Réouverture de la librairie mardi 12 mai

Chères clientes, chers clients,

Merci encore pour vos messages de soutien, vos encouragements, vos nombreuses commandes et votre compréhension vis à vis de notre position concernant l’activité de la librairie pendant le confinement. Celui-ci prendra fin le 11 mai.

Nous réouvrirons donc la librairie dès le mardi 12 mai, les horaires habituels sont conservés :

10h-13h et 14h-19h.

Toutefois, en raison de la situation particulière que nous vivons il est possible que ces horaires évoluent. Dans tous les cas, ils seront mis à jour sur internet (Google, site de la librairie, Facebook notamment) au moindre changement. N’hésitez pas à vérifier si vous venez d’un peu loin exprès pour nous ou à nous contacter par téléphone ou mail au moindre doute.

Et pour vous aider dans cette transition vers un monde sans virus, si vous ne pouvez pas vous déplacer nous ferons des livraisons à domicile (tout Saint-Malo et les environs proches) à condition de regrouper un minimum vos commandes. Ce service sera gratuit.

Malgré les circonstances, nous restons farouchement convaincus que la librairie est avant tout un lieu, un lieu à soi comme dirait Virginia Woolf, un lieu pour l’accueil, le conseil, l’échange et la mise en avant des titres, des collections et des éditeurs qui font sens pour nous.

C’est pourquoi notre librairie n’a pas vocation à devenir un espace d’interdiction. Vous connaissez les gestes barrières et les règles de distanciation nécessaires pour lutter contre l’épidémie. Ces consignes simples seront affichées à l’entrée. Nous les respecterons ensemble dans la librairie, sans crainte ni désinvolture, avec sérénité et patience.

Toute la logistique du livre se remet progressivement en marche, nous pouvons à nouveau dès maintenant commander chez tous les éditeurs. Les distributeurs et transporteurs devant adapter leur travail aux nouvelles contraintes sanitaires, les délais seront sans doute un peu plus longs dans un premier temps, mais cela devrait se régler au fur et à mesure des semaines.

Rendez-vous le 12 mai pour la suite des aventures de L’Odyssée !

Temps noirs

Avec Darktown, Thomas Mullen inaugurait une série policière prometteuse, enrichie d’un contexte historique passionnant et inquiétant.

Atlanta, fin des années 40, alors que la ville est en pleine Ségrégation, la municipalité décide de faire bonne figure et recrute pour la première fois des noirs au sein de la police. Ce détachement spécial, chargé de patrouiller uniquement dans les quartiers noirs et dont le commissariat est une cave insalubre, n’est qu’une vitrine politique chargée d’apaiser les tensions raciales. Lorsqu’il rejoint cette unité, Lucius Boggs le sait pertinemment et n’a guère d’illusion malgré son idéalisme. Il sait aussi que même en tant que flic, croiser le regard d’un blanc peut lui coûter une balle dans la tête ou une corde autour de la nuque. Et surtout, il sait que parmi les blancs, ses collègues policiers sont les plus dangereux.

Darktown était une réussite en tout point. Heureusement pour nous, sa suite est tout aussi remarquable. Avec Temps noirs, l’auteur confirme son talent et renforce ses personnages et son intrigue. Nous sommes en 1950 et l’émergence d’une timide classe moyenne noire bouscule la conservatrice Atlanta. Les quartiers bougent et les blancs se sentent menacés. Tandis que le trafic de drogue se répand et que le Klu Klux Klan s’agite, les citoyens prennent les armes et des initiatives regrettables… Lucius Boggs a bien du mal à empêcher que tout explose et à gérer sa vie personnelle vacillante. Tiraillé entre un père pasteur adepte du compromis et une fiancée au passé sulfureux, les frontières s’estompent et le terrain devient glissant.

Découvrez sans tarder les polars de Thomas Mullen ! Vous succomberez vite à ces enquêtes brillantes et à cette ambiance anxiogène, où la peur est gravée dans les gênes des protagonistes. Quand traverser une rue pouvait vous ôter la vie, juste en raison de la couleur de votre peau.

Cerise sur le gâteau, le premier volume est désormais en poche.

Frédéric

Darktown, Thomas Mullen, traduit de l’américain par Anne-Marie Carrière, Rivages Noir 9.80 €

Temps noirs, Thomas Mullen, traduit de l’américain par Anne-Marie Carrière, Rivages Noir 23 €

L’Homme sans postérité

Confinement livre 7 : le classique allemand qui vous élève l’âme.

Voici l’une des merveilles cachées du domaine allemand Libretto, traduite pour la première fois en français en 1978 aux éditions Phébus.

Un adolescent quitte sa famille adoptive pour rejoindre un oncle ermite qui vit sur une île entourée de montagnes. Le séjour se déroule d’abord dans une froide hostilité, puis finalement les deux hommes se trouvent…

L’Homme sans postérité est un récit qui se lit comme on observe un tableau. Petit à petit l’oeil découvre des détails, on avance et puis on recule, des formes apparaissent, des ombres se dessinent, et peu à peu la lumière finit par l’emporter.

C’est une comparaison facile car Adalbert Stifter (1805-1868) fut aussi peintre. Mais c’est finalement en tant qu’écrivain qu’il marquera les esprits : Nietzsche, Hermann Hesse, Peter Handke… se revendiqueront de lui. Il y a d’ailleurs beaucoup de ces trois hommes chez Stifter, particulièrement dans ce court roman. Une métaphysique, une spiritualité et une quête de sens, mais aussi une écriture blanche, en recul. Les phrases, les mots, s’effacent pour laisser toute la place au texte. En pleine période romantique, c’est d’une surprenante modernité. Pourtant les images sont là : la jeunesse tourmentée, la solitude, les montagnes, un lac immense, une île presque inaccessible, une vieille abbaye, des falaises à pic… Il n’y manque plus qu’Hölderlin ! Mais justement, alors qu’ils sont si peu décrits, les paysages apparaissent avec une incroyable netteté. Le récit quant à lui garde une part de mystère, d’inconnu.

Frédéric

L’Homme sans postérité, Adalbert Stifter, élégamment traduit de l’allemand par Georges-Arthur Goldschmidt, Libretto 8.10 €