Ces montagnes à jamais

Confinement livre 3 : le roman américain qui a un coeur gros comme ça.

L’Amérique va mal semble vouloir dire Joe Wilkins, l’auteur de Ces montagnes à jamais (en vo : Fall back down when I die) paru chez Gallmeister début mars. Particulièrement l’Amérique rurale, des montagnes justement, ici celles du Montana. La peur, la bêtise mais aussi la pauvreté, le manque d’instruction dû aux carences d’un système éducatif démissionnaire, sont les ingrédients d’une recette bien connue de tous et au goût amer. C’est dans cette Amérique cul-terreuse et violente que tentent de survivre Wendell Newman, un employé de ranch dont l’héritage paternel est lourd à porter, et Gillian, une enseignante conseillère en éducation qui essaye d’empêcher le naufrage de son école. Tout autour il y a la suspicion, la paranoïa des éleveurs, la haine de l’Etat fédéral, les milices armées et les survivalistes du dimanche. Et puis il y a Rowdy, un garçon de sept ans qui ne dit pas un mot et que Wendell prend sous son aile. Et là tout d’un coup il y a comme un petit air d’espoir, mais pas pour très longtemps…

Ces montagnes à jamais est un très beau premier roman, avec des personnages taillés pour le cinéma, à la fois durs et fragiles, qui aspirent à vivre en paix dans un monde meilleur. Et même si cela ne dure que le temps d’un livre, on se dit qu’il est encore possible d’y croire.

Frédéric

Ces montagnes à jamais, Joe Wilkins, traduit de l’américain par Laura Derajinski, Gallmeister 23 €

Rencontre avec Mark SaFranko le samedi 19 octobre

Un écrivain New-Yorkais à Saint-Malo !

Il y a 7 ans, grâce aux conseils avisés d’un ami représentant, je découvrais un auteur américain contemporain extraordinaire : Mark SaFranko. Un écrivain puissant, drôle, acerbe, parfois cru mais jamais vulgaire. Un auteur des bas-fonds, du New-York déglingué de Patti Smith, un écrivain de la cendre et du sang. On pense à Fante, Bukowski, Miller… Mais aussi aux premiers romans de Philip Roth.

J’écrivais alors ici-même :

« SaFranko sait nous emmener au coeur d’histoires un brin sordides mais foncièrement désopilantes. Qui n’a jamais connu une sale histoire d’amour ? Qui n’a jamais enchaîné des boulots pourris pour payer son loyer ? Dans l’Amérique de SaFranko, pas de place pour les nantis, bienvenue dans le monde joyeux des fils d’immigrés polonais élevés par des nonnes sadiques et des parents violents, bienvenue dans l’univers merveilleux du travail précaire payé au lance-pierres, faites-vous une place chez les addictifs du sexe et les losers de la vie, rejoignez-donc la longue liste de ceux pour qui l’ascenseur social n’a jamais décollé. »

En effet, en grand maitre d’une auto-fiction à l’américaine, Mark SaFranko nous entraîne toujours dans des histoires rocambolesques de galères improbables, qu’elles soient sentimentales ou liées au monde du travail.

Aujourd’hui, nous avons la chance d’accueillir Mark SaFranko à la librairie, ce samedi 19 octobre, pour une rencontre amicale suivie d’une séance de dédicace, et bien-sûr d’un apéritif !

Avec son éditeur, Olivier Brun, ils présenteront le roman culte Putain d’Olivia, paru en septembre dans une nouvelle traduction.

Dans Putain d’Olivia, l’auteur met en scène son alter ego « Max Zajack », et nous conte une histoire d’amour aussi tragique que pathétique, avec humour et un impayable sens de l’auto-dérision. C’est aussi le récit d’une quête semée d’embûches : celle de l’écriture.

Outre Putain d’Olivia, les éditions La Dragonne ont également publié deux recueils de nouvelles de Mark SaFranko : Incident sur la 10ème avenue et Léger glissement vers le blues. Ainsi qu’un autre roman : Un faux pas. Tous les livres sont disponibles à la librairie.

Si vous souhaitez assister à la rencontre qui aura lieu à 19h le samedi 19 octobre, n’hésitez pas à vous inscrire par mail ou par téléphone, les places étant limitées.

D’autant qu’une surprise vous attend, Mark SaFranko étant musicien et auteur compositeur, il pourrait bien apporter sa guitare…

Putain d’Olivia (Hating Olivia), Mark SaFranko, traduit de l’américain par Annie Brun, éditions La Dragonne 20 €

Mécanique de la Chute

Jay Gladstone est millionnaire. Il est l’héritier d’un empire immobilier à New-York qui a fructifié pendant deux générations. Homme de pouvoir, il s’efforce toujours de paraître sous son meilleur jour, de faire honneur à son nom et à sa religion. Et surtout il aime maîtriser son image, pas d’écarts ni de scandales. C’est un habitué des oeuvres caritatives, il aime serrer des mains, particulièrement celle du Président.

Pourtant Jay Gladstone a des soucis.

Son basketteur vedette (car oui, il possède une équipe) montre des signes de faiblesse, ce qui ne l’empêche pas de lui réclamer un nouveau contrat à 20 millions de dollars. Sa femme veut un enfant, son mariage bat de l’aile, sa fille le déteste et son cousin détourne de l’argent en toute impunité. Et parce que Jay est sympathique, on ne parlera pas de sa prostate.

Alors Jay commence gentiment à fatiguer. Il décide un jour de rentrer plus tôt d’un voyage d’affaires.

Ce n’était vraiment pas une bonne idée.

L’actualité nous le montre chaque semaine, dans notre monde moderne nul est à l’abri. Homme politique, grand patron, sportif, les chutes sont rapides et douloureuses. On a beau s’accrocher, se défendre, ne rien lâcher, on finit par y passer. Vitesse de l’information, lynchage numérique, tout s’accélère et se transforme en une spirale infernale. Et quand le sexe, le racisme, la religion et la politique s’en mêlent…

Seth Greenland nous livre sur ce sujet un roman flamboyant, cocasse et très facétieux. Bien que millionnaire et né avec une cuillère d’argent dans la bouche (comme disait ma grand-mère), Jay Gladstone finit par devenir malgré tout un personnage attachant et plein de contradictions. Il fallait une bonne dose de talent pour réussir ça. Nul doute que Seth Greenland n’en manque pas.

Sans doute l’un des meilleurs romans américains de cette rentrée !

P.S : argument ultime pour que vous craquiez, vous trouverez dans Mécanique de la Chute le plus désopilant des repas de famille de toute l’histoire de la littérature !

Mécanique de la Chute, Seth Greenland (traduit de l’américain par Jean Esch), éditions Liana Levi 24€