Un jeu sans fin

Todd et Rafi sont deux lycéens américains que tout oppose. L’un est le fils d’une famille blanche fortunée, l’autre est noir et de condition modeste. Ils ont pourtant en commun des parents dysfonctionnels et un héritage pesant. Mais ils partagent surtout une passion pour le jeu, d’abord les échecs, puis le jeu de Go qui va bouleverser leur vie. Leur amitié souffrira de leurs ambitions, l’un va révolutionner le monde informatique puis l’intelligence artificielle, l’autre fera tout pour devenir écrivain.

Fille d’un ingénieur qui va développer le premier scaphandre autonome, Evie a douze ans lorsqu’elle découvre la plongée sous-marine. Son regard sur le monde va dès lors changer, elle consacrera sa vie à l’exploration et à l’étude des fonds maritimes, devenant une icône populaire au sein d’un milieu jusque-là exclusivement masculin.

Des années plus tard, sur une petite île du Pacifique abîmée par l’exploitation minière, une infime communauté d’autochtones voit d’un mauvais oeil l’arrivée d’une multinationale américaine. C’est l’heure de vérité.

Destins exceptionnels, enfances malmenées et amitiés tourmentées s’entrecroisent avec maestria dans ce nouveau roman de Richard Powers. En construisant son intrigue autour de personnages fragiles et marquants, en l’articulant autour du jeu et des défis environnementaux, et en l’appuyant sur la révolution informatique puis numérique, l’auteur signe une oeuvre dont la lecture s’avère aussi compulsive que déchirante.

Un jeu sans fin est un hymne à l’océan et à ses richesses, un hommage à la résilience et une invitation à réfléchir aux enjeux contemporains et futurs. Richard Powers est l’un des grands magiciens des lettres américaines, capable de réenchanter le monde en nous amenant à le comprendre, sans jugement ni leçons de morale. Avec bonté, en tournant le dos à la bêtise, au mensonge et à la laideur, en faisant le seul choix qui compte, celui de l’amour, de l’intelligence et de la beauté.

Frédéric

Un jeu sans fin, Richard Powers, traduit avec un grand talent par Serge Chauvin, Actes Sud 23.80 €.

Un été à soi

Et si on commençait l’année par un roman joyeux et ensoleillé ?

Alors laissons l’hiver derrière nous et passons directement à l’été. Un été à soi, de la plus formidable des romancières américaines : Ann Patchett.

Le temps d’une saison, Lara et son mari Joe accueillent leurs trois filles dans leur cerisaie, un certain printemps 2020 où le temps s’étire et se fait propice aux confidences. Car les filles ont un caractère bien trempé et veulent avoir le fin mot de l’histoire, en l’occurence tout connaître de l’idylle entre leur mère et un acteur célèbre l’été de ses vingt-quatre ans. Un été aussi éphémère que marquant, qui pour chacun des personnages fut déterminant, un été à vous changer une vie.

Lara jeune comédienne aussi douée que débutante, est alors Emily pour la pièce Notre petite ville montée et jouée au bord d’un lac dans le New Hampshire. Et Duke, jeune acteur lui aussi, n’est pas encore la star qu’il deviendra ensuite. Ces deux-là vont vite se trouver, mais au théâtre comme en amour, tout est question de rebondissements.

Pour tenir en haleine ses filles, Lara soigne son récit et plonge au coeur de ses souvenirs, faisant émerger une vérité longtemps enfouie. Que s’est-il vraiment joué cet été-là ? 

Un été à soi est un hymne au théâtre, aux auteurs et aux acteurs, mais avant tout un hymne à la vie, à la spontanéité autant qu’au courage. Celui d’affronter la réalité et d’oser partir en quête de qui l’on est vraiment, tout en évitant les pièges du destin.

Lire Ann Patchett c’est faire le plein de vitamines ! On se passionne, on rit, on tourne les pages ivre de bonheur devant tant d’intelligence, de talent et d’habileté à nous mener par le bout du nez. Nous voilà au coeur de cette famille, à récolter les cerises sous un ardent soleil et puis soudain nous sommes sur une scène au milieu d’acteurs passionnés. Ann Patchett nous promène dans son merveilleux roman en nous tenant la main, avec grâce et générosité.

Ah, Ann Patchett, heureusement que tu es là !

Au nom de toute l’équipe de la librairie, je vous souhaite une bonne et joyeuse nouvelle année ! 

Frédéric

Un été à soi, Ann Patchett, lumineusement traduit de l’américain par Hélène Frappat,

Actes Sud 22.80 €

Bien-être

Chicago, début 1990, chacun dans leur appartement, Elizabeth et Jack s’observent en secret par la fenêtre. Ils se rencontrent et tombent amoureux. Il est artiste et photographe, elle commence à travailler dans la recherche autour de l’effet placebo. Tous deux s’immergent dans cette nouvelle décennie, au coeur d’un quartier branché et arty.

Quelques années plus tard, la réalité les rattrape. Jack s’ennuie en donnant des cours d’histoire de l’art à des étudiants rivés sur leur smartphone, Elizabeth administre des placebos dans une clinique privée, choisissant de tromper ses patients pour mieux les guérir. Tyrannisée par son fils Toby, un bébé ingrat qui souffre de néo-phobie alimentaire, elle est à deux doigts de craquer. Quant à Chicago, la ville a fait le saut dans le nouveau siècle. Les quartiers populaires se sont « gentrifiés ». Les bars louches où l’on s’encanaillait à écouter les Smashing Pumpkins ont fait place à des restaurants chics et aux résidences hors de prix.

Au coeur de ce couple qui commence à tanguer sévèrement, chaque petite fissure risque de se muer en catastrophe. La conjugalité, un enfant difficile et un projet immobilier qui prend l’eau suffisent à transformer Jack et Elizabeth en ce qu’ils redoutaient le plus : des clichés.

C’est là qu’intervient Nathan Hill ! 

Car l’auteur n’a pas l’intention de laisser tomber ses personnages. Pour les aider à s’en sortir, il va remuer le passé, remonter le cours du temps et peu à peu faire tomber les masques. Qui sont vraiment Jack et Elizabeth ? D’un côté un petit garçon perdu dans un Kansas aride, à l’enfance maussade pris en étau entre un père taiseux et une mère gentiment dingue, et de l’autre côté une petite fille héritière d’une grande famille qui depuis des générations a bâti sa fortune en exploitant et pillant autant la terre que les hommes. 

Comment vivre sans se raconter d’histoires ? Dans Bien-être, Nathan Hill détricote tous les chemins que nous empruntons pour nous raconter des mensonges sur ce que nous croyons être. Mais ces mensonges sont le ferment de toutes les difficultés que nous rencontrons ensuite dans nos vies. Comment être heureux en amour si nous restons un enfant traumatisé ? Comment vivre en couple alors que nous avons grandi en trompant sans arrêt notre monde.

Nathan Hill est un prodige, et pour son deuxième roman il réussit l’impossible : nous réconcilier avec nous-mêmes en nous faisant rire aux éclats, en métamorphosant l’instant le plus tragique et le plus déchirant en une leçon d’espoir.

Pardonnez l’utilisation de ce mot tellement galvaudé, mais c’est pourtant le premier qui vient à l’esprit une fois ce livre refermé : Bien-être est un roman génial.

Prenez tous les adjectifs et superlatifs du dictionnaire que vous voulez, multipliez par 10 et vous saurez ce que vaut le deuxième roman de Nathan Hill, et l’émotion et la joie qu’il vous procurera.

Si Philip Roth et John Irving avaient eu un fils, ils l’auraient appelé Nathan Hill.

P.S : Son premier roman, Les Fantômes du Vieux Pays était déjà fabuleux, et il existe en folio !

Frédéric

Bien-être, Nathan Hill, bien-êtrement traduit de l’américain par Nathalie Bru, Gallimard 26 €