants semblent un peu moins attentifs à ses propos. En cet été torride, la vie s’effiloche plus vite que d’habitude. Les plus faibles tombent, d’autres s’éteignent à petit feu, emportant avec eux des pans d’histoires et de solitudes que le narrateur de Cloués au port s’attache à restituer.

Lyrique, touchant, poétique, ce court roman nous fait découvrir une Bretagne discrète mais réelle, où la mer omniprésente finit par vous laisser un goût de sel sur les lèvres. Le Capitaine, marin sans navire contraint de rester à terre, est un personnage taillé dans le granit que vous n’oublierez pas de si tôt !

Extrait :

Le palabreur apprécie ce frêle acolyte. Il aime sa retenue, sa discrétion et son sens de l’écoute. À soixante-quinze ans, il compte à son actif, outre l’âge et la carrure, une flopée de voyages, de lectures et de rêves plus ou moins éveillés que son voisin ne peut espérer atteindre. Il lui parle en particulier. Il lui tape sur l’épaule. Se remémore de vieux épisodes :

« Jimmy, du temps où tu tournoyais dans les airs comme un oiseau en cage, on avait peur, nous ici, que la mécanique soudain défaille à cause des vents fous et que tu finisses aplati, rétamé, réduit en becquées fines, idéales pour le hors-d’œuvre des goélands nichant sur l’île d’en face. »

Venez nombreux !

Cloués au port, Jacques Josse, éditions Quidam 12 €.