Patrice Franceschi et la Boudeuse

Rencontre et dédicace exceptionnelle ce vendredi 30 octobre à la librairie, à partir de 18h, avec Valérie Labadie et Patrice Franceschi, qui viendront nous présenter leur magnifique livre « Patrice Franceschi et la Boudeuse, 15 ans d’aventures autour du monde ».

Marin, aviateur, cinéaste, écrivain (Goncourt de la nouvelle 2015 pour son recueil Première personne du singulier et auteur notamment d’Avant la dernière ligne droite), Patrice Franceschi est surtout l’incarnation de l’esprit d’aventure (il aussi l’ancien président de la Société des explorateurs français). Et c’est en tant que capitaine de la Boudeuse pendant 15 ans qu’il nous parlera de ses expéditions scientifiques et humaines, à la rencontre d’îles perdues ou de peuples oubliés. Bornéo, Sumatra, Philippines, île de Pâques, détroit de Malacca, sultanat d’Oman, Suez, Panama, cap de Bonne-Espérance, Macassar… autant de sites incontournables, sauvages ou inaccessibles, à découvrir grâce aux photos et aux textes de Valérie Labadie.
Venez nombreux pour un beau voyage autour du monde !
 
Patrice Franceschi et la boudeuse, 15 ans d’aventure autour du monde, Valérie Labadie, éditions Le Seuil 45 €
Première personne du singulier, Patrice Franceschi, éditions Points Seuil 12 €

Il était une ville

Détroit, Etats-Unis, fin des années 2000. Autrefois capitale américaine de l’industrie automobile, ville dynamique à l’économie florissante, Détroit aujourd’hui se meurt, gangrénée par la corruption et la crise financière. Plus de travail, plus d’argent, des services publics réduits à leur strict minimum. Ses habitants fuient les uns après les autres la misère et le désespoir, les rues sont désertées, les maisons tombent en ruine ; les immeubles, débarrassés de leurs cloisons, s’élèvent, fantômatiques, tels « des cathédrales ciselées ». Des animaux sauvages viennent fouiller les poubelles, des incendies se multiplient, la violence règne en maître.

C’est dans ce lieu inquiétant, à mi-chemin entre décor de western et cité post-apocalyptique, que Thomas B. Reverdy a choisi de raconter son histoire, ou plutôt l’histoire croisée de cinq personnages : Il y a Eugène, jeune ingénieur français, catapulté à Détroit par ses employeurs pour superviser la création d’un nouveau prototype automobile, et Candice, barmaid au visage ravagé par la vie, dont le rire « brillant et rouge » lui confère un charme singulier. Il y a Charlie, jeune garçon fugueur, qui va intégrer une mystérieuse communauté d’enfants, réfugiés au cœur d’une friche industrielle. Il y a Georgia, la grand-mère de Charlie, âme douce et éplorée, représentant en quelque sorte la « mémoire » de la ville ; et enfin l’inspecteur Brown, flic à la fois idéaliste et désabusé, chargé de l’enquête concernant la disparition de Charlie. Tous ces personnages forment un chœur dont les voix s’accordent pour tour à tour pleurer l’agonie d’une ville, et célébrer la vie qui, malgré tout, s’acharne à résister, telle une flammèche au milieu des ruines.

Thomas B. Reverdy, au-delà de l’émouvant récit de ces vies bouleversées, fait de Détroit le personnage principal de son roman. Visiblement fasciné par son histoire, ses paysages, l’aura spectrale et crépusculaire qui se dégage de ses bâtiments à l’abandon, l’auteur insuffle grâce, chaleur et humanité à ces carcasses de tôle et de béton. Et à la lecture de ce beau roman, on ne peut que partager sa fascination.

Il était une ville. Thomas B. Reverdy, éditions Flammarion 19 €.

Chronique rédigée par Agnès !

J’ai vu un homme

Dans un quartier cossu de Londres, de nos jours, Michael arpente minutieusement la maison vide de ses voisins, une jeune famille avec qui il s’est lié d’une forte amitié, étrangement vite, un peu trop intimement, peut-être.

C’est que ce jeune auteur à succès vient de s’installer juste de l’autre côté du mur, après avoir perdu sa femme, journaliste reporter tuée accidentellement lors d’une mission en Afghanistan, victime d’un tir de drône… américain.

Qu’est ce qui pousse aujourd’hui Michael à scruter la moindre surface de la maison, à en gravir les étages et à se retrouver malgré lui dans l’univers banal du quotidien d’une famille qu’il connaît peu, mais dont un étranger dirait qu’il la fréquente depuis toujours?

C’est dans une ambiance digne d’un début de thriller que s’ouvre le très bon deuxième roman d’ Owen Sheers, et le moins qu’on puisse dire c’est qu’il sait y faire pour vous agripper dès les premières phrases, instaurer en quelques mots un vrai suspense, puis changer de rythme pour s’atteler au vécu et à la complexité de tous ses personnages, pour leur donner au final une épaisseur saisissante.

Le livre devient alors une belle réflexion sur la responsabilité de chacun de nos actes, que ce soit à notre petit niveau d’individu fondu dans la masse, ou bien dans un rôle pouvant s’avérer terrifiant à une échelle mondiale.

J’ai vu un homme, Owen Sheers, éditions Rivages 21.50 €