Le sillage de l’oubli

Si vous avez trop froid en hiver et trop chaud cet été.

Si vous trouvez que votre vie est difficile et votre travail éreintant.

Si vous pensez avoir manqué d’affection dans votre enfance.

Alors plongez-vous dans Le sillage de l’oubli de Bruce Machart. Vous verrez qu’au Texas la vie n’est pas facile non plus. Particulièrement au début du XXème siècle. Entre un père brutal qui vous rend responsable de la mort de sa femme, vous oblige à tirer la charrue à la seule force des épaules, et une jolie mexicaine qui va vous briser le coeur et vous fâcher à vie avec vos frères, la vie n’est pas simple tous les jours.

Avec ce premier roman, Bruce Machart ferait presque passer Cormac McCarthy pour un clown du cirque Pinder. C’est dur, c’est rude, c’est âpre, ça sent le cheval, l’alcool et les coups de cravaches. Mais ne vous y trompez pas, derrière tout cela se cache ce qu’il faut de lyrisme, d’images fortes, de drames familiaux, de sentiments et d’amours déçus pour vous tenir en selle du début à la fin. L’ami Bruce a l’art de raconter des histoires.

C’est bon, c’est Gallmeister.

Le sillage de l’oubli, Bruce Machart, éditions Gallmeister 23.60 €.

Princesse Vinyle

Dans Princesse Vinyle il n’y a pas de vampires ni de loups-garous. Mais il y a Allie, une jeune fille de 16 ans qui va travailler tout l’été chez Bob and Bob, un disquaire indépendant sur Telegraph Avenue, Berkeley, Californie. La clientèle n’a rien d’un épisode de Beverly Hills, on y croise des mono-maniaques du disque, des junkies et des SDF qui viennent s’y abriter, une pincée de gothiques et des asociaux plus sympathiques que dangereux.

Allie a une meilleure amie qui est amoureuse d’un musicien dont le groupe s’appelle « Ma Tante me déprime ». Celui-ci a une drôle de conception de la fidélité.

Dans Princesse Vinyle on apprend que pour se remettre d’une rupture sentimentale, rien ne vaut un album des Smiths (The Queen is dead). Qu’il faut se méfier des beaux ténébreux et du camping, surtout lorsqu’on a une mère célibataire qui drague sur internet.

Ce roman d’Yvonne Prinz nous fait regretter l’époque où l’on écoutait un vinyle dans notre chambre, assis sur un lit tout en contemplant la pochette. Où l’on pouvait passer des heures chez un disquaire, à dénicher la perle rare, à échanger avec les vendeurs, à discuter du parcours de tel ou tel guitariste. Et pourtant Princesse Vinyle se passe de nos jours, ce qui rend le livre d’autant plus attachant. Car Allie fait de la résistance et ne se reconnaît pas dans ses contemporains, parmi ces jeunes qui défilent devant sa boutique sans lever les yeux, l’ipod collé à l’oreille en train d’écouter tout et n’importe quoi. Pour Allie, c’est « lamentable que le monde moderne arrive à se passer de magasins de disques, et c’est lamentable que les gens se bornent à télécharger leur musique sur un ordinateur sans la palper, sans renifler son odeur, sans la tenir à pleines mains et, surtout, sans en éprouver le moindre remords.« 

Alors, Princesse Vinyle un roman réac pour ados ? A vous de juger ! En tout cas c’est drôle, rythmé, un brin destroy et pétri de bonnes références musicales. Avec impertinence et tendresse, Allie nous plonge dans son univers suranné et nous rappelle une chose essentielle : la musique c’est la vie !

Princesse Vinyle, Yvonne Prinz, éditions Albin Michel Wiz 13.50 €.

Requins d’eau douce

Lukastik est inspecteur principal à la brigade criminelle de Vienne, Autriche. Solitaire et vieux garçon, il est méticuleux et perfectionniste. Il aime son travail mais il garde le sens de la famille. Il vit toujours chez ses parents et ne rate jamais un dîner en leur compagnie (une soupe et rien d’autre).

Lukastik aime Wittgenstein (1889-1951), et se promène toujours avec son oeuvre majeure : le Tractatus logico-philosophicus, qui comme son nom l’indique traite de… logique et  philosophie, merci à ceux qui suivent.

Lukastik n’a pas d’amis. Il abhorre ses collègues (qui ne sont pas en reste à son égard), et maltraite son commissaire, lequel prend sur lui car tout de même, les résultats sont là.

Lukastik aime relever les défis de la logique (voir plus haut), aussi lorsqu’un cadavre dévoré par un requin est retrouvé dans une piscine au sommet d’un immeuble, il ne se laisse pas démonter (surtout par une prothèse auditive, lisez vous comprendrez).

Lukastik a un drôle de nom et n’attache pas une grande importance à la discipline et aux protocoles d’enquête. Les témoins, les suspects, tout cela est bien relatif.

Lukastik aime beaucoup sa soeur et vous souhaite une bonne année 2012 !

Requins d’eau douce, Heinrich Steinfest, Folio Policier à 7.30 €.