Tortuga

Que diriez-vous de mettre le cap sur l’Île de la Tortue pour finir vos vacances en beauté ?

Avec Tortuga, l’écrivain italien Valerio Evangelisti nous emmène aux Caraïbes en 1685. Lors d’un abordage, Rogerio de Campos, un ancien jésuite portugais se retrouve enrôlé de force dans un équipage de flibustiers. Il y découvrira un univers où l’honneur se dispute au courage, mais aussi à la violence et à la cruauté. Grâce à une bonne dose de chance et quelques heureux hasards, Rogério prendra vite du grade et sera amené à rencontrer le mystérieux et charismatique Chevalier De Grammont, le chef suprême des « Frères de la Côte ».

Mais l’époque n’est pas propice à la flibuste, car Louis XIV souhaite se débarrasser de ceux qui profanent les océans en son nom. Quant à Rogério, son passé mystérieux et sa passion pour une esclave très convoitée n’ont pas fini de lui attirer des ennuis.

Valerio Evangelisti nous plonge avec bonheur dans cette période trouble de la flibuste, où l’héroïsme n’a d’égal que la violence et la stupidité. Car ceux qui prétendent servir dignement le Roi n’apparaissent ici que comme une bande de pillards et de violeurs, tous plus cruels les uns que les autres, où le sens de l’honneur s’avère au final bien relatif !

Quoiqu’il en soit Tortuga est un roman d’aventures maritimes qui capte le lecteur dès les premières lignes. Evangelisti signe une oeuvre de genre palpitante, sombre et débridée !

Tortuga, Valerio Evangelisti, éditions Rivages à 24.50 €.

Stoner

Stoner est un roman américain paru en 1965, qui à ce jour n’était jamais sorti en France. C’est Anna Gavalda, qui intriguée par son statut de livre culte en est tombée sous le charme, puis l’a déterré de l’anonymat en le traduisant et en demandant à son éditeur, Le Dilettante, de le publier.

Que dire de plus si ce n’est… Merci !

Car Stoner est un petit miracle. Le portrait d’un homme qui en quittant sa campagne et sa famille pour l’université, ne se doutait pas qu’il y passerait sa vie. Une vie tout ce qu’il y a de plus humble, pathétique, tragique, drôle… Une vie simple et compliquée, intense et monotone. Si Stoner n’échappera pas à un mariage désastreux, il connaîtra toutefois la passion amoureuse. Et si Stoner ne cherche pas particulièrement les ennuis, il aura sa dose de conflits au sein du microcosme universitaire. Mais toujours il trouvera refuge parmi les livres et la poésie, et plus tard dans l’amour pour sa fille.

Stoner est une pépite. On rit, on pleure, on vit et on y meurt. Stoner c’est notre vie à tous, et c’est déjà beaucoup.

Stoner sort fin août au Dilettante et c’est formidable.

Stoner, John Williams, Le Dilettante 25 € (A paraître Août 2011)

Gin et les italiens

Gin est une femme résignée. Albinos martyrisée par son beau-père qui l’interne dans un hôpital psychiatrique, elle n’a d’autre solution pour en sortir que d’épouser un certain Mr Toad, individu repoussant et fruste, qui l’emmène dans sa ferme perdue au fin fond du bush australien. Dans ce désert hostile et sauvage, particulièrement en 1944, Gin élève tant bien que mal ses enfants et oublie peu à peu ses rêves de pianiste virtuose. Mais au milieu de ce tableau aussi palpitant qu’un accouplement de koalas neurasthéniques, vont surgir deux silhouettes fort perturbantes : Antonio et John, deux prisonniers de guerre italiens placés dans la ferme comme ouvriers agricoles.

C’est le début d’un éveil à la sensualité pour Gin, l’occasion pour elle de se sentir aimé. Quant à Mr Toad, il n’est pas en reste et cache bien son jeu…

Débordant de sons, de couleurs, de sensations, ce roman de Goldie Goldbloom (Auteure australienne dont c’est la première traduction) est un délice aussi caustique qu’impertinent, qui égratigne aussi bien la bonne société puritaine que l’univers rustre des colons.

Gin est un personnage romanesque comme on en fait plus ! Dégoûtée par son quotidien, son mari lourdaud, ses enfants ingrats, et les regards bovins des villageois aux langues bien pendues, Gin n’aspire finalement qu’aux choses simples : la liberté et l’amour.

Ne passez pas à côté de ce roman, il a le charme des grands classiques et une modernité à toute épreuve. On rit à chaque page, on rougit aussi car c’est parfois surprenant (pour un lecteur en tout cas) de se retrouver dans la tête d’une femme !

Une expérience pour ma part que je n’avais pas connue depuis Belle du Seigneur d’Albert Cohen, c’est dire…

Gin et les italiens, Goldie Goldbloom, éditions Christian Bourgois 23 €.