3 romans américains à découvrir !

Walter Tevis… Ce nom ne vous dit peut-être rien, mais les plus cinéphiles d’entre vous hausseront pourtant un sourcil si je cite « L’Arnaqueur » (avec Paul Newman), « La Couleur de l’argent » (avec Paul Newman et… Tom Cruise !) ou bien encore « L’Homme qui venait d’ailleurs » (avec David Bowie)… Car oui ces films sont tous des adaptations de romans de Walter Tevis.

Cet écrivain américain, mort en 1984 à l’âge de 56 ans, tourmenté et mélancolique, est aussi l’auteur du « Jeu de la Dame » qui rencontre paraît-il un franc succès actuellement sur Netflix.

L’Oiseau moqueur, autrefois édité sous le titre L’Oiseau d’Amérique, est son avant-dernier roman de science-fiction et vient de ressortir en poche aux éditions Gallmeister sous une nouvelle traduction. Dans cet étrange livre, l’auteur imagine un futur proche où les hommes vivent dans un monde dirigé par des robots. Détachés des obligations matérielles, repliés philosophiquement sur eux-mêmes, loin de toute forme d’amour, ils dépérissent peu à peu mollement et perdent goût pour la reproduction. La promiscuité et les contacts sont interdits, on ne se serre plus la main depuis longtemps, et se regarder dans les yeux est considéré comme un acte hautement impoli. Gavés d’anxiolytiques et de somnifères, les hommes ne savent plus lire. Lentement mais sûrement l’humanité disparaît, tandis que les robots se détraquent ou pire, perdent aussi le goût de vivre…

Etrange livre donc, mais fascinant et curieusement prophétique. On est happé par ces descriptions de New-York à moitié désert, où l’herbe prend le pas sur l’asphalte, où seuls quelques hommes et femmes errent sans but, et comme poussés par de vieux réflexes vont s’asseoir dans des fast-foods, en parlant dans le vide, avant de s’immoler par le feu sans crier, avec un sourire figé.

En lisant L’Oiseau moqueur, on pense à Fahrenheit 451 de Ray Bradbury ou bien-sûr à Orwell, mais surtout on ressent une sombre proximité avec ce futur pourtant imaginé en 1980.

L’Oiseau moqueur, Walter Tevis, traduit de l’américain par Michel Lederer, coll° Totem Gallmeister 10,40 €

Chez Gallmeister toujours, vient de sortir en poche Vis-à-vis de Peter Swanson. Cette fois-ci il s’agit d’un roman policier psychologique, à la fois classique mais diablement efficace !

Hen est une illustratrice talentueuse mais en proie à des troubles bipolaires. Lors d’un dîner chez des voisins, elle reconnaît un objet lié à un meurtre non résolu qui l’avait autrefois passionné. Mais problème, le propriétaire semble s’en être aperçu. Elle sait, mais lui sait qu’elle sait. Commence alors un jeu du chat et de la souris captivant auquel on prend un grand plaisir ! Un polar qui ne cherche pas à révolutionner le genre, mais qui donne de belles sueurs froides et tient en haleine jusqu’au bout, grâce notamment à son écriture et au savoir-faire de l’auteur.

Vis-à-vis, Peter Swanson, traduit de l’américain par Christophe Cuq, coll° Totem Gallmeister 10,20 €

Du côté des éditions Actes Sud, ne ratez pas La maison des Hollandais, d’Ann Patchett. Un roman éblouissant, qui une fois terminé nous donne le sentiment d’avoir partagé une vie.

Danny Conroy et sa grande soeur vivent dans une immense maison au coeur d’un riche quartier de Philadelphie. Malgré une mère qui les abandonne et un père distant, la magie de la demeure transforme leur enfance et les marque pour toujours. En grandissant, tout au long de leur vie, ils se retrouvent régulièrement et se rendent en voiture devant la maison. Mais ils n’entrent jamais. Ils ne font que parler, observer, et remuer les cendres du passé.

Ann Patchett est une romancière à découvrir sans tarder ! Dans ce roman, elle créé une fratrie inoubliable et nous conte une histoire émouvante, faite de mystères et de secrets. Comme ses personnages, nous ressentons à quel point nous sommes liés à jamais aux lieux de notre enfance. Ces lieux qui parfois nous hantent toute notre vie. Un roman profondément habité.

La Maison des Hollandais, Ann Patchett, traduit de l’américain par Hélène Frappat, Actes Sud 22,50 €

Frédéric

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