L’avion, Poutine, l’Amérique… et moi

Etonnant roman, ce dernier opus de Marc Dugain ! Le plus personnel et le plus secret sans doute, mais aussi addictif que le meilleur des thrillers !

Travaillant sur les forces obscures qui régissent la planète, sur les manigances et les machinations, l’écrivain finit par être rattrapé par la réalité et les conséquences de tout ce qu’il a remué depuis des années. Le voilà donc décidé (ou contraint) à devenir le sujet de sa propre enquête. Il invente un nouveau genre, une auto-fiction teintée d’espionnage, parcourue de fulgurances géopolitiques. Un roman semi-autobiographique paranoïaque, aussi drôle qu’inquiétant, qui va de l’âge d’or de la finance à la chute de l’URSS, en passant par un drame familial, une histoire d’amour qui n’en est pas une (mais quand même un petit peu), des conspirations où il vaut mieux ne pas trop creuser (L’assassinat du président Kennedy ou la disparition du vol MH370…), le tout agrémenté de personnages hauts en couleur, d’agents secrets et de menaces de mort. Ça décoiffe.

On ne sait pas trop où est la vérité dans tout ça, sans doute parce qu’il n’y en a pas ou qu’il y en a plusieurs. Marc Dugain travaille sur une ligne de crête, en équilibre entre roman intime, investigation sérieuse et complotisme. Et visiblement cela dérange, il y a des dossiers où il vaut mieux ne pas mettre son nez. L’auteur a su s’arrêter juste à temps semble-t-il, avant de perdre la vie dans un accident louche ou de sombrer dans la folie comme Philip K. Dick.

L’Avion, Poutine, L’Amérique… et moi est en tout cas un roman passionnant, gentiment flippant, qui s’il ne va pas vous rassurer sur l’état du monde, vous permet au moins d’en appréhender les sombres dessous.

« – En attendant, je vous serais reconnaissant de me donner des nouvelles des deux disparus, si vous en avez. Il se peut très bien que vos interlocuteurs aient demandé aux Russes de les faire disparaître. Ils sont peut-être déjà profondément immergés dans le lac Léman.

Je me disais : Au moins si plus tard te venaient l’envie et le talent d’écrire, une chose est certaine : tu auras quelque chose à raconter. »

L’avion, Poutine, L’Amérique… et moi, Marc Dugain, éditions Albin Michel 22.90 €

P.S : pour les fêtes de fin d’année, la librairie est ouverte dimanche 8, 15, 22 et 29 décembre, ainsi que lundi 23 et 30.

Dédicace de Clémence Corbin et d’Olivier de la Rivière pour Les Rues de Saint-Malo ce vendredi 8 novembre

D’où vient le nom de la rue du puits aux braies ?

Voilà une question qu’on nous pose souvent à la librairie ! Fini, les réponses approximatives, nous avons enfin toutes les explications !

Grâce à l’érudition d’Olivier de la Rivière, découvrez l’origine et la particularité des noms de plus d’une centaine de rues dans une déambulation au coeur de la Cité Corsaire, magnifiquement illustrée par les aquarelles de Clémence Corbin. Et comme la vie de Saint-Malo n’est pas un long fleuve tranquille, vous découvrirez comment au fil des siècles et des péripéties, les rues ont évolué ou disparu. L’occasion unique de voir la ville sous un angle inédit, en particulier à l’aide des nombreux dessins qui accompagnent le récit.

Un voyage incomparable dans le temps et l’histoire de la ville !

Le saviez-vous ? Noël, c’est le mois prochain ! C’est peut-être le moment de prendre un peu d’avance…

Rendez-vous ce vendredi 8 novembre de 17h à 19h !

Les rues de Saint-Malo, voyage au coeur de la cité corsaire, Clémence Corbin et Olivier de la Rivière, éditions Ouest-France 19.90 €

Bien-être

Chicago, début 1990, chacun dans leur appartement, Elizabeth et Jack s’observent en secret par la fenêtre. Ils se rencontrent et tombent amoureux. Il est artiste et photographe, elle commence à travailler dans la recherche autour de l’effet placebo. Tous deux s’immergent dans cette nouvelle décennie, au coeur d’un quartier branché et arty.

Quelques années plus tard, la réalité les rattrape. Jack s’ennuie en donnant des cours d’histoire de l’art à des étudiants rivés sur leur smartphone, Elizabeth administre des placebos dans une clinique privée, choisissant de tromper ses patients pour mieux les guérir. Tyrannisée par son fils Toby, un bébé ingrat qui souffre de néo-phobie alimentaire, elle est à deux doigts de craquer. Quant à Chicago, la ville a fait le saut dans le nouveau siècle. Les quartiers populaires se sont « gentrifiés ». Les bars louches où l’on s’encanaillait à écouter les Smashing Pumpkins ont fait place à des restaurants chics et aux résidences hors de prix.

Au coeur de ce couple qui commence à tanguer sévèrement, chaque petite fissure risque de se muer en catastrophe. La conjugalité, un enfant difficile et un projet immobilier qui prend l’eau suffisent à transformer Jack et Elizabeth en ce qu’ils redoutaient le plus : des clichés.

C’est là qu’intervient Nathan Hill ! 

Car l’auteur n’a pas l’intention de laisser tomber ses personnages. Pour les aider à s’en sortir, il va remuer le passé, remonter le cours du temps et peu à peu faire tomber les masques. Qui sont vraiment Jack et Elizabeth ? D’un côté un petit garçon perdu dans un Kansas aride, à l’enfance maussade pris en étau entre un père taiseux et une mère gentiment dingue, et de l’autre côté une petite fille héritière d’une grande famille qui depuis des générations a bâti sa fortune en exploitant et pillant autant la terre que les hommes. 

Comment vivre sans se raconter d’histoires ? Dans Bien-être, Nathan Hill détricote tous les chemins que nous empruntons pour nous raconter des mensonges sur ce que nous croyons être. Mais ces mensonges sont le ferment de toutes les difficultés que nous rencontrons ensuite dans nos vies. Comment être heureux en amour si nous restons un enfant traumatisé ? Comment vivre en couple alors que nous avons grandi en trompant sans arrêt notre monde.

Nathan Hill est un prodige, et pour son deuxième roman il réussit l’impossible : nous réconcilier avec nous-mêmes en nous faisant rire aux éclats, en métamorphosant l’instant le plus tragique et le plus déchirant en une leçon d’espoir.

Pardonnez l’utilisation de ce mot tellement galvaudé, mais c’est pourtant le premier qui vient à l’esprit une fois ce livre refermé : Bien-être est un roman génial.

Prenez tous les adjectifs et superlatifs du dictionnaire que vous voulez, multipliez par 10 et vous saurez ce que vaut le deuxième roman de Nathan Hill, et l’émotion et la joie qu’il vous procurera.

Si Philip Roth et John Irving avaient eu un fils, ils l’auraient appelé Nathan Hill.

P.S : Son premier roman, Les Fantômes du Vieux Pays était déjà fabuleux, et il existe en folio !

Frédéric

Bien-être, Nathan Hill, bien-êtrement traduit de l’américain par Nathalie Bru, Gallimard 26 €