Leçons

On ne pouvait pas laisser l’année se finir sans vous parler de Leçons, le dernier roman de Ian McEwan paru cet automne !

Dans ce roman ambitieux mais diablement passionnant, à la narration exemplaire, le grand écrivain anglais nous dévoile toute l’essence, la complexité et la profondeur d’une vie, rien de moins. 

De la peur qui traverse l’Europe suite à l’accident de Tchernobyl, en passant par l’euphorie de la chute du Mur de Berlin ou la terreur suscitée par la crise des missiles de Cuba, Ian McEwan nous montre que nos vies répondent aux battements du monde et qu’elles sont indissociables des vicissitudes de la grande Histoire.

Mais Leçons est aussi un roman de l’intime, de l’initiation amoureuse et artistique, un roman des choix, des doutes et des regrets, un roman qui donne le temps aux retrouvailles et à la réparation, un roman qui questionne jusqu’au bout la pertinence de nos actions et de nos renoncements.

Sensuel, introspectif, romanesque, historique, Leçons coche toutes les cases de la réussite, on s’y abandonne et tout comme le personnage principal à la fin du livre, on vacille tant l’émotion est forte.

Frédéric.

Leçons, Ian McEwan, traduit de l’anglais par France Camus-Pichon, Gallimard 26 €

Toute l’équipe de la librairie vous souhaite de bonnes fêtes de fin d’année ! 

Le Dimanche du souvenir

« Comment tu t’appelles, fiston ? »

Cette question, Simon l’avais refoulée dans les profondeurs de sa mémoire. Il aura fallu une thérapie pour qu’elle resurgisse d’un passé qu’il croyait à jamais enterré. Afin de lutter contre de violentes crises d’épilepsie qui ne sont que l’écho d’un trauma, Simon doit désormais regarder plus de trente ans en arrière et régler ses comptes avec les souvenirs.

Le 8 novembre 1987, un attentat de l’IRA fait onze morts et soixante-trois blessés dans la ville d’Enniskillen. En plein coeur de l’Irlande du Nord se joue une tragédie sans précédent, déchirant toute une communauté, toute une population et de nombreuses familles. C’est le temps des choix, des causes justes et des trahisons, le temps de la barbarie et des bombes aveugles.

Simon a quinze ans et rêve de fuir toute cette violence. Mais parce qu’il se retrouve au mauvais moment et au mauvais endroit, le voici prisonnier et gardien d’un lourd secret. C’est désormais le temps long du silence.

Âgé à présent de quarante-neuf ans, Simon convoque la fiction au service de la vérité. Car parfois les écrivains sont les seuls à pouvoir faire la lumière sur le passé.

En faisant preuve d’une juste compassion et d’une virtuosité littéraire, Darragh McKeon se hisse au niveau d’un Russell Banks, le grand romancier américain. Rarement on aura touché d’aussi près tous les paradoxes de la guerre civile irlandaise, jusqu’à nous briser le coeur.

Frédéric

Le Dimanche du souvenir, Darragh McKeon, traduit de l’anglais (Irlande) par Carine Chichereau, Belfond 22 €.

Les Naufragés du Wager

En 1740, après de nombreux périples, le HMS Wager, 250 hommes à son bord, s’échoue sur une île particulièrement inhospitalière au large de la Terre de Feu. Deux ans plus tard, deux embarcations de rescapés agonisants rejoignent la civilisation à six mois d’intervalle. Leurs récits se contredisent… Mais qui dit la vérité ?

C’est l’un des naufrages les plus emblématiques de l’histoire de la Royal Navy, qui fit couler beaucoup d’encre, plongeant la marine militaire anglaise dans l’embarras.

Tous les ingrédients étaient pourtant réunis dès le départ pour un fiasco assuré : une expédition vite et mal montée pour saisir un galion espagnol rempli d’or à l’autre bout du monde, une escadre composée en grande partie de navires rafistolés et vermoulus, des équipages de conscrits, d’enrôlés de force, d’invalides, d’aristocrates déchus, menés par des capitaines en manque de gloire. Ajoutez à cela un certain John Byron, grand-père du célèbre poète ainsi qu’un canonnier lettré qui ne s’en laisse pas conter… sans oublier le Cap Horn et le détroit de Magellan, soit l’une des zones maritimes les plus hostiles de la planète, bref vous l’aurez compris, ce n’était pas gagné d’avance.

C’est à la fois rocambolesque, tragique autant qu’admirable, terrifiant et passionnant mais c’est avant tout divinement raconté. David Grann, l’auteur notamment de La Cité perdue de Z., s’appuie sur une source colossale d’archives, de témoignages et de journaux de bord, et nous livre un récit parfaitement maîtrisé, limpide et aussi prenant qu’un grand roman d’aventures, avec son lot de rebondissements et de personnages savoureux. Ses descriptions de tempêtes risquent notamment de vous faire passer l’envie de monter sur un bateau… Mutineries, île déserte, trahisons, des indigènes, des survivants qui s’étripent, une cour martiale, on ne manque de rien dans Les Naufragés du Wager, on y trouve même beaucoup de scorbut et un peu de cannibalisme… Un régal ! (si je puis me permettre…)

Frédéric

Les Naufragés du Wager, David Grann, parfaitement traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Johan-Frédérik Hel Guedj, éditions du Sous-Sol, 23.50 €