Marée noire

Marée noire est un polar magistral, d’autant plus bluffant qu’il s’agit d’un premier roman. Retenez bien le nom de l’auteur : Attica Locke, une scénariste et enseignante américaine installée à Los Angeles.

Jay Porter est un avocat noir au passé militant, ce qui lui a laissé notamment un casier judiciaire. Une épreuve et un fardeau lorsqu’on vit en plein coeur du Texas dans les années 80. Ce qui l’oblige à se tenir à carreau et le plus loin possible des embrouilles. Aussi quand il vient au secours d’une jeune femme blanche suite à un échange de coups de feu, Jay sait tout de suite qu’il a mis les pieds là où il ne fallait pas. Pourtant c’est plus fort que lui, Jay décide d’en savoir plus et se rend  sur les lieux du crime. Et c’était bien la dernière des choses à faire, surtout lorsqu’on a une femme enceinte jusqu’au coup, un beau-père pasteur embarqué dans une grève qui risque de mettre le feu à la ville, et une relation ambiguë avec la Maire en personne.

Sur fond de lutte afro-américaine pour les droits civiques, de corruption politique et de magouilles pétrolifères, Marée noire est un polar qui se hisse au niveau des plus grands auteurs du genre. On pense entre autre au Pays à l’Aube de Dennis Lehane. Servi par une écriture exemplaire, des retours en arrière judicieux, une ambiance ensorcelante, un suspense maîtrisé du début à la fin, Marée noire impressionne et procure un grand plaisir de lecture. A découvrir absolument !

Marée noire, Attica Locke, Gallimard Série Noire 21 €.

Arrêtez-moi là !

Jeffrey Sutton est un chauffeur de taxi comme il en existe des milliers aux Etats-Unis. Travailleur fatigué qui peine à joindre les deux bouts, conscient de ses maigres perspectives d’avenir, il lui reste malgré tout une certaine naïveté et une bonne dose de gentillesse. Aussi quand des inspecteurs de police viennent le chercher chez lui pour l’emmener au commissariat en l’accusant de kidnapping, Jeffrey pense à un malentendu ou à une simple erreur sur la personne. Mais il se rend vite compte que les choses ne vont pas aller en s’arrangeant, car pour la police il n’y a plus rien à ajouter : le dossier est clos.

« Mais toutes mes illusions sont pulvérisées l’une après l’autre, et je dois accepter sans cesse de nouvelles réalités. Je ne retrouverai pas Charlie au bar. Je ne serai pas chez moi pour dîner. Ces types pensent vraiment que j’ai fait ça. Pour eux, ce n’est pas le début de l’enquête c’est la fin. »

Défendu par un avocat commis d’office aussi minable qu’inexpérimenté, Jeffrey est incarcéré et risque tout simplement la peine capitale.

Iain Levison, L’auteur d’Un petit boulot et de Tribulations d’un précaire, revient ici à son meilleur niveau. Toujours plus lucide, plus impitoyable sur les travers de son pays, il ne délaisse pas pour autant son sens de l’humour qui fait tout son style. En témoigne les dialogues absurdes mais effrayants que son personnage tient avec Robert, un tueur psychopathe, avec qui il partage le couloir de la mort. Portrait affligeant d’une justice et d’une police fainéantes, qui bâclent les affaires, quitte à fabriquer ou arranger certains éléments pour en faire des preuves, Arrêtez-moi là ! est un roman grinçant où l’on passe du rire à la peur, et dont la fin est particulièrement réussie. Mais ne vous croyez pas à l’abri : tout le monde peut être victime d’une erreur judiciaire.

« Si j’ai appris quelque chose de tout ça, c’est qu’il ne faut jamais toucher aux fenêtres des gens. »

Arrêtez-moi là ! Iain Levison, éditions Liana Levi 18 €.

Et parce que vous avez été sage, je vous propose une séance de rattrapage avec Un petit boulot, où comment un ouvrier licencié pour cause de délocalisation se voit contraint de devenir tueur à gages pour remplir son frigo. Un roman noir aussi jouissif que très incorrect, devenu culte au fil des années, et qui n’a rien perdu de son mordant !

Un petit boulot, Iain Levison, éditions Liana Levi « Piccolo » 8 €.

Le plein de poches !

Trois très bons livres de poche viennent de sortir, l’occasion de se faire plaisir à moindre coût !

En littérature française, commençons avec Des Hommes de Laurent Mauvignier. Même si ce n’est pas le grand roman sur la guerre d’Algérie qu’on est en droit d’attendre (qui reste peut-être encore à écrire), ce livre nous parle de la guerre qui continue après les combats, celle qui ronge les âmes, celle qui nous cloue au silence et qui nous empêche de trouver les mots pour raconter l’indicible. Malgré un début difficile et un style qui peut agacer, Des Hommes reste un livre fort sur un sujet encore tabou ou méconnu.

Voyageons jusqu’en Islande cette fois avec un roman magnifique : Entre ciel et terre, en suivant l’itinéraire de pêcheurs à la morue, sur fond de poésie de Milton. L’écriture inspirée de Jon Kalman Stefansson transcrit à merveille les atmosphères glacée de l’Islande, l’appel sombre de la mer, le froid qui vous transperce et l’âpreté de la pêche. Roman initiatique et ode à la poésie ainsi qu’au pouvoir des mots, laissez-vous porter Entre ciel et terre !

Retour sur terre justement avec un polar américain : Les lieux sombres, de Gillian Flynn. Difficile d’être en paix avec soi-même, lorsqu’on est une jeune femme de 32 ans, et que votre famille a été massacrée lorsque vous n’étiez qu’une gamine. Surtout lorsque vous avez désigné votre frère aîné comme le coupable. En replongeant dans le passé, vous aurez l’occasion de vous rapprocher de la vérité, aussi troublante soit-elle. Plus fin qu’il n’y parait, ce thriller possède une réelle ambiance et s’avère impossible à lâcher.

Des hommes, Laurent Mauvignier, éditions de Minuit « Double » 8.50 €.

Entre ciel et terre, Jon Kalman Stefansson, Folio 6.20 €.

Les lieux sombres, Gillian Flynn, Livre de Poche 7.50 €.