Le mythe Kem Nunn

Né en 1948 en Californie, Kem Nunn est un écrivain américain aussi époustouflant que rare. Seulement 4 romans, dont une trilogie brillante et emblématique axée sur le thème du surf : Surf City (Folio Policier), Le Sabot du Diable (Folio Policier) et Tijuana Straits (Sonatine).

Surf City c’est l’histoire d’un adolescent mal dans sa peau, parti à la recherche de sa soeur disparue. Sa quête le fera échouer dans une petite ville de la côte ouest tenue par un gang de surfeurs. Notre héro infiltrera tant bien que mal ce gang et fera l’apprentissage du surf et de la nature, mais aussi de l’amitié, de la trahison, de la peur et de la mort.

J’ai découvert Kem Nunn il y a 8 ans avec ce livre, et cela reste à ce jour l’un des mes romans noirs préférés !

Le Sabot du Diable, le 2ème volet de cette trilogie, vient enfin de sortir en Folio. C’est aussi un chef-d’oeuvre auprès duquel il ne faut pas passer à côté. C’est à nouveau l’occasion de découvrir l’un des plus grands écrivains de romans noirs américains, chaque volume de la trilogie étant totalement indépendant et pouvant se lire séparément (il n’y a pas de personnages récurrents).

Fletcher, photographe de surf sur le déclin, voit se présenter à lui une occasion en or de se refaire : un prestigieux magazine lui demande d’accompagner deux champions de surf afin de renconter Drew Harmon, une ancienne gloire du milieu, vivant reclus quelque part en Californie. Harmon, légende vivante du surf, a promis de sortir de l’ombre une dernière fois et d’accompagner les trois hommes jusqu’à Heart Attacks, un spot mythique dont lui seul connaît l’emplacement exact, un endroit unique au monde et extrêmement difficile d’accès, coincé au bout de deux réserves indiennes réputées hostiles. Une houle gigantesque se prépare, et Drew Harmon veut immortaliser la scène en faisant appel à Fletcher qu’il a jadis connu.

Un long et difficile périple commence alors pour ces 3 surfeurs, un voyage initiatique violent et introspectif, qui prend peu à peu les allures d’une descente aux enfers. Car les indiens n’aiment pas particulièrement qu’on se promène sur leurs terres… surtout lorsqu’on s’en prend à l’un des leurs.

Tout comme dans Surf City, le roman est traversé de passages exaltants sur le surf, des descriptions sans pareil de l’océan, de vagues et de nature sauvage, des tableaux grisants empreints de philosophie et de folie. Avec cette fois-ci en toile de fond la misère de certaines réserves indiennes, où règne un chaos indescriptible, un patchwork violent de drogues, d’alcool et de mysticisme.

Kem Nunn est un nom à retenir, un auteur à lire et une oeuvre à part. Magnifique et vénéneuse, sa trilogie « Surf » est un monument de la littérature américaine contemporaine. Des pages sublimes et lyriques, des héros et des personnages aussi forts que des mythes, un style qui emporte et une intrigue qui vous colle jusqu’au bout, tout ceci n’est qu’un petit aperçu d’une oeuvre déjà culte, tellement marquante qu’on hésite entre la faire partager ou la garder pour soi !

Le Sabot du Diable, Kem Nunn, Folio Policier 7.80 €

Etonnants Voyageurs et congés

Chers clients, chères clientes,

Voici quelques informations pratiques :

La librairie L’Odyssée sera présente sur le salon Etonnants Voyageurs qui aura lieu du 11 au 13 juin inclus.

Vous pourrez nous retrouver sur les stands Albin Michel, Gallimard, Le Seuil, Payot-Rivages, Buchet-Chastel, L’Olivier, Zulma, Viviane Hamy, Gallmeister… Venez rencontrer des auteurs indiens, américains, anglais, italiens, haïtiens… dans le désordre voici un court aperçu des écrivains qui seront sur nos stands : Maylis de Kerangal, Patrick Chamoiseau, Louis-Philippe Dalembert, Fabio Geda, Dominique Sylvain, David Vann, Ron Carlson, Pete Fromm, Michel Déon, Roma Tearne, Eugène Nicole, Hubert Haddad, Alain Mabanckou, Lionel Salaün, Tishani Doshi… Et n’oubliez pas que le salon Etonnants Voyageurs ne s’arrête pas qu’au livre, profitez entre autre de l’excellente sélection cinéma. Je vous invite à explorer de fond en comble le site internet du festival, vous y découvrirez tous les rendez-vous et le programme détaillé, les cafés littéraires, les expositions, etc.

Afin d’assurer au mieux ce rendez-vous important et d’enchaîner avec les congés, la librairie sera fermée à partir du mercredi 8 juin et ce jusqu’au jeudi 23 juin inclus.

Si vous avez des commandes arrivées au magasin ou en cours de traitement, vous pourrez les récupérer à partir du 24 juin. Dans tous les cas nous vous les gardons le temps nécessaire !

Cet été, à partir du 1er juillet, la librairie sera ouverte tous les jours y compris le dimanche et lundi.

Et comme l’année dernière, des nocturnes auront lieu jusqu’à 23h à partir de la deuxième semaine de juillet.

Merci beaucoup pour votre soutien et vos encouragements, sans vous la librairie n’existerait pas !

A très bientôt,

Frédéric.

Gin et les italiens

Gin est une femme résignée. Albinos martyrisée par son beau-père qui l’interne dans un hôpital psychiatrique, elle n’a d’autre solution pour en sortir que d’épouser un certain Mr Toad, individu repoussant et fruste, qui l’emmène dans sa ferme perdue au fin fond du bush australien. Dans ce désert hostile et sauvage, particulièrement en 1944, Gin élève tant bien que mal ses enfants et oublie peu à peu ses rêves de pianiste virtuose. Mais au milieu de ce tableau aussi palpitant qu’un accouplement de koalas neurasthéniques, vont surgir deux silhouettes fort perturbantes : Antonio et John, deux prisonniers de guerre italiens placés dans la ferme comme ouvriers agricoles.

C’est le début d’un éveil à la sensualité pour Gin, l’occasion pour elle de se sentir aimé. Quant à Mr Toad, il n’est pas en reste et cache bien son jeu…

Débordant de sons, de couleurs, de sensations, ce roman de Goldie Goldbloom (Auteure australienne dont c’est la première traduction) est un délice aussi caustique qu’impertinent, qui égratigne aussi bien la bonne société puritaine que l’univers rustre des colons.

Gin est un personnage romanesque comme on en fait plus ! Dégoûtée par son quotidien, son mari lourdaud, ses enfants ingrats, et les regards bovins des villageois aux langues bien pendues, Gin n’aspire finalement qu’aux choses simples : la liberté et l’amour.

Ne passez pas à côté de ce roman, il a le charme des grands classiques et une modernité à toute épreuve. On rit à chaque page, on rougit aussi car c’est parfois surprenant (pour un lecteur en tout cas) de se retrouver dans la tête d’une femme !

Une expérience pour ma part que je n’avais pas connue depuis Belle du Seigneur d’Albert Cohen, c’est dire…

Gin et les italiens, Goldie Goldbloom, éditions Christian Bourgois 23 €.