Le pont invisible

Difficile de rester insensible au charme fou du Pont invisible de Julie Orringer, très dur de s’en détacher aussi, et surtout impossible d’oublier la vie d’Andras Levi, juif hongrois débarquant à Paris en 1937 pour y fréquenter la prestigieuse Ecole Spéciale d’Architecture.

Rapidement l’Histoire s’emballe, on croit deviner la suite des événements, maintes fois racontée ailleurs, et pourtant rien n’est attendu. De la première majuscule du texte au point final de l’épilogue, les mots deviennent images : l’élégance des décors sert admirablement le jeu d’acteurs sensuels et voluptueux, graves et amers tour à tour. L’intensité va crescendo, les pages défilent, et on donnerait beaucoup pour ne jamais atteindre le générique de fin.

Le pont invisible, Julie Orringer, éditions L’Olivier 24 €.

La vie est un tango

Commissaire de quartier à Santa-Clara, ville de province cubaine, Léo Martin passe son temps à mettre fin aux petites embrouilles et aux menus trafics qui font le quotidien de la ville. Car derrière la façade bien-pensante de la Révolution, se cache une interzone faite de prostituées, de petits maquereaux, de récidivistes… Et pour Léo, enfant du quartier, qui jongle d’une maîtresse à l’autre, il est difficile de découvrir la part de vérité qui se cache sous les mensonges permanents, surtout lorsqu’on a un problème avec l’alcool. Entre les rumeurs, les arnaques, les bouteilles de rhum, sa mère et les coups de couteaux, il va lui falloir garder la tête froide pour ne pas perdre pied et découvrir ce qui se trame réellement sous ses yeux.

Ce roman de Lorenzo Lunar, auteur cubain plusieurs fois primé, est une chronique sociale bouillonnante et chaleureuse, qui sous les habits du roman noir cache une déclaration d’amour à ses compatriotes et à son île. Qu’ils soient pauvres ou méchants, corrompus ou violents, tous les personnages de La vie est un tango ont finalement leur place et un rôle à jouer dans cette société cubaine si paradoxale.

La vie est un tango, Lorenzo Lunar, éditions Asphalte 18 € (à paraître le 6 juin).

La main d’Iman

Au coeur de l’Afrique d’aujourd’hui, dans un pays contaminé par la religion et la corruption, plusieurs protagonistes aux parcours très différents tentent de maîtriser leur destin. Du garçon exploité qu’on jette comme un objet périmé, à la femme prisonnière de sa foi en passant par la jeune fille déterminée à s’en sortir, tous vont graviter autour d’un même soleil, le jeune Iman, qui se consume en rêvant d’un ailleurs à la fois lointain et presque à portée de main.

Roman malin et habile, captivant et toujours surprenant, La main d’Iman est une épopée intimiste sur l’Afrique contemporaine, centrée sur des personnages d’une profonde humanité, dont les contradictions cachent des blessures insurmontables.

En découvrant Ryad Assani-Razaki, écrivain originaire du Bénin, on pense d’emblée au meilleur de Le Clézio, rien de moins.

L’auteur sera présent cette année au salon Etonnants Voyageurs sur le stand Liana Levi !

La main d’Iman, Ryad Assani-Razaki, éditions Liana Levi 20.50 €.