Gin et les italiens

Gin est une femme résignée. Albinos martyrisée par son beau-père qui l’interne dans un hôpital psychiatrique, elle n’a d’autre solution pour en sortir que d’épouser un certain Mr Toad, individu repoussant et fruste, qui l’emmène dans sa ferme perdue au fin fond du bush australien. Dans ce désert hostile et sauvage, particulièrement en 1944, Gin élève tant bien que mal ses enfants et oublie peu à peu ses rêves de pianiste virtuose. Mais au milieu de ce tableau aussi palpitant qu’un accouplement de koalas neurasthéniques, vont surgir deux silhouettes fort perturbantes : Antonio et John, deux prisonniers de guerre italiens placés dans la ferme comme ouvriers agricoles.

C’est le début d’un éveil à la sensualité pour Gin, l’occasion pour elle de se sentir aimé. Quant à Mr Toad, il n’est pas en reste et cache bien son jeu…

Débordant de sons, de couleurs, de sensations, ce roman de Goldie Goldbloom (Auteure australienne dont c’est la première traduction) est un délice aussi caustique qu’impertinent, qui égratigne aussi bien la bonne société puritaine que l’univers rustre des colons.

Gin est un personnage romanesque comme on en fait plus ! Dégoûtée par son quotidien, son mari lourdaud, ses enfants ingrats, et les regards bovins des villageois aux langues bien pendues, Gin n’aspire finalement qu’aux choses simples : la liberté et l’amour.

Ne passez pas à côté de ce roman, il a le charme des grands classiques et une modernité à toute épreuve. On rit à chaque page, on rougit aussi car c’est parfois surprenant (pour un lecteur en tout cas) de se retrouver dans la tête d’une femme !

Une expérience pour ma part que je n’avais pas connue depuis Belle du Seigneur d’Albert Cohen, c’est dire…

Gin et les italiens, Goldie Goldbloom, éditions Christian Bourgois 23 €.

Arrêtez-moi là !

Jeffrey Sutton est un chauffeur de taxi comme il en existe des milliers aux Etats-Unis. Travailleur fatigué qui peine à joindre les deux bouts, conscient de ses maigres perspectives d’avenir, il lui reste malgré tout une certaine naïveté et une bonne dose de gentillesse. Aussi quand des inspecteurs de police viennent le chercher chez lui pour l’emmener au commissariat en l’accusant de kidnapping, Jeffrey pense à un malentendu ou à une simple erreur sur la personne. Mais il se rend vite compte que les choses ne vont pas aller en s’arrangeant, car pour la police il n’y a plus rien à ajouter : le dossier est clos.

« Mais toutes mes illusions sont pulvérisées l’une après l’autre, et je dois accepter sans cesse de nouvelles réalités. Je ne retrouverai pas Charlie au bar. Je ne serai pas chez moi pour dîner. Ces types pensent vraiment que j’ai fait ça. Pour eux, ce n’est pas le début de l’enquête c’est la fin. »

Défendu par un avocat commis d’office aussi minable qu’inexpérimenté, Jeffrey est incarcéré et risque tout simplement la peine capitale.

Iain Levison, L’auteur d’Un petit boulot et de Tribulations d’un précaire, revient ici à son meilleur niveau. Toujours plus lucide, plus impitoyable sur les travers de son pays, il ne délaisse pas pour autant son sens de l’humour qui fait tout son style. En témoigne les dialogues absurdes mais effrayants que son personnage tient avec Robert, un tueur psychopathe, avec qui il partage le couloir de la mort. Portrait affligeant d’une justice et d’une police fainéantes, qui bâclent les affaires, quitte à fabriquer ou arranger certains éléments pour en faire des preuves, Arrêtez-moi là ! est un roman grinçant où l’on passe du rire à la peur, et dont la fin est particulièrement réussie. Mais ne vous croyez pas à l’abri : tout le monde peut être victime d’une erreur judiciaire.

« Si j’ai appris quelque chose de tout ça, c’est qu’il ne faut jamais toucher aux fenêtres des gens. »

Arrêtez-moi là ! Iain Levison, éditions Liana Levi 18 €.

Et parce que vous avez été sage, je vous propose une séance de rattrapage avec Un petit boulot, où comment un ouvrier licencié pour cause de délocalisation se voit contraint de devenir tueur à gages pour remplir son frigo. Un roman noir aussi jouissif que très incorrect, devenu culte au fil des années, et qui n’a rien perdu de son mordant !

Un petit boulot, Iain Levison, éditions Liana Levi « Piccolo » 8 €.

Little Big Bang

Little Big Bang est le nouveau roman de Benny Barbash, auteur israélien, publié par les éditions Zulma. Comme avec My First Sony, son précédent livre, on retrouve ce qui fait la particularité de cet auteur : la description de la société israélienne contemporaine vue par le prisme familial.

Avec Little Big Bang, il nous livre une fable féroce mais drôle en nous contant l’histoire d’un homme qui va s’apercevoir qu’un olivier lui pousse inexorablement dans l’oreille ! Malgré une femme stoïque et une famille qui en a connu d’autres, cette mésaventure arboricole ne passera pas inaperçue et notre pauvre héros va vite devenir un enjeu national, un symbole de paix qu’Israël et les palestiniens vont tenter de s’accaparer, tout cela sous les yeux très observateurs de son propre fils.

A l’image d’une société israélienne déchirée mais qui tente de garder le cap alors que tout s’écroule autour d’elle, l’oeuvre de Benny Barbash possède ce petit grain de folie, d’humour et de lucidité, qui font tout le charme des livres politiquement incorrects.

Little Big Bang, Benny Barbash, éditions Zulma 17.50 €.