Lorsque le dernier arbre

« Que sont les familles, sinon des fictions ? (..) Comme toutes les histoires, les familles ne naissent pas, elles sont inventées, bricolées avec de l’amour et des mensonges et rien d’autre. »

Lorsque le dernier arbre de Michael Christie, possède le souffle des grandes sagas familiales, de celles qui vous emportent dès le premier chapitre. Une très belle lecture pour entamer cette nouvelle et prometteuse rentrée littéraire !

En 2038 les arbres n’existent plus. Le réchauffement climatique et plusieurs épidémies ont tout réduit en poussière, les maladies respiratoires font partie du quotidien. Au large de la Colombie-Britannique subsiste une île boisée, dernière représentante des forêts primaires, accessible seulement à quelques touristes fortunés. Mais à qui appartient réellement cette île ? Et quelle est son histoire ? Pour y répondre, l’auteur remonte le temps jusqu’en 1930, au lendemain d’une crise sans précédent qui bouleversa le monde. Surgissent alors des personnages incroyables, un aveugle magnat du bois, un poète irlandais déchu, un fugitif protégeant un nourrisson illégitime… Toute une dynastie qui petit à petit va se construire puis se défaire, un empire bâti sur l’exploitation sans vergogne des forêts qui se transformera en un macabre héritage impossible à supporter.

« Ce que l’expérience lui a appris, c’est que plus les temps sont durs, plus nous nous comportons mal les uns envers les autres. Et ce que nous avons de pire à offrir, nous le réservons à notre famille. »

Lorsque le dernier arbre est une fresque passionnante racontée avec un talent qui force le respect. Mais aussi un roman qui nous parle de la destruction d’un monde, notre monde, à travers le prisme d’une famille déchirée en mal de rédemption. Un hommage à la grande littérature romanesque tout autant qu’un cri d’alarme, un appel à sauver ce que nous avons de plus précieux.

« On ne peut plus changer le monde, mais si on est intelligents, on arrivera peut-être à en préserver l’essentiel. »

Lorsque le dernier arbre, Michael Christie, traduit de l’américain par Sarah Gurcel, Albin Michel 22.90 €

Vient de paraître ! (18 août 2021)

Frédéric

3 romans américains à découvrir !

Walter Tevis… Ce nom ne vous dit peut-être rien, mais les plus cinéphiles d’entre vous hausseront pourtant un sourcil si je cite « L’Arnaqueur » (avec Paul Newman), « La Couleur de l’argent » (avec Paul Newman et… Tom Cruise !) ou bien encore « L’Homme qui venait d’ailleurs » (avec David Bowie)… Car oui ces films sont tous des adaptations de romans de Walter Tevis.

Cet écrivain américain, mort en 1984 à l’âge de 56 ans, tourmenté et mélancolique, est aussi l’auteur du « Jeu de la Dame » qui rencontre paraît-il un franc succès actuellement sur Netflix.

L’Oiseau moqueur, autrefois édité sous le titre L’Oiseau d’Amérique, est son avant-dernier roman de science-fiction et vient de ressortir en poche aux éditions Gallmeister sous une nouvelle traduction. Dans cet étrange livre, l’auteur imagine un futur proche où les hommes vivent dans un monde dirigé par des robots. Détachés des obligations matérielles, repliés philosophiquement sur eux-mêmes, loin de toute forme d’amour, ils dépérissent peu à peu mollement et perdent goût pour la reproduction. La promiscuité et les contacts sont interdits, on ne se serre plus la main depuis longtemps, et se regarder dans les yeux est considéré comme un acte hautement impoli. Gavés d’anxiolytiques et de somnifères, les hommes ne savent plus lire. Lentement mais sûrement l’humanité disparaît, tandis que les robots se détraquent ou pire, perdent aussi le goût de vivre…

Etrange livre donc, mais fascinant et curieusement prophétique. On est happé par ces descriptions de New-York à moitié désert, où l’herbe prend le pas sur l’asphalte, où seuls quelques hommes et femmes errent sans but, et comme poussés par de vieux réflexes vont s’asseoir dans des fast-foods, en parlant dans le vide, avant de s’immoler par le feu sans crier, avec un sourire figé.

En lisant L’Oiseau moqueur, on pense à Fahrenheit 451 de Ray Bradbury ou bien-sûr à Orwell, mais surtout on ressent une sombre proximité avec ce futur pourtant imaginé en 1980.

L’Oiseau moqueur, Walter Tevis, traduit de l’américain par Michel Lederer, coll° Totem Gallmeister 10,40 €

Chez Gallmeister toujours, vient de sortir en poche Vis-à-vis de Peter Swanson. Cette fois-ci il s’agit d’un roman policier psychologique, à la fois classique mais diablement efficace !

Hen est une illustratrice talentueuse mais en proie à des troubles bipolaires. Lors d’un dîner chez des voisins, elle reconnaît un objet lié à un meurtre non résolu qui l’avait autrefois passionné. Mais problème, le propriétaire semble s’en être aperçu. Elle sait, mais lui sait qu’elle sait. Commence alors un jeu du chat et de la souris captivant auquel on prend un grand plaisir ! Un polar qui ne cherche pas à révolutionner le genre, mais qui donne de belles sueurs froides et tient en haleine jusqu’au bout, grâce notamment à son écriture et au savoir-faire de l’auteur.

Vis-à-vis, Peter Swanson, traduit de l’américain par Christophe Cuq, coll° Totem Gallmeister 10,20 €

Du côté des éditions Actes Sud, ne ratez pas La maison des Hollandais, d’Ann Patchett. Un roman éblouissant, qui une fois terminé nous donne le sentiment d’avoir partagé une vie.

Danny Conroy et sa grande soeur vivent dans une immense maison au coeur d’un riche quartier de Philadelphie. Malgré une mère qui les abandonne et un père distant, la magie de la demeure transforme leur enfance et les marque pour toujours. En grandissant, tout au long de leur vie, ils se retrouvent régulièrement et se rendent en voiture devant la maison. Mais ils n’entrent jamais. Ils ne font que parler, observer, et remuer les cendres du passé.

Ann Patchett est une romancière à découvrir sans tarder ! Dans ce roman, elle créé une fratrie inoubliable et nous conte une histoire émouvante, faite de mystères et de secrets. Comme ses personnages, nous ressentons à quel point nous sommes liés à jamais aux lieux de notre enfance. Ces lieux qui parfois nous hantent toute notre vie. Un roman profondément habité.

La Maison des Hollandais, Ann Patchett, traduit de l’américain par Hélène Frappat, Actes Sud 22,50 €

Frédéric

Bienvenue en 2021 !

A toutes et à tous nous vous souhaitons la plus belle des nouvelles années !

Une année douce et joyeuse, en route vers l’espoir d’un monde apaisé et juste, avec en ligne d’horizon la liberté et la joie de nous retrouver.

Et une certitude : la littérature ne nous laissera pas tomber !

Merci pour votre soutien, grâce à vous ce fut un mois de décembre historique pour L’Odyssée et les librairies indépendantes. Une embellie inespérée qui permet aux auteurs, aux éditeurs et aux libraires d’être confiants en l’avenir et de se projeter dans le futur.

N’oubliez pas que derrière chacune de vos commandes, il y a un auteur, un éditeur, un imprimeur, souvent un diffuseur, un distributeur, un transporteur, un libraire… Une foule de petites mains qui, comme en décembre, travaillent parfois jour et nuit pour vous livrer au plus vite, dans le respect du droit du travail et des règles sanitaires, en payant impôts et charges sociales. C’est cet écosystème du livre et cette logistique miraculeuse qu’il faut protéger et soutenir, car sans elle aucune création littéraire digne de ce nom n’est possible, aucune richesse éditoriale telle que nous la connaissons ne pourrait exister.

Une nouvelle année donc et déjà une nouvelle rentrée avec son lot de coups de coeur ! Sous le signe de la vie, de l’intelligence, de la sensibilité, de la beauté et de l’élégance avec le nouveau recueil de proses inédites du si grand Julien Gracq : Noeuds de vie (Ed. Corti 18 €). Une année captivante et audacieuse avec le roman de Marie Ndiaye La vengeance m’appartient (Gallimard 19.50 €).

Une année de résistance et de danse, comme dans le roman de Marie Charrel : Les danseurs de l’aube (ed. L’Observatoire 20 €). Ou bien encore une année de nouvelles lumineuses, avec Les orages de l’attachant Sylvain Prudhomme (Gallimard L’arbalète 18€).

N’oublions pas les livres de poche, avec notamment la sortie du grandiose Mécanique de la chute de Seth Greenland, désormais un incontournable de la littérature contemporaine américaine, déjà chroniqué sur ce site (Liana Levi Piccolo 12 €). Ainsi que le merveilleux et inoubliable Borgo Vecchio de l’italien Giosuè Calaciura (Folio 6.90€). Ce n’est qu’un début…

Alors malgré les couvre-feux (nous sommes évidemment contraints de fermer à 18h désormais), les confinements aux allures d’épées de Damoclès, malgré le virus, la pandémie, la crise et la peur, nous sommes là, fidèles à nous-mêmes, attachés au lieu magique qu’est la librairie, pour vous accueillir, vous conseiller et vous surprendre. Nous sommes là pour vous mais surtout (et encore une fois) grâce à vous.

Frédéric et toute l’équipe de la librairie.