Solanin

Solanin est un manga « d’auteur » en deux volumes, paru en 2007 en France mais que je n’ai découvert que tout récemment par hasard. Mieux vaut tard que jamais, car il s’agit d’une oeuvre remarquable, poignante et drôle.

Solanin raconte le parcours d’un groupe d’amis d’une vingtaine d’années, à une époque charnière de leur vie, celle du passage réel à l’âge adulte et à la responsabilité. Perdus dans un Tokyo tentaculaire, chacun se débrouille plus ou moins en faisant des petits boulots précaires et mal payés, tâchant de concilier amour, musique, travail et indépendance. Mais les années passent et finalement le temps des décisions approche. Doivent-ils renoncer à leur rêve de jeunesse pour autant et accepter de travailler pour de bon pour une grande société ?

Difficile de résumer Solanin sans en dévoiler les ressorts dramatiques (la fin du tome 1 est bouleversante). Mais ce qui fait le charme si particulier de cette bande dessinée c’est la narration, cette « voix off » des personnages qui s’interrogent sur leurs choix, leurs sentiments, ce qui fait le sens ou non de leur vie. Le talent d’Asano est aussi de donner un visage humain à Tokyo, loin de l’image de la mégalopole bruyante et surpeuplée, à travers des pauses graphiques apaisantes et poétiques. Et que dire de son don pour dessiner les visages ! En quelques coups de crayon, l’auteur est capable de faire passer des émotions fortes et complexes comme la jalousie, l’admiration, la plénitude… Quant à son sens de l’humour, il n’est pas en reste ! Certaines planches ou cases vous feront même exploser de rire !

Sur fond d’amour et de rock, Solanin est une histoire sensible et belle, mais aussi le portrait d’une jeunesse attachante qui se cherche, qui hésite à sacrifier ses rêves sur l’autel du travail et de la réussite comme leurs ainés.

Solanin, Inio Asano, Editions Kana, 10 € le volume.

La Neuvième Pierre

Traduit de l’anglais chez Actes Sud dans leur célèbre collection de polars, La Neuvième Pierre est le second roman de Kylie Fitzpatrick. Il s’agit d’un bon petit roman « à la manière de », qui rend hommage au roman policier victorien, dont Wilkie Collins est le plus illustre (et même fondateur) du genre.

Il est ici question de pierres précieuses mystérieuses, de diamants rouges aux étranges propriétés, de talismans maléfiques et d’assassinats bien curieux qui laissent la police dans l’embarras. Du Londres de la deuxième partie du 19ème, aussi crasseux et grouillant qu’aristocratique, à une Inde fantasmée et magique, on suit avec plaisir les pérégrinations de Sarah, une jeune orpheline qui travaille dans un quotidien en se faisant passer pour un garçon, et qui en raison de sa curiosité maladive va vite se retrouver aux premières loges de l’intrigue. Histoire de pimenter les choses, Sarah devra prendre soin de sa jeune soeur tout en essayant de sauver un ami accusé de meurtre par erreur…

Personnages sympathiques, dont une gouvernante qui voit les esprits des défunts, ambiance 19ème très crédible, ce roman est vite prenant et l’exercice de style réussi. A découvrir pour ceux qui veulent sortir du polar nordique ou du thriller !

La Neuvième Pierre, Kylie Fitzpatrick, Actes Sud 22.50 €.

Le Vaisseau Ardent

Prenez un auteur inconnu (Jean-Claude Marguerite), ajoutez 18 années d’élaboration et d’écriture (!), puis une pincée de… 1280 pages (le roman était prévu à l’origine en deux volumes), mettez au four en ajustant le thermostat sur des thèmes aussi riches que la piraterie, la navigation, l’histoire, l’enfance, la mythologie, laissez cuire un bon mois (le temps de tout lire, car ce roman prend du temps mais il n’est ni long, ni ennuyeux), allez enfin dans votre librairie préférée et demandez : Le Vaisseau Ardent s’il vous plaît !

Voici dans le désordre la recette de ce qui va sans doute devenir l’un des plus grands romans d’aventures de l’histoire de la littérature française. Bien-sûr on peut rajouter que c’est très bien écrit, que ça rend hommage au genre tout en apportant une nouvelle pierre à l’édifice, on peut épuiser le dictionnaire des synonymes pour rechercher des qualificatifs pour cette oeuvre monumentale, mais comme je vous l’ai dit c’est un roman qui nécessite d’avoir un peu de temps devant soi, alors pas la peine d’en perdre inutilement, bienvenue à bord et découvrez vite l’énigme du Pirate Sans Nom et celle du Vaisseau Ardent !

Le Vaisseau Ardent, Jean-Claude Marguerite, éditions Denoël 30 €.