Deux Actes Noirs à consommer sans modération !

Rendez-vous cette semaine chez Actes Sud, pour deux excellents polars qui apportent une bouffée d’air frais au genre.

Mon premier est français et se déroule sous le règne de Louix XV.

Casanova et la femme sans visage risque de donner des sueurs froides à Jean-françois Parot ! En 1757, une femme est retrouvée morte en plein Paris, totalement défigurée. Cette enquête est confiée à Volnay, nommé récemment commissaire aux morts étranges par le Roi lui-même. A lui de résoudre ce crime inexplicable, aidé pour cela d’un moine hérétique adepte des autopsies. Mais les choses se compliquent et l’enquête se transforme vite en un dangereux panier de crabes : une lettre portant le sceau du Roi est retrouvée sur la défunte, laquelle semble faire partie de l’entourage de la Cour. La marquise de Pompadour décide d’y mettre son grain de sel, pendant que dans l’ombre s’agite une société secrète qui rêve de renverser la monarchie. Il ne manquait plus que Casanova s’en mêle !

Ce roman policier historique d’Olivier Barde-Cabuçon est irrésistible ! Les dialogues sont piquants, la langue n’est pas en reste, et la reconstitution de cette époque monarchique, un rien décadente, dont le pouvoir s’effrite est brillante.Le début réussi d’une série très prometteuse.

Casanova et la femme sans visage, Olivier Barde-Cabuçon, éditions Actes Sud (coll° Actes Noirs) 22.50 €.

Traversons la Manche maintenant.

Mon deuxième est anglais et se déroule à Londres de nos jours… quoique !

Cette fois-ci c’est un homme mutilé qui est retrouvé dans un cimetière de Londres. Au cours de l’autopsie un code étrange est retrouvé gravé à même la peau. Peu à peu il semble que ce meurtre soit lié à une autre série, dont le mode opératoire est pourtant différent. La police est interloquée car le code semble faire référence à un classement pratiqué dans les archives nationales. Aidé d’un généalogiste dont la carrière bat sérieusement de l’aile, l’inspecteur Grant Foster va comprendre que cette suite de meurtres fait écho à d’autres crimes ayant eu lieu à Londres mais… au XIXème siècle !

Avec un talent monstre et un sens de l’humour so british, Dan Waddell nous entraîne dans une enquête palpitante au coeur des archives de Londres. Ajoutez à cela une galerie de personnages aussi attachants que gentiment déglingués, et vous obtenez le meilleur polar en poche du moment ! Une série qui s’annonce là aussi rafraîchissante, surprenante et addictive.

Un grand merci à Ségolène d’Actes Sud qui m’a fait découvrir ces deux pépites !

Code 1879, les enquêtes du généalogiste, Dan Waddell, Babel Noir Actes Sud 8.50 €

(le 2ème volet, tout comme le premier, est disponible en broché aux éditions du Rouergue)

Les Fleurs de l’ombre

« Ceci n’est pas l’histoire d’une petite fille qui disparaît. C’est l’histoire d’une petite fille qui réapparaît… »

Ce refrain qui refait surface à différents passages du dernier roman de Steve Mosby, est comme une comptine macabre et obsédante, qui finira par vous faire littéralement frissonner.

Il arrive que la réalité inspire des romans. Rien d’extraordinaire à cela. C’est le cas de La Fleur de l’ombre, un thriller écrit en 1991 par un illustre inconnu, Robert Wiseman, lequel a disparu dans d’étranges circonstances. Mais il peut arriver que la réalité rejoigne la fiction en s’inspirant à son tour d’un roman. C’est ce que constate Neil Dawson, dont le père romancier vient lui aussi de disparaître. Voilà que des similitudes apparaissent entre le roman, la vie de Robert Wiseman, et celle de Neil et de son père. Cela fait beaucoup de coïncidences. D’autant que sa compagne vient de se faire kidnapper.

Un sur deux, le premier roman de Steve Mosby, publié à l’époque par les toutes jeunes éditions Sonatine, m’avait bien plu. Ayant fait l’impasse sur le deuxième, je me suis laissé tenté par le troisième. N’y allons pas par quatre chemins, c’est un très bon thriller, à l’intrigue déroutante, inquiétante, magnitude 10 sur l’échelle du suspense. Mais avec un charme en plus : l’écriture. En construisant son livre au milieu d’un jeu de miroirs, on finit par ne plus dissocier la réalité de la fiction. Sans pour autant se perdre.

Avec ses mises en abîme audacieuses et son ambiance « creepy » à la Twin Peaks où plane l’ombre du meilleur de Stephen King, Steve Mosby vous embarque dans sa sombre réalité sur les traces d’un tueur en série d’un genre très particulier.

Les Fleurs de l’ombre, Steve Mosby, éditions Sonatine 20 €

Requins d’eau douce

Lukastik est inspecteur principal à la brigade criminelle de Vienne, Autriche. Solitaire et vieux garçon, il est méticuleux et perfectionniste. Il aime son travail mais il garde le sens de la famille. Il vit toujours chez ses parents et ne rate jamais un dîner en leur compagnie (une soupe et rien d’autre).

Lukastik aime Wittgenstein (1889-1951), et se promène toujours avec son oeuvre majeure : le Tractatus logico-philosophicus, qui comme son nom l’indique traite de… logique et  philosophie, merci à ceux qui suivent.

Lukastik n’a pas d’amis. Il abhorre ses collègues (qui ne sont pas en reste à son égard), et maltraite son commissaire, lequel prend sur lui car tout de même, les résultats sont là.

Lukastik aime relever les défis de la logique (voir plus haut), aussi lorsqu’un cadavre dévoré par un requin est retrouvé dans une piscine au sommet d’un immeuble, il ne se laisse pas démonter (surtout par une prothèse auditive, lisez vous comprendrez).

Lukastik a un drôle de nom et n’attache pas une grande importance à la discipline et aux protocoles d’enquête. Les témoins, les suspects, tout cela est bien relatif.

Lukastik aime beaucoup sa soeur et vous souhaite une bonne année 2012 !

Requins d’eau douce, Heinrich Steinfest, Folio Policier à 7.30 €.