Il est encore temps !

Dernière ligne droite avant Noël !

C’est l’occasion de faire un rappel sur les incontournables de cette fin d’année.

En littérature, vous le savez sans doute, mes grands coups de coeur sont Famille modèle d’Eric Puchner (Albin Michel), un roman aussi jubilatoire qu’émouvant, mais aussi Stoner, la perle de l’année publiée aux éditions du Dilettante, admirablement traduit par Anna Gavalda (eh oui !). Vous pouvez compter aussi sur Le rêve du celte, de Mario Vargas Llosa (Gallimard), un formidable roman d’aventures qui traite à la fois de la colonisation du Congo par les belges, et de la question de l’indépendance irlandaise. Une biographie romancée réellement passionnante ! Et pour finir l’année en beauté, laissez-vous charmer par Les oreilles de Buster, de la suédoise Maria Ernestam (Gaïa). Une vraie boîte à trésors, remplie de surprises, un roman trompe l’oeil haletant et un rien grinçant !

En polar je ne reviendrai pas sur Miséricorde du danois Jussi Adler Olsen (Albin Michel), ni sur Toi seul de David Rosenfelt, et encore moins sur Un père idéal de Paul Cleave, vous n’aviez qu’à vous inscrire sur ce blog ! En revanche je ne vous ai pas encore parlé de l’excellent Satori, de Don Winslow, un polar teinté d’espionnage qui se passe en 1952 au coeur de la Chine maoïste (Lattès) ! Voilà qui est fait.

Pour les bandes dessinées, la très bonne surprise de cette fin d’année est sans conteste le deuxième tome de Quai d’Orsay (Dargaud) des compères Blain et Lanzac. Le premier tome était très bon, mais le deuxième… ah là là les mots me manquent ! C’est drôle, juste, délirant et sérieux à la fois, énorme et anthologique. Le monde se divise en deux : ceux qui ont lu Quai d’Orsay, et les autres. Sinon vous ne rêvez pas, le deuxième tome de Sasmira par Vicomte (Glénat) est lui aussi sorti. L’arlésienne de la bande dessinée, pensez-donc, il aura fallu attendre 14 ans ! Heureusement que le tome 2 est à la hauteur du premier ! Autres incontournables, le Portugal de Pedrosa (Dargaud), un voyage intimiste riche en émotions, et les Chroniques de Jérusalem de Guy Delisle (Delcourt), un peu facile mais toujours aussi savoureux.

Dans les beaux-livres, La Bretagne des photographes (Presses universitaires de Rennes) est une réussite. Un voyage dans l’histoire de la photographie, avec des reproductions magnifiques allant du milieu du XIXème siècle jusqu’à nos jours. Une merveille et un travail exceptionnel.

N’oubliez pas la librairie est ouverte tous les jours en décembre (hormis le 25 bien-sûr).

Je vous souhaite à toutes et à tous un joyeux Noël et de très bonnes fêtes !

Frédéric.

Les oreilles de Buster, Maria Ernestam, éditions Gaïa 24 €.

Quai d’Orsay Tome 2, Lanzac et Blain, Dargaud 16.95 €.

La Bretagne des photographes, la construction d’une image de 1841 à nos jours.

Alain Croix, Didier Guyvarc’h et Marc Rapilliard, éditions Presses Universitaires de Rennes 54 €.

Deux thrillers efficaces !

Pour celles et ceux qui veulent leur dose de suspense sans plonger dans les profondeurs de l’âme humaine, voici deux très bons thrillers qui vous changeront les idées sans trop vous donner mal à la tête. Pas de révolution littéraire en perspective, juste un plaisir coupable à tourner les pages.

Tout d’abord retrouvons l’auteur Néo-Zélandais Paul Cleave, qui nous avait séduit l’année dernière avec Un employé modèle (ou comment un tueur en série se faisait passer pour un attardé mental afin de narguer la police). Il nous revient en force avec Un père idéal. Cette fois-ci le narrateur est le fils d’un tueur de prostitués qui a défrayé la chronique lorsqu’il était enfant. Alors qu’il avait plus ou moins réussi à tirer un trait sur ce terrible héritage familial, voilà que sa propre femme se fait subitement assassiner. Au comble du désarroi il décide de rendre visite à son père toujours en prison, qui ne tardera pas à lui prodiguer quelques conseils…

Plus sérieux que son premier roman (malgré la couverture et le résumé du livre), un poil plus sombre aussi, Un père idéal confirme le talent de Paul Cleave à tenir en haleine le lecteur et à se jouer des codes du thriller.

Un père idéal, Paul Cleave, éditions Sonatine 22 €.

Ancien directeur de marketing d’un grand studio de cinéma américain, David Rosenfelt signe avec Toi seul un premier polar à la sauce Harlan Coben très réussi. Un haut cadre d’entreprise, veuf inconsolable, rencontre un soir de réveillon un inconnu qui lui glisse à l’oreille qu’il vient de tuer une femme, en précisant l’endroit où le corps est enseveli. Pour Tim Wallace c’est le début des ennuis lorsqu’il tente de connaître la vérité, d’autant que la police le soupçonne toujours d’avoir assassiné sa femme et d’avoir maquillé le meurtre en accident.

Il n’y a pas à dire, Toi seul est un thriller épatant qui fonctionne du début à la fin. On marche les yeux fermés, on court même !

Toi seul, David Rosenfelt, éditions Cherche-midi 20 €.

Chroniques de Jérusalem

Le dessinateur québécois Guy Delisle, qui puise l’inspiration dans son expérience, vient de publier les Chroniques de Jérusalem. Accompagnant sa femme qui part pour un an à Jérusalem pour le compte de Médecins Sans Frontières, il décide comme dans sa précédente BD, Chroniques Birmanes, de raconter son quotidien.

Avec le recul de celui qui observe sans s’engager, Guy Delisle oscille entre agacement, émerveillement et découverte d’un univers pour le moins dépaysant. Peu à peu, au gré des rencontres et des évènements, l’auteur ne cache pas son incrédulité face au chaos politique et religieux qui règne en Israël. Entre les partages de territoires plus absurdes les uns que les autres, les parties de la ville qu’il faut éviter tel ou tel jour en raison des fêtes religieuses, les innombrables checkpoints de l’armée et les interrogatoires sans fin à l’aéroport, l’expérience s’avère pleine de surprises mais aussi de petites galères qui pourraient vite dégénérer à cause de la paranoïa ambiante. A travers des petites scénettes propres au style « blog » qui le caractérise, Guy Delisle, tout en gardant sa neutralité et une certaine distance, nous dresse un état des lieux plutôt sans espoir de la région, où tout est fait pour humilier l’autre, reléguant la paix à un lointain concept abstrait. Et au passage, l’auteur n’oublie pas d’épingler ici ou là les petits travers des personnes qu’il croise, les locaux comme les expatriés, en commençant par lui-même !

Malgré parfois une certaine naïveté (qui cela dit fait du bien !) et un ton un brin pédagogique, ces Chroniques de Jérusalem sont drôles, enrichissantes, instructives, inquiétantes et tendres, humaines tout simplement. Les anecdotes sont savoureuses, la mise en scène quant à elle est subtile, et le dessin qui n’est pas aussi simple qu’il n’y paraît, capte bien la magie de certains lieux et le cocasse des situations.

Chroniques de Jérusalem, Guy Delisle, éditions Delcourt 25 €.