Guerre sale

On se souvient de l’excellent polar de Dominique Manotti, Nos fantastiques années fric, adapté avec talent au cinéma sous le titre « Une affaire d’Etat ». Dominique Sylvain, avec son dernier opus, Guerre Sale, reprend en quelque sorte le flambeau en abordant à son tour le thème de la corruption et des sinistres malversations liées à la « Françafrique ».

On retrouve son duo détonnant, Lola Jost, commissaire à la retraite qui donnerait des frissons à l’inspecteur Harry en personne, et son amie Ingrid Diesel, strip-teaseuse américaine qui s’habille comme un garde suisse sous ecstasy et dont le français, particulièrement les expressions, reste à parfaire. Entre un avocat véreux, un vendeur d’armes, des barbouzes sur le retour, les deux amies qui peuvent compter sur l’aide de Sacha Duguin, Commandant de la brigade criminelle, auront bien du mal à se frayer un passage vers la vérité.

Suspense, jeux de pouvoir, humour et pneus enflammés autour du cou, le cocktail servi par Dominique Sylvain fonctionne à merveille et démontre, une fois n’est pas coutume, que le polar français se porte bien.

Guerre sale, Dominique Sylvain, éditions Viviane Hamy 18 €.

Rencontre avec Jacques Josse

Rendez-vous  ce samedi 12 février à partir de 17h00, pour une rencontre-dédicace-lecture (autour d’un buffet) avec l’écrivain et poète breton Jacques Josse pour son roman « Cloués au port » aux éditions Quidam.

Rêveur raconteur, le Capitaine est l’une des figures du bar Chez Pedro. Le soir, Jimmy, ex-grutier sans emploi, s’installe pour boire à ses côtés, l’écouter et prendre place dans l’étrange chronique collective dentelée de disparus, d’énigmes, de voyages et de coups du sort de ce petit port de Bretagne. Autour d’eux bourdonnent d’autres voix qui se perdent : chasseurs, boulistes et solitaires qui n’ont trouvé meilleur refuge pour fuir la canicule qui sévit. Pas de quoi entamer le débit du Capitaine, qui s’en va parler aux morts du cimetière d’en face dès que les vivants semblent un peu moins attentifs à ses propos. En cet été torride, la vie s’effiloche plus vite que d’habitude. Les plus faibles tombent, d’autres s’éteignent à petit feu, emportant avec eux des pans d’histoires et de solitudes que le narrateur de Cloués au port s’attache à restituer.

Lyrique, touchant, poétique, ce court roman nous fait découvrir une Bretagne discrète mais réelle, où la mer omniprésente finit par vous laisser un goût de sel sur les lèvres. Le Capitaine, marin sans navire contraint de rester à terre, est un personnage taillé dans le granit que vous n’oublierez pas de si tôt !

Extrait :

Le palabreur apprécie ce frêle acolyte. Il aime sa retenue, sa discrétion et son sens de l’écoute. À soixante-quinze ans, il compte à son actif, outre l’âge et la carrure, une flopée de voyages, de lectures et de rêves plus ou moins éveillés que son voisin ne peut espérer atteindre. Il lui parle en particulier. Il lui tape sur l’épaule. Se remémore de vieux épisodes :

« Jimmy, du temps où tu tournoyais dans les airs comme un oiseau en cage, on avait peur, nous ici, que la mécanique soudain défaille à cause des vents fous et que tu finisses aplati, rétamé, réduit en becquées fines, idéales pour le hors-d’œuvre des goélands nichant sur l’île d’en face. »

Venez nombreux !

Cloués au port, Jacques Josse, éditions Quidam 12 €.

Quelques bds pour rire et rêver !

Plusieurs très bonnes bds viennent égayer ce début d’année un rien frisquet : tout d’abord un peu d’humour noir avec L’île aux cent mille morts, du dessinateur Jason. Avec ses personnages placides au regard vide, son humour décalé, gentiment macabre mais un brin profond, Jason est un auteur de talent qui gagne à sortir de l’underground ! Assisté cette fois d’un scénariste confirmé, Fabien Velhmann, il revisite l’univers de la piraterie en suivant une jeune fille partie à la recherche de son père disparu, laquelle va se retrouver sur une île plus que mystérieuse où sévit une école de… bourreaux ! Un régal, quand Woody Allen et Lewis Trondheim revisitent Stevenson !

L’île aux cent mille morts, Jason et Velhmann, éditions Glénat 15 €.

Les Quatres Soeurs, dont le premier tome vient de paraître, est une formidable adaptation du roman en 4 volumes de Malika Ferdjoukh paru il y a quelques années à l’Ecole des Loisirs. Graphiquement somptueuses, les planches sont aussi virevoltantes que leurs héroïnes. Pétries de bonnes références (au cinéma et à la littérature), ces Quatres Soeurs (qui sont en fait 5 dans cet épisode) sont de bonne compagnie et leurs aventures aussi attachantes que drôles. Il se dégage de cette oeuvre un charme espiègle que n’auraient pas renié les soeurs Brontë… Vivement la suite !

Quatre Soeurs T1 Enid, Malika Ferdjoukh et Cati Baur, éditions Delcourt 14.95 €.

 

Plus exigeante mais non moins magnifique, Féroces Tropiques nous conte l’aventure extraordinaire d’un peintre allemand dans la folie de la première partie du siècle dernier. Entre un séjour forcé au coeur d’une tribu sauvage quelque part en Nouvelle-Guinée, le front de la guerre de 14 et la montée du fascisme en Allemagne, à défaut de comprendre les hommes notre héros finira par découvrir sa propre vérité. Un voyage extraordinaire et riche en couleurs : entre Egon Schiele, Van Gogh et Gauguin, Pinelli et Bellefroid signent là une grande bd où chaque case éblouit le lecteur, et où le texte force à l’introspection.

Féroces Tropiques, Pinelli et Bellefroid, éditions Dupuis / Aire Libre 15.95 €

Enfin à noter que l’excellente bd chez Casterman de David Mazzucchelli, Asterios Polyp, que nous vous chroniquions dès le mois d’octobre, vient d’obtenir le Prix Spécial du Jury lors du festival d’Angoulême !