La chute des princes

«Le week-end m’avait coûté un total de cinquante mille dollars […] Je les avais regagnés avant le déjeuner.»

On pensait la décennie 80 soldée une fois pour toute avec American Psycho de Bret Easton Ellis, écrit en 1991, lorsque les cendres étaient encore chaudes. Il faut attendre 2014 et La chute des Princes, le quatrième roman de Robert Goolrick traduit en français, pour se rendre compte que tout n’avait pas été dit.

Trader sans pitié, amassant des millions de dollars par an, le narrateur est à l’image de Patrick Bateman, le héro d’Ellis : parfait et irrésistible. Mais à la différence de ce dernier, il est en revanche cultivé, sincère, lucide et exempt de toute cruauté. Il ne lui faudra pourtant qu’une poignée d’années pour se retrouver des soirées dantesques dans un loft de 400 m2 au monologue désabusé dans un studio peuplé de cafards. Car la chute arrive vite, très vite. L’alcool et la cocaïne briseront sa carrière et à 30 ans le voici viré, ruiné, tout juste bon à ruminer un passé incandescent, tandis que le sida tout autour de lui fait le ménage.

Là où Bret Easton Ellis sombrait dans la violence et la répétition pour dénoncer la vacuité de ses personnages, Robert Goolrick joue la carte du panache et de l’élégance afin de démonter le mirage des années fric. Ce qui au final apporte à ce roman, flamboyant et tragique, une sagesse inattendue et émouvante.

Roman moderne et lyrique, La chute des princes place définitivement son auteur au sommet. 

La chute des princes, Robert Goolrick, éditions Anne Carrière 20 €.

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