L’île Haute

Vadim s’appellera désormais Vincent. Ce gamin de douze ans qui a grandi à Paris se retrouve confié dès la descente du train à une famille qu’il ne connaît pas, au coeur des Alpes, au pied des hautes montagnes. C’est l’hiver, tout est froid et blanc dans cette vallée millénaire, nous sommes en 1943 et la guerre n’est qu’un lointain murmure.

Dans ce décor grandiose et sauvage, Vincent découvre l’immensité, le silence, la force de la vie. Et une communauté qui l’accepte et le protège, lui apprend à travailler, à s’occuper des bêtes. Il rencontre Moinette, qui du haut de ses dix ans, veille sur lui et lui confie ses secrets. Au fil des saisons et des rencontres, Vincent mûrit, se découvre et s’enhardit. Mais la guerre se rapproche…

On entre dans cet éblouissant roman comme dans une forêt enneigée, dans un lieu pur et étincelant, où tout semble endormi mais où la vie explose à chaque pas, à chaque phrase. Valentine Goby rend hommage à la solidarité, à l’amour désintéressé, au courage et à la beauté de l’innocence. Face aux guerres, face aux crises, une seule voie : la générosité. Et la montagne, la nature, comme seul refuge.

Frédéric

L’île Haute, Valentine Goby, éditions Actes Sud 21,50 €

Vient de paraître !

Le livre de Neige

Maria Nieves, dite Nieves (Neige en espagnol), n’est qu’une enfant lorsqu’elle se réfugie en France avec ses parents, fuyant la toute nouvelle dictature franquiste. Pour se faire une place dans ce pays étranger, il lui faudra surmonter le choc du déracinement et l’apprentissage du français. Les premières années seront dures, mais le goût de la liberté et la soif de connaissances aideront Nieves à franchir tous les obstacles. Installée au coeur de la Petite Espagne à Saint-Denis (la mère fait des ménages et le père se crève à l’usine), où sont relégués les immigrés dans des conditions misérables, l’enfant devient progressivement jeune femme, découvre les joies de la lecture et des livres, l’émerveillement grâce à la grande bibliothèque de la ville, se nourrit de culture et des sciences et survole peu à peu l’école puis l’université.

Forçant son destin, Nieves deviendra vite une femme moderne, curieuse, de plus en plus sensible à l’écologie et à la nature, avec pour seul but devenir libre et indépendante. Et tant qu’on y est, pourquoi pas un prix Nobel ou un voyage en URSS… Il y aura des épreuves, mais rien qu’elle ne pourra surmonter. Car comme le dit si bien son fils, Olivier Liron, avec tout l’humour, la tendresse et le talent qu’on lui connait : « La tristesse, c’est comme la météo de Nathalie Rihouet. Il ne faut pas s’en faire. Le soleil finit toujours par revenir sur l’ensemble du territoire, des côtes de l’Atlantique jusqu’aux Ardennes. »

Le livre de Neige est un fabuleux voyage dans la France d’avant la morosité, pays pourtant ingrat drogué à la croissance grâce à une population immigrée qu’elle n’hésite pas à malmener. Leçon de courage et leçon de vie, ce merveilleux récit est aussi une leçon d’amour d’un fils reconnaissant qui deviendra écrivain, pour notre plus grand plaisir.

Le livre de Neige, Olivier Liron, Gallimard 19 €

P.S : Olivier Liron est aussi l’auteur d’Einstein, le sexe et moi (Points Seuil à 6.70 €), livre tout à la fois désopilant, féroce et touchant, à lire aussi sans hésitation !

Frédéric

Le voyant d’Etampes

La soixantaine et retraité depuis peu, Jean Roscoff est un universitaire spécialisé dans la « Guerre Froide » et un vétéran d’S.O.S racisme dont il ne cesse de ressasser les heures de gloire. Passionné par un obscur écrivain américain des années 50, Robert Willow, musicien de jazz et poète maudit qui vécut en France, il décide de lui consacrer un livre. Publié chez un éditeur confidentiel aux maigres ambitions, porté par un lancement raté au cœur d’un bar miteux, le livre prend vite le chemin d’un four éditorial sans même passer par la case du succès d’estime. Pourtant, un article publié sur un blog anodin attire l’attention. C’est le début des ennuis pour l’écrivain, car de nos jours le pire arrive très vite.

Heureusement Jean Roscoff a de quoi affronter la dure réalité du monde moderne : un alcoolisme gênant, une femme qui tient à « réussir son divorce », une fille lesbienne en couple avec une activiste virulente et un mouton noir d’Ouessant (le bouc il ne l’a pas trop senti). Pas de doute, Jean Roscoff va bien toucher le fond. Mais il ne va pas se laisser faire pour autant, quitte à se remettre en question…

Un roman drôle et sarcastique, une fable critique sur les réseaux sociaux et la dictature de la morale, Le Voyant d’Etampes est un roman jubilatoire et malicieux, qui avec un humour irrésistible sait mettre en lumière les limites et les failles de notre société. C’est aussi le portrait d’un homme dépassé, fruit d’un autre siècle et qui peine à garder l’équilibre.

Le voyant d’Etampes, Abel Quentin, éditions de l’Observatoire 20 €