Miséricorde

Miséricorde est un thriller… danois !

Encore un polar scandinave me direz-vous ?

Désolé, ce n’est pas très original, j’en suis conscient… Mais celui-là était encore une fois très attirant.

L’histoire en quelques mots : Carl Morck est un superflic sur le déclin. Détesté par ses collègues pour son caractère et son franc-parler, il devient plus encombrant qu’autre chose. Sa hiérarchie décide de l’installer à la tête d’un département « placard », où il sera chargé aux frais des contribuables de résoudre des enquêtes inachevées, les fameux « cold case ». Avec son coéquipier improvisé, un syrien au passé plus que flou engagé à l’origine pour faire le ménage, Carl Morck va mettre les pieds dans un dossier troublant : la disparition il y a 5 ans d’une célébrité de la politique, Merete Lynggaard, volatilisée lors d’un voyage en ferry. Pas de mobile, pas de témoin, pas d’arme du crime et encore moins de corps… Mais qu’est-il donc arrivé à Merete Lynggard ? Et surtout, se peut-il qu’elle soit encore en vie ?

Avec Miséricorde, Jussi Adler Olsen (entraînez-vous à prononcer son nom, on risque d’en reparler) réussit l’alchimie du thriller sans fautes : une bonne intrigue, un duo d’enquêteurs attachants, un peu d’humour nordique et juste ce qu’il faut de décalage. On peut bouder son plaisir en regrettant parfois un manque de crédibilité et peut-être quelques facilités, mais tout de même Miséricorde est un thriller de très bonne facture, qui remplit son contrat haut la main : tenir en haleine et divertir !

Il n’y a plus qu’à espérer de prochains épisodes, car les personnages ont du potentiel.

Miséricorde, Jussi Adler Olsen, éditions Albin Michel 22.50 €.

1Q84

Vous êtes nombreux à me demander ce qu’il en est du nouveau Murakami !

Encensé par les critiques, des millions d’exemplaires vendus au Japon, les deux premiers volumes présents dans le peloton des meilleures ventes de la rentrée en France… Encore un phénomène éditorial qui donne le tournis, agace, ou pique la curiosité !

J’ai donc attendu un peu que la rentrée littéraire se calme pour le lire tranquillement et me faire mon avis.

Le moins qu’on puisse dire c’est que la quatrième de couverture est assez dissuasive : « Une oeuvre hypnotique et troublante. Un roman d’aventures. Une histoire d’amour. Deux êtres unis par un pacte secret. »

Cela fait peur, non ? Pour un peu on se croirait dans un mauvais Marc Levy…

Et pourtant 1Q84 est bien plus que ça. Comme quoi il ne faut pas se fier aux apparences.

Le premier tome nous conte l’histoire d’un trentenaire chargé par un éditeur de réécrire le premier roman d’une lycéenne en vue de le publier. A côté nous suivons la vie d’une autre trentenaire, une femme au passé mystérieux dont le travail est pour le moins étrange…

A première vue l’intrigue n’a rien de palpitant. Il faut d’ailleurs bien 50 à 60 pages avant d’entrer dans le roman. Le style de Murakami n’est pas particulièrement époustouflant, mais on se laisse malgré tout prendre au jeu. Surtout lorsqu’un lien entre les deux personnages commence à se dessiner, là il faut l’avouer, le roman devient réellement prenant !

Au final 1Q84 est plus proche d’un roman d’Abé Kôbô que d’un Marc Levy (toutes proportions gardées). Les thèmes abordés sont sombres : violence envers les femmes, fanatisme religieux et mystique, aliénation de la société japonaise, phénomènes des brimades à l’école et des boucs émissaires, pressions familiales… Et le basculement dans le fantastique avec cette altération de la réalité fonctionne bien, il faut dire que Murakami maîtrise depuis longtemps ce type d’univers.

Malgré une écriture un peu neutre ou trop froide, le premier tome de 1Q84 finit par se dévorer sans complexes. L’appétit vient en mangeant comme disait ma grand-mère. Reste à voir si l’histoire se tient sur les 3 tomes. Mais pour l’instant tous les voyants sont au vert !

1Q84 livre 1 et livre 2, Haruki Murakami, éditions Belfond à 23 € chaque.

A noter que le troisième et dernier tome est à paraître en France en 2012.

La saga du Pouvoir des innocents.

Il y a neuf ans s’achevait Le pouvoir des innocents, une série de bande dessinée en 5 volumes, remarquée et remarquable !

Les deux auteurs, Luc Brunschwig et Laurent Hirn, remettent le couvert en sortant cette fois-ci en parallèle  pas moins de deux séries distinctes : Les enfants de Jessica et Car l’enfer est ici, à laquelle participe un troisième compère : David Nouhaud.

La première série se passe en 2007, soit 10 ans après le pouvoir des innocents. Les Etats-Unis sont à la veille d’un plan de mesures sociales d’une ampleur sans équivalent dans l’histoire du pays. Mais beaucoup d’intérêts politiques ne l’entendent pas de cette oreille. Dans cette Amérique en proie à la pire crise économique de son histoire, la violence et la corruption ne demandent qu’à s’exprimer librement…

Car l’enfer est ici se passe cette fois-ci seulement 6 mois après la fin de la série originale. Joshua Logan est un terroriste présumé, soupçonné d’être le responsable d’un attentat abominable. Traqué, celui-ci veut se rendre à la police pour prouver son innocence et dévoiler au monde le complot dont il s’estime victime. Mais au lendemain de l’élection controversée d’un nouveau maire à New-York, la vérité peut s’avérer vite embarrassante.

N’y allons pas quatre chemins, ces deux nouvelles séries sont excellentes ! Un scénario mature de politique-fiction très crédible. Des dessins à la hauteur des ambitions. Une narration sans failles… Rien à redire on est là dans le haut de gamme !

Mieux encore, pas besoin d’avoir lu Le pouvoir des innocents pour apprécier à leur juste valeur ces deux séries, c’est dire !

Et plus encore, la crise économique et politique américaine récente donne un côté visionnaire à cette oeuvre.

Oubliez XIII et Largo Winch, avec la saga du Pouvoir des innocents on est au-dessus du lot.

Les enfants de Jessica, Brunschwig et Hirn, éditions Futuropolis à 11 €.

Car l’enfer est ici, Brunschwig, Hirn et Nouhaud, éditions Futuropolis à 13 €.

Les 5 tomes de la série originale Le pouvoir des innocents sont disponibles chez Delcourt à 13.50 € chaque.