Goodbye, Mr. Chips !

Mr Chipping, qu’on surnomme affectueusement Mr. Chips, est professeur émérite à Brookfield, une école anglaise traditionnelle pour jeunes gens de bonne famille. Il y enseigne le grec et le latin avec un certain humour, un brin de détachement, mais surtout beaucoup de passion. Sa vie finira par se confondre avec celle de son établissement, car même à la retraite, il suffira de traverser la rue pour lui rendre visite dans une modeste pension de famille, et discuter avec lui ou bénéficier de ses conseils avertis.

Bien que solitaire et discret, son existence est riche d’une belle et tragique histoire d’amour, de deux guerres mondiales qui bouleverseront son pays et surtout de dizaines d’élèves qui jamais ne l’oublieront.

Conservateur un brin rigide, il saura toutefois accueillir le progrès et les changements avec pragmatisme et un flegme tout britannique. Dévoué autant que critique, admiré et parfois gentiment moqué, Mr. Chips est un personnage à la fois charmant et complexe dont la renommée ne cessera de grandir au fil des années. Aussi irrésistible et insaisissable que l’Angleterre, dont il est la parfaite incarnation, Mr. Chips deviendra au sein de Brookfield une légende vivante, presque un mythe.

Alors si vous croisez un jeune élève et que vous lui parlez de Mr. Chips, vous serez surpris de voir apparaître un immense sourire, ou d’entendre un grand éclat de rire.

Réédité avec une très belle traduction aux éditions Sillage, que nous apprécions particulièrement à la librairie, ce court roman de James Hilton se lit avec délice comme un conte de Noël. On referme le livre touché au coeur, ému bien-sûr, mais avec en plus une confiance nouvelle dans l’humanité, le monde et la vie. Alors merci et Goodbye, Mr. Chips !

Anna, Karène et moi vous souhaitons de joyeuses fêtes à toutes et à tous !

Frédéric

Goodbye, Mr. Chips ! James Hilton, traduit de l’anglais par Maurice Rémon, éditions Sillage 9 €.

Deux romans américains pour savourer le printemps !

Voici deux romans américains particulièrement savoureux, qui vous emmèneront dans un voyage loin de toute actualité, un voyage intérieur à la fois léger et poignant, en quête de réponses. Deux romans très différents et qui pourtant ont un petit quelque chose en commun.

Bob Comet est un bibliothécaire à la retraite, introverti et célibataire à la vie bien ordonnée. Suite à une rencontre fortuite, les souvenirs d’un passé refoulé vont remonter à la surface et le plonger dans ses souvenirs. Contre toute attente, la vie de Bob est un roman. Un amour formidable mais perdu, une amitié solaire comme on en rencontre qu’une fois dans sa vie… Et plus loin encore, une fugue faite à l’âge de 11 ans, un voyage mémorable et initiatique en compagnie de deux comédiennes très malicieuses.

Avec ses personnages de perdants magnifiques, ses rebondissements, son humour joyeux et son lot de surprises, L’homme qui aimait les livres est un immense, un pur bonheur de lecture ! Patrick deWitt nous livre une histoire singulière et attachante qui nous confirme que nos vies sont bel et bien des romans !

L’homme qui aimait les livres, Patrick deWitt, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Emmanuelle et Philippe Aronson, Actes Sud 22,80 €

Née en 1941 et avec plus de 20 romans à son actif, Anne Tyler est une romancière multi-primée qui n’a plus rien à prouver. Et pourtant, il suffit de lire quelques pages de Trois jours en juin, son nouveau et court roman pour se rendre compte qu’il lui reste encore des choses à raconter ! Et quelle fraîcheur, quel humour et quelle lucidité !

A l’occasion du mariage de sa fille, Gail retrouve son ex-mari le temps d’un week-end. De quoi remuer le passé et raviver de lointains souvenirs, avec son cortège de secrets et de non-dits. Alternant scènes cocasses et passages introspectifs, Anne Tyler nous livre une comédie sentimentale et familiale douce-amère, rythmée et intelligente. Avec toute la délicatesse qui la caractérise, et grâce à un art prononcé du dialogue, elle nous montre les pièges à éviter dans toute vie de couple. Et telle une précieuse amie, elle nous soumet une belle évidence : pour laisser la place aux secondes chances, il est parfois nécessaire d’affronter la vérité.

Trois jours en juin, Anne Tyler, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Cyrielle Ayakatsikas, Phébus 20,90 €

Un jeu sans fin

Todd et Rafi sont deux lycéens américains que tout oppose. L’un est le fils d’une famille blanche fortunée, l’autre est noir et de condition modeste. Ils ont pourtant en commun des parents dysfonctionnels et un héritage pesant. Mais ils partagent surtout une passion pour le jeu, d’abord les échecs, puis le jeu de Go qui va bouleverser leur vie. Leur amitié souffrira de leurs ambitions, l’un va révolutionner le monde informatique puis l’intelligence artificielle, l’autre fera tout pour devenir écrivain.

Fille d’un ingénieur qui va développer le premier scaphandre autonome, Evie a douze ans lorsqu’elle découvre la plongée sous-marine. Son regard sur le monde va dès lors changer, elle consacrera sa vie à l’exploration et à l’étude des fonds maritimes, devenant une icône populaire au sein d’un milieu jusque-là exclusivement masculin.

Des années plus tard, sur une petite île du Pacifique abîmée par l’exploitation minière, une infime communauté d’autochtones voit d’un mauvais oeil l’arrivée d’une multinationale américaine. C’est l’heure de vérité.

Destins exceptionnels, enfances malmenées et amitiés tourmentées s’entrecroisent avec maestria dans ce nouveau roman de Richard Powers. En construisant son intrigue autour de personnages fragiles et marquants, en l’articulant autour du jeu et des défis environnementaux, et en l’appuyant sur la révolution informatique puis numérique, l’auteur signe une oeuvre dont la lecture s’avère aussi compulsive que déchirante.

Un jeu sans fin est un hymne à l’océan et à ses richesses, un hommage à la résilience et une invitation à réfléchir aux enjeux contemporains et futurs. Richard Powers est l’un des grands magiciens des lettres américaines, capable de réenchanter le monde en nous amenant à le comprendre, sans jugement ni leçons de morale. Avec bonté, en tournant le dos à la bêtise, au mensonge et à la laideur, en faisant le seul choix qui compte, celui de l’amour, de l’intelligence et de la beauté.

Frédéric

Un jeu sans fin, Richard Powers, traduit avec un grand talent par Serge Chauvin, Actes Sud 23.80 €.