Borgo Vecchio

On entre dans ce roman comme on se perd dans une ville du sud. Au détour d’une rue, à force de lever les yeux, hypnotisé par les sons et les odeurs, on se retrouve soudain dans un enchevêtrement de ruelles, un labyrinthe inconnu. Comme un touriste égaré, nous voilà plongé au coeur d’une vie qu’on ignorait, avec ses drames, ses bruits et sa fureur.

Borgo Vecchio de Giosuè Calaciura est un enchantement. Dès la première page on est enveloppé par les phrases, les mots, les sensations, comme une brume. Une brume qui a « la consistance des contes ».

Borgo Vecchio est une joyeuse et touchante galerie de personnages. Il y a les jeunes Mimmo et Cristofaro, les deux amis dont l’enfance n’est pas de tout repos. Il y a Celeste, captive du balcon de sa mère lorsqu’elle s’offre aux hommes. Mais aussi Toto le pickpocket, figure attachante et charismatique, qui court plus vite que son ombre. Et il y a même un cheval, Nanà, dont vous me direz des nouvelles.

Borgo Vecchio est un roman de quartier, où le tragique côtoie le comique, un opéra de cour d’immeuble et d’escaliers donnant sur la mer, une musique faite de vies simples mais passionnées.

Jérôme Ferrari dit : « La langue de Giosuè Calaciura est unique, objectivement unique. »

Oui Jérôme, mais elle est surtout magique.

On sourit et on rit, on rêve et on s’extasie, et à la fin on pleure. C’est un roman qui a la douceur d’une caresse mais qui vous étreint le coeur, ça vous retourne l’âme.

Borgo Vecchio, Giosuè Calaciura, magiquement traduit de l’italien par Lise Chapuis, Notabilia (éditions Noir sur Blanc), paru le 22 août 2019. 16 €

Coups de coeur maritimes… en vidéo !

 

A l’occasion de cette dernière édition de la Route du Rhum, j’ai eu la joie de présenter trois coups de coeur de lectures maritimes (un roman d’aventures, un récit historique et un album jeunesse) pour le site du réseau social de livres Lecteurs.com. L’entretien a été filmé et vous pouvez le découvrir sur internet à l’adresse suivante :

https://www.lecteurs.com/article/de-laventure-et-des-voyages-avec-ma-librairie-a-saint-malo/2443450

Les trois livres cités sont :

Pour les Trois Couleurs de Fabien Clauw aux éditions Paulsen.

Au Royaume des Glaces, l’Impossible Voyage de la Jeannette d’Hampton Sides (traduit de l’américain par Sophie Aslanides), toujours aux éditions Paulsen.

Le Secret du Rocher Noir de Joe-Todd Stanton (traduit de l’anglais par Isabelle Reinharez) aux éditons L’Ecole des Loisirs.

Le site Lecteurs.com, en partenariat avec les éditeurs concernés, propose à ses membres de faire gagner l’un de ces trois livres ! Vous avez jusqu’au 20 novembre ! Les modalités du concours sont sur la page internet dédiée.

Le réseau social Lecteurs.com est affilié à la Fondation Orange, chargée notamment de promouvoir la création musicale et littéraire.

Un grand merci à l’équipe venue réaliser le reportage et qui avec gentillesse et professionnalisme a si joliment mise en valeur la librairie !

Frédéric

Le lien direct sur la vidéo

Les fantômes du vieux pays

Comment puis-je vous convaincre qu’un roman éclipse à lui tout seul tout ce qu’on peut trouver sur les tables de nouveautés de n’importe quelle librairie ?

Cela peut sembler exagéré, et surtout injuste. Et pourtant.

Plutôt que de résumer les 700 pages, je vais me contenter d’une petite introduction.

Samuel est un professeur d’université et un auteur en panne d’inspiration, très en panne d’ailleurs puisqu’il n’a jamais écrit de roman, juste une nouvelle dans une revue littéraire qui lui valut autrefois un très court quart d’heure de gloire. Depuis il passe la majeure partie de son temps à se prendre pour un elfe dans un jeu vidéo en ligne. Sans doute veut-il oublier que sa mère l’a abandonné, lui et son père, lorsqu’il avait 12 ans. Mais voici qu’elle agresse à la télévision un gouverneur, ce qui suscite l’intérêt d’un éditeur qui propose à Samuel d’effacer une longue liste de dettes en écrivant une biographie de celle dont il ne voulait plus entendre parler. Le moment est donc venu de mener l’enquête et de plonger enfin dans les vieux dossiers familiaux et d’explorer les souvenirs d’enfance.

Inutile d’en dire plus. Sachez juste que cet ébouriffant roman regorge de rebondissements, qu’il est drôle et parfois grinçant, qu’il est furieusement original, raconté avec un talent narratif déconcertant, qu’il est impressionnant mais qu’il se lit avec un immense plaisir, une joie enivrante, qu’on est sans cesse surpris, que ses personnages sont incroyables, qu’on traverse les époques comme dans un rêve, qu’on rit beaucoup mais qu’on en ressort aussi pas mal secoué.

C’est un premier roman, on a du mal à le croire. Alors on parle de prodige, de génie… Sans doute est-ce justifié. Mais ce que je retiendrai surtout, c’est qu’en plus de découvrir un nouvel auteur, on découvre une histoire. Nathan Hill sait, du début à la fin, créer et raconter une authentique histoire. Et comble de la réussite, tout en l’incluant dans le contexte trouble de la fin des années 60 aux Etats-Unis et la réalité affolante de notre monde moderne et aliénant. Ainsi, comme les meilleurs romans de John Irving, Les fantômes du vieux pays est un livre qui emporte, amuse, émeut, et au bout du voyage se transforme en une lecture inoubliable, un ami pour la vie.

Frédéric.

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Les fantômes du vieux pays, Nathan Hill, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Mathilde Bach, éditions Gallimard 25 €.