Retirer vos commandes à la librairie

Bonjour à toutes et à tous,

Avant tout merci pour vos mails et messages de soutien, merci pour votre patience, votre courage et votre humour.

Comme dirait Nicolas Bouvier, l’auteur de L’Usage du Monde:

« Moi, par dessus tout, c’est la gaieté qui m’en impose. »

La levée du confinement est provisoirement fixée au 11 mai. En attendant, le Ministère de l’Economie en partenariat avec celui de la Culture, a autorisé les librairies qui le souhaitent à procéder à des retraits de commandes.

Pour des raisons sanitaires évidentes, j’ai beaucoup de réticences face à cette pratique qui encourage les déplacements en pleine épidémie. Je connais des malouins qui ont eu le virus, qui l’ont. Le Covid-19 est là. La Bretagne n’est pas à l’abri, encore moins Saint-Malo. Le virus agit comme une roulette russe et peut vous tuer, ou l’un de vos proches. Il provoque des dégâts neurologiques, il n’est pas anodin, ce n’est pas une grippe.

Comme beaucoup de mes confrères, j’ai préféré ne pas me précipiter, respecter scrupuleusement le confinement en prenant mon mal en patience et privilégier votre sécurité. Tous les libraires n’ont pas réagi de la même façon. Quoiqu’il en soit, dans cette crise, les libraires ne sont pas des héros. Vous savez qui sont les vrais héros.

Mais les libraires vous écoutent, veulent vous aider et veulent que vous continuez à les soutenir. Je reçois régulièrement des demandes et je comprends tout à fait qu’on puisse souffrir d’un manque de livres. D’autant que le confinement est plus long que prévu.

Après avoir pesé le pour et le contre, longtemps hésité, consulté mes collègues de la librairie du Cabestan et de la Droguerie de Marine dont je me sens solidaire, j’ai finalement opté pour les retraits de commandes à partir du mercredi 22 avril.

Si vous souhaitez profiter de ce service, c’est simple mais il faut suivre ces indications :

  • Toute la logistique du livre n’ayant pas encore redémarré complètement, je ne peux vous servir que les livres qui sont en stock à la librairie.

  • Vous me contactez uniquement par mail (pas Facebook ni par téléphone) pour m’indiquer votre commande, vos souhaits ou faire le point sur vos réservations. Notre stock n’est pas en ligne, mais il est informatisé. Nous avons plus de 12 000 volumes et près de 10 000 références.

  • Si je n’ai pas les livres que vous souhaitez, je peux prendre en note les commandes, mais elles ne seront lancées qu’au moment de la réouverture de la librairie ou de la reprise complète de la logistique du livre (distributeurs et transporteurs).

  • En fonction du stock je vous fais une proposition et un devis et si vous êtes d’accord vous indique quand vous pouvez venir récupérer votre commande. Merci de regrouper vos achats pour tenir au moins deux semaines de confinement et limiter ainsi vos sorties. Je n’habite pas à proximité de la librairie, merci aussi d’en tenir compte.

  • Vous cocherez la case « Déplacements pour achats de première nécessité » sur votre attestation. Ce sont les consignes transmises par le Ministère de l’Intérieur. La Police est censée avoir été informée, mais je ne peux pas vous garantir que vous ne soyez pas sanctionné en cas de contrôle. Vous pourrez toujours si besoin contester l’amende par la suite.

  • Vous venez seul(e) au moment du retrait. Vous vous signalez à l’entrée de la librairie. Vous réglez par Carte Bancaire prioritairement. Je vous encaisse sur le seuil et vous donne ensuite votre commande déjà préparée.

  • L’accès au magasin ne sera pas permis, vous ne pourrez pas consulter les livres.

  • Ne venez pas à l’improviste, uniquement sur rendez-vous.

  • Vous ferez en sorte de respecter les distances et les gestes barrières.

Ces procédures de retrait pourront évoluer en fonction des annonces du gouvernement ou des recommandations du Syndicat de la Librairie Française.

Si vous choisissez de venir à la librairie pendant le confinement pour retirer des commandes, ne le faites pas dans le but de la soutenir. Faites-le parce que c’est essentiel pour vous. Ces « ventes à emporter » aideront bien-sûr la librairie mais ne compenseront pas les pertes liées à la crise sanitaire qui sont colossales pour L’Odyssée. Un emprunt bancaire et votre fidélité à la levée du confinement suffiront à sauvegarder la librairie.

Pour cette semaine, je privilégie deux tranches horaires pour le retrait de vos commandes, cela pourra évoluer dans un sens comme dans l’autre, en fonction des demandes et des comportements :

Le mercredi 22 avril entre 10h et 12h et le vendredi 24 avril entre 10h et 12h.

Pour toutes questions, renseignements complémentaires, vous pouvez me contacter uniquement par mail : librairie.odyssee@gmail.com

Je n’ai qu’une hâte, qu’une envie, c’est d’ouvrir à nouveau la librairie sereinement, de vous laisser flâner et toucher les livres en toute liberté, de rire avec vous et mes collègues, d’échanger sur nos lectures… Mais il nous faudra patienter pour cela. En attendant il nous faut être courageux et raisonnable.

Prenez soin de vous et à bientôt,

Frédéric

P.S : mes collègues Fanny et Anna sont au chômage partiel mais en bonne santé, elles ont toutes deux hâte de vous retrouver !

Etés Anglais

Confinement livre 6 : Le roman anglais qui fait du bien.

Juillet 1937, au coeur du Sussex, rien ne semble troubler la douce routine de la famille Cazalet. L’été approchant, tout le monde a quitté Londres pour la résidence secondaire dans la campagne située à quelques kilomètres de la mer. Trois générations cohabitent sous le même toit en parfaite harmonie et dans le respect des traditions, domestiques compris.

Mais en Allemagne un oiseau de mauvaise augure agite l’Europe et on craint un nouveau conflit, et même une invasion. Et il y a ces trois frères qui semblent bien différents, la soeur Rachel gentiment vieille fille qui en pince pour une femme, le grand-père qui conduit à droite et radote, et les enfants qui à leur façon refont le monde.

En commençant ce roman de 550 pages, premier volume d’un cycle de quatre, on craint d’abord quelque chose d’un peu niais, longuet et gentiment dépassé. Mais plus on avance, et plus on s’attache à cette famille plus fragile qu’elle n’y paraît, et surtout plus complexe. Et on est frappé par la modernité du ton, de la narration habile et drôle, du propos féministe et mordant.

Elizabeth Jane Howard (1923-2014) est époustouflante dans ce roman, elle nous transporte d’un personnage à l’autre avec une aisance rare, une grande finesse psychologique. Roman historique et familial, portrait d’une Angleterre qui doute d’elle-même, La Saga des Cazalet est un délice qu’on sirote à l’ombre ou au soleil, qu’on ait le blues ou de l’entrain, qu’on soit libre ou confiné.

Frédéric

Eté Anglais,

La Saga des Cazalet Tome 1, Elizabeth Jane Howard, merveilleusement traduit de l’anglais par Anouk Neuhoff, La Table Ronde 24 €

Les Maia

Confinement livre 5 : le chef-d’oeuvre qui dormait dans ma bibliothèque.

Je suis d’un naturel prudent, j’aime bien faire des provisions au cas où la fin du monde arriverait plus tôt que prévu. Il y a trois ou quatre ans, lors d’un court séjour parisien, j’achetais une pile de livres dans une célèbre librairie parisienne. Parmi ceux-ci : Les Maia, d’Eça de Queiroz, qui était mis en avant par les libraires. Pensant le lire une fois rentré chez moi, le livre a finalement rejoint le rang des « réservistes » et a trouvé une jolie place dans une bibliothèque sous mon escalier (vous saurez tout). Comme je passe devant cette bibliothèque plusieurs fois par jour (c’est sur le chemin de la salle de bains et de mon bureau, vous saurez tout), je l’ai toujours surveillé d’un oeil en me disant que ce trésor de la littérature ne perdait rien pour attendre.

La suite vous la connaissez : pandémie, confinement et enfin du temps pour lire. Le livre a quitté le dessous de l’escalier et s’est retrouvé dans mes mains, sur le canapé, à côté de la fenêtre (sacré promotion !).

Eça de Queiroz était considéré par Borges comme « un des plus grands écrivains de tous les temps ». Il suffit de lire Les Maia pour s’en convaincre. C’est tout simplement extraordinaire. Sans doute l’un des plus beaux et plus puissants romans portugais jamais écrits. Paru en 1888, à l’origine prévu pour être publié sous la forme d’un feuilleton, Les Maia raconte l’histoire d’une famille très aisée évoluant dans les hautes sphères de la bourgeoisie de Lisbonne. Mais le roman s’axe principalement sur un personnage, Carlos, et le cercle d’amis qui gravite autour de lui. On y trouve toutes sortes d’oisifs, des rentiers volages, des poètes qui n’écrivent pas, des hommes politiques creux, des aristocrates. Et bien-sûr, des femmes.

Dans cette classe sociale gentiment décadente, un brin antisémite, qui ne voit pas que le siècle est en train de changer, on dîne chez l’un ou chez l’autre, on va à l’opéra, au restaurant, on fume le cigare et on joue au billard, on profite des résidences secondaires, on fait semblant de s’intéresser à la vie politique et on y joint la poésie, on se plaint sans cesse, on convoite l’épouse du voisin, on s’ennuie, et pire que tout : on tombe amoureux.

Tout cela pourrait sembler insipide, c’est en réalité sublime. Ecrit alors qu’il travaillait et vivait en Angleterre, l’auteur ajoute une bonne dose de critique et de satire à une oeuvre en apparence romantique. Il égratigne avec drôlerie ce milieu qu’il connaît si bien, pour lequel il garde toutefois une certaine affection. C’est l’un des points forts de ce grand roman, cette oscillation entre la nostalgie d’un monde à jamais perdu et la critique acerbe d’un pays qui rate tout et ne voit pas que l’Europe fonce vers le chaos.

800 pages de bonheur, de passions, de sentiments, de drames mais aussi de rires. Et un style merveilleux. Et Lisbonne ! C’est splendide, littéraire, et la fin… si belle !

Allez j’arrête.

Frédéric

P.S : je me permets de féliciter les excellentes éditions Chandeigne, une maison discrète mais qui depuis longtemps fait un remarquable travail autour des littératures lusophones (ce mot compte triple).

Les Maia, Eça de Queiroz, traduit du portugais par Paul Teyssier, éditions Chandeigne  25 €

Ce roman existe aussi depuis peu en collection de poche chez le même éditeur à 15 € !