La Maison Vide

Dans la maison du père de Laurent Mauvignier, longtemps restée inhabitée, il y a une commode au marbre ébréché, une médaille, un piano et des photographies où manque un visage. Derrière ces objets il y a des histoires et beaucoup de secrets.

Pour mettre fin à un malaise familial tenace et pesant, l’auteur entreprend une vaste reconstitution. Il convoque non pas le souvenir de ses aïeux, mais leur donne vie. Et créé ainsi l’occasion unique de comprendre ces destins pris dans les tourments de l’histoire, à la fois banals et exceptionnels, héroïques et tragiques, lumineux et pathétiques. Du soldat Jules dont la gloire posthume rayonne encore dans la famille, en passant par l’arrière grand-mère Marie-Ernestine jusqu’à sa fille Marguerite dont l’ombre plane toujours insidieusement… Une galerie de personnages profondément touchants, aux vies furieusement romanesques mais souvent brisées, faites d’espoirs déchus, de rêves impossibles, de réussites et d’empêchements. Et des femmes qui encaissent toute la bêtise et la violence des hommes, tandis que deux guerres mondiales renversent leur existence.

Avec son style inégalable, ses phrases d’une précision absolue, Laurent Mauvignier signe avec La Maison Vide un chef-d’oeuvre saisissant, d’une grande intensité, qui balaye presque d’un revers de la main toute cette rentrée littéraire. Avec ce roman, la littérature française contemporaine est à son sommet, assurément.

Laurent Mauvignier, c’est Flaubert et Zola aux éditions de Minuit !

La Maison Vide, Laurent Mauvignier, éditions de minuit 25 €

Deux romans américains pour savourer le printemps !

Voici deux romans américains particulièrement savoureux, qui vous emmèneront dans un voyage loin de toute actualité, un voyage intérieur à la fois léger et poignant, en quête de réponses. Deux romans très différents et qui pourtant ont un petit quelque chose en commun.

Bob Comet est un bibliothécaire à la retraite, introverti et célibataire à la vie bien ordonnée. Suite à une rencontre fortuite, les souvenirs d’un passé refoulé vont remonter à la surface et le plonger dans ses souvenirs. Contre toute attente, la vie de Bob est un roman. Un amour formidable mais perdu, une amitié solaire comme on en rencontre qu’une fois dans sa vie… Et plus loin encore, une fugue faite à l’âge de 11 ans, un voyage mémorable et initiatique en compagnie de deux comédiennes très malicieuses.

Avec ses personnages de perdants magnifiques, ses rebondissements, son humour joyeux et son lot de surprises, L’homme qui aimait les livres est un immense, un pur bonheur de lecture ! Patrick deWitt nous livre une histoire singulière et attachante qui nous confirme que nos vies sont bel et bien des romans !

L’homme qui aimait les livres, Patrick deWitt, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Emmanuelle et Philippe Aronson, Actes Sud 22,80 €

Née en 1941 et avec plus de 20 romans à son actif, Anne Tyler est une romancière multi-primée qui n’a plus rien à prouver. Et pourtant, il suffit de lire quelques pages de Trois jours en juin, son nouveau et court roman pour se rendre compte qu’il lui reste encore des choses à raconter ! Et quelle fraîcheur, quel humour et quelle lucidité !

A l’occasion du mariage de sa fille, Gail retrouve son ex-mari le temps d’un week-end. De quoi remuer le passé et raviver de lointains souvenirs, avec son cortège de secrets et de non-dits. Alternant scènes cocasses et passages introspectifs, Anne Tyler nous livre une comédie sentimentale et familiale douce-amère, rythmée et intelligente. Avec toute la délicatesse qui la caractérise, et grâce à un art prononcé du dialogue, elle nous montre les pièges à éviter dans toute vie de couple. Et telle une précieuse amie, elle nous soumet une belle évidence : pour laisser la place aux secondes chances, il est parfois nécessaire d’affronter la vérité.

Trois jours en juin, Anne Tyler, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Cyrielle Ayakatsikas, Phébus 20,90 €

Un jeu sans fin

Todd et Rafi sont deux lycéens américains que tout oppose. L’un est le fils d’une famille blanche fortunée, l’autre est noir et de condition modeste. Ils ont pourtant en commun des parents dysfonctionnels et un héritage pesant. Mais ils partagent surtout une passion pour le jeu, d’abord les échecs, puis le jeu de Go qui va bouleverser leur vie. Leur amitié souffrira de leurs ambitions, l’un va révolutionner le monde informatique puis l’intelligence artificielle, l’autre fera tout pour devenir écrivain.

Fille d’un ingénieur qui va développer le premier scaphandre autonome, Evie a douze ans lorsqu’elle découvre la plongée sous-marine. Son regard sur le monde va dès lors changer, elle consacrera sa vie à l’exploration et à l’étude des fonds maritimes, devenant une icône populaire au sein d’un milieu jusque-là exclusivement masculin.

Des années plus tard, sur une petite île du Pacifique abîmée par l’exploitation minière, une infime communauté d’autochtones voit d’un mauvais oeil l’arrivée d’une multinationale américaine. C’est l’heure de vérité.

Destins exceptionnels, enfances malmenées et amitiés tourmentées s’entrecroisent avec maestria dans ce nouveau roman de Richard Powers. En construisant son intrigue autour de personnages fragiles et marquants, en l’articulant autour du jeu et des défis environnementaux, et en l’appuyant sur la révolution informatique puis numérique, l’auteur signe une oeuvre dont la lecture s’avère aussi compulsive que déchirante.

Un jeu sans fin est un hymne à l’océan et à ses richesses, un hommage à la résilience et une invitation à réfléchir aux enjeux contemporains et futurs. Richard Powers est l’un des grands magiciens des lettres américaines, capable de réenchanter le monde en nous amenant à le comprendre, sans jugement ni leçons de morale. Avec bonté, en tournant le dos à la bêtise, au mensonge et à la laideur, en faisant le seul choix qui compte, celui de l’amour, de l’intelligence et de la beauté.

Frédéric

Un jeu sans fin, Richard Powers, traduit avec un grand talent par Serge Chauvin, Actes Sud 23.80 €.