Stoner

Stoner est un roman américain paru en 1965, qui à ce jour n’était jamais sorti en France. C’est Anna Gavalda, qui intriguée par son statut de livre culte en est tombée sous le charme, puis l’a déterré de l’anonymat en le traduisant et en demandant à son éditeur, Le Dilettante, de le publier.

Que dire de plus si ce n’est… Merci !

Car Stoner est un petit miracle. Le portrait d’un homme qui en quittant sa campagne et sa famille pour l’université, ne se doutait pas qu’il y passerait sa vie. Une vie tout ce qu’il y a de plus humble, pathétique, tragique, drôle… Une vie simple et compliquée, intense et monotone. Si Stoner n’échappera pas à un mariage désastreux, il connaîtra toutefois la passion amoureuse. Et si Stoner ne cherche pas particulièrement les ennuis, il aura sa dose de conflits au sein du microcosme universitaire. Mais toujours il trouvera refuge parmi les livres et la poésie, et plus tard dans l’amour pour sa fille.

Stoner est une pépite. On rit, on pleure, on vit et on y meurt. Stoner c’est notre vie à tous, et c’est déjà beaucoup.

Stoner sort fin août au Dilettante et c’est formidable.

Stoner, John Williams, Le Dilettante 25 € (A paraître Août 2011)

Thomas L’Agnelet, Gentilhomme de fortune

Les éditions Phébus réédite dans leur collection de poche Libretto une merveille de la littérature maritime et d’aventure : Thomas L’Agnelet, paru à l’origine en 1921 et dont l’auteur, Claude Farrère (prix Goncourt en 1905 et académicien en 1935) est depuis injustement tombé dans l’oubli.

Thomas Trublet est un malouin qui ne cherche qu’une chose : l’aventure ! Grâce à de récents exploits, un armateur lui confie La Belle Hermine, un navire flambant neuf, et lui propose d’aller rejoindre l’île de la Tortue, au coeur des Caraïbes, afin d’y jouer les corsaires pour le compte du Roi de France. Ce qui arrange bien notre héro, car un duel inopiné le met en fâcheuse posture et l’oblige à quitter Saint-Malo pour longtemps.

Son talent pour la navigation et le combat, son sens de la ruse et son autorité naturelle permettent à Thomas d’enchaîner prise sur prise. Surnommé « L’Agnelet », il devient vite une légende vivante dans la mer des Caraïbes. Son succès et son audace ne semblent pas avoir de limite. A tel point que lorsqu’une belle espagnole, aussi farouche que coriace, le défie d’attaquer sa ville natale, son sang ne fait qu’un tour et Thomas relève aussitôt la provocation.

Ce roman de Claude Farrère provoque un intense plaisir de lecture ! Une jubilation même ! Rythmé, écrit dans une langue soutenue mais riche en expressions malouines pittoresques, il se dévore autant qu’il divertit. Corsaires, pirates, flibustiers, espagnols, hollandais, français, femmes fatales et vieux loups de mer, tous cohabitent joyeusement au sein du roman dans un festival de combats, d’abordages, d’amitiés et bien-sûr d’amours !

Thomas l’Agnelet est une cure de jouvence, un roman plein de fougue et de vie, et un tableau sensationnel de l’âge d’or des corsaires et des flibustiers du XVIIème siècle.

Thomas l’Agnelet, Gentilhomme de fortune, Claude Farrère, éditions Phébus Libretto 10.50 €.

Le mythe Kem Nunn

Né en 1948 en Californie, Kem Nunn est un écrivain américain aussi époustouflant que rare. Seulement 4 romans, dont une trilogie brillante et emblématique axée sur le thème du surf : Surf City (Folio Policier), Le Sabot du Diable (Folio Policier) et Tijuana Straits (Sonatine).

Surf City c’est l’histoire d’un adolescent mal dans sa peau, parti à la recherche de sa soeur disparue. Sa quête le fera échouer dans une petite ville de la côte ouest tenue par un gang de surfeurs. Notre héro infiltrera tant bien que mal ce gang et fera l’apprentissage du surf et de la nature, mais aussi de l’amitié, de la trahison, de la peur et de la mort.

J’ai découvert Kem Nunn il y a 8 ans avec ce livre, et cela reste à ce jour l’un des mes romans noirs préférés !

Le Sabot du Diable, le 2ème volet de cette trilogie, vient enfin de sortir en Folio. C’est aussi un chef-d’oeuvre auprès duquel il ne faut pas passer à côté. C’est à nouveau l’occasion de découvrir l’un des plus grands écrivains de romans noirs américains, chaque volume de la trilogie étant totalement indépendant et pouvant se lire séparément (il n’y a pas de personnages récurrents).

Fletcher, photographe de surf sur le déclin, voit se présenter à lui une occasion en or de se refaire : un prestigieux magazine lui demande d’accompagner deux champions de surf afin de renconter Drew Harmon, une ancienne gloire du milieu, vivant reclus quelque part en Californie. Harmon, légende vivante du surf, a promis de sortir de l’ombre une dernière fois et d’accompagner les trois hommes jusqu’à Heart Attacks, un spot mythique dont lui seul connaît l’emplacement exact, un endroit unique au monde et extrêmement difficile d’accès, coincé au bout de deux réserves indiennes réputées hostiles. Une houle gigantesque se prépare, et Drew Harmon veut immortaliser la scène en faisant appel à Fletcher qu’il a jadis connu.

Un long et difficile périple commence alors pour ces 3 surfeurs, un voyage initiatique violent et introspectif, qui prend peu à peu les allures d’une descente aux enfers. Car les indiens n’aiment pas particulièrement qu’on se promène sur leurs terres… surtout lorsqu’on s’en prend à l’un des leurs.

Tout comme dans Surf City, le roman est traversé de passages exaltants sur le surf, des descriptions sans pareil de l’océan, de vagues et de nature sauvage, des tableaux grisants empreints de philosophie et de folie. Avec cette fois-ci en toile de fond la misère de certaines réserves indiennes, où règne un chaos indescriptible, un patchwork violent de drogues, d’alcool et de mysticisme.

Kem Nunn est un nom à retenir, un auteur à lire et une oeuvre à part. Magnifique et vénéneuse, sa trilogie « Surf » est un monument de la littérature américaine contemporaine. Des pages sublimes et lyriques, des héros et des personnages aussi forts que des mythes, un style qui emporte et une intrigue qui vous colle jusqu’au bout, tout ceci n’est qu’un petit aperçu d’une oeuvre déjà culte, tellement marquante qu’on hésite entre la faire partager ou la garder pour soi !

Le Sabot du Diable, Kem Nunn, Folio Policier 7.80 €