Les Naufragés du Wager

En 1740, après de nombreux périples, le HMS Wager, 250 hommes à son bord, s’échoue sur une île particulièrement inhospitalière au large de la Terre de Feu. Deux ans plus tard, deux embarcations de rescapés agonisants rejoignent la civilisation à six mois d’intervalle. Leurs récits se contredisent… Mais qui dit la vérité ?

C’est l’un des naufrages les plus emblématiques de l’histoire de la Royal Navy, qui fit couler beaucoup d’encre, plongeant la marine militaire anglaise dans l’embarras.

Tous les ingrédients étaient pourtant réunis dès le départ pour un fiasco assuré : une expédition vite et mal montée pour saisir un galion espagnol rempli d’or à l’autre bout du monde, une escadre composée en grande partie de navires rafistolés et vermoulus, des équipages de conscrits, d’enrôlés de force, d’invalides, d’aristocrates déchus, menés par des capitaines en manque de gloire. Ajoutez à cela un certain John Byron, grand-père du célèbre poète ainsi qu’un canonnier lettré qui ne s’en laisse pas conter… sans oublier le Cap Horn et le détroit de Magellan, soit l’une des zones maritimes les plus hostiles de la planète, bref vous l’aurez compris, ce n’était pas gagné d’avance.

C’est à la fois rocambolesque, tragique autant qu’admirable, terrifiant et passionnant mais c’est avant tout divinement raconté. David Grann, l’auteur notamment de La Cité perdue de Z., s’appuie sur une source colossale d’archives, de témoignages et de journaux de bord, et nous livre un récit parfaitement maîtrisé, limpide et aussi prenant qu’un grand roman d’aventures, avec son lot de rebondissements et de personnages savoureux. Ses descriptions de tempêtes risquent notamment de vous faire passer l’envie de monter sur un bateau… Mutineries, île déserte, trahisons, des indigènes, des survivants qui s’étripent, une cour martiale, on ne manque de rien dans Les Naufragés du Wager, on y trouve même beaucoup de scorbut et un peu de cannibalisme… Un régal ! (si je puis me permettre…)

Frédéric

Les Naufragés du Wager, David Grann, parfaitement traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Johan-Frédérik Hel Guedj, éditions du Sous-Sol, 23.50 €

Veiller sur elle

1986, un moine se meurt dans une abbaye, entouré de ses frères. Dans les sous-sols, une oeuvre qui effraie le Vatican sommeille depuis des années, protégée et rigoureusement cachée.

1916, confié par sa mère auprès d’un oncle sculpteur, le jeune Mimo Vitaliani se découvre un talent exceptionnel pour cet art. Malgré sa petite taille qui fait de lui un paria, et en dépit des péripéties qui le conduiront d’une ville ou d’un atelier à l’autre, Vitaliani s’accroche à son génie et bouscule ses contemporains. Mais c’est au coeur de la campagne italienne, à Pietra d’Alba, que sa vie va changer, lorsqu’il rencontre pour la première fois la jeune Viola Orsini, noble farouche à la sensibilité exacerbée. 

C’est le début d’une amitié aussi redoutable qu’inspirante. Tandis que Viola refuse le rôle qu’on ne cesse de vouloir lui attribuer, Mimo profite de la montée du fascisme pour se faire un nom et asseoir sa réputation. Entre les mouvements de l’Histoire, la politique et les querelles de grandes familles aristocrates, leurs destins n’auront de cesse de se croiser.

Vous connaissez cette sensation : il y a des romans qui vous laissent un peu sonné, vide, presque triste une fois le livre refermé. Peut-être parce qu’après avoir vécu une vie (ou plusieurs) par procuration, il reste à la fin un petit quelque chose d’orphelin en vous. Mais cela ne dure jamais très longtemps. Les personnages sont à nouveau là, ils existent, ils vous accompagnent et pour toujours.

Lire Veiller sur elle, de Jean-Baptiste Andréa, c’est une chance inestimable : celle de ressentir à nouveau la joie du grand roman !

Frédéric

Veiller sur elle, Jean-Baptiste Andréa, éditions L’Iconoclaste 22,50 €

Le Présage

Toxey est âgé et commence à souffrir d’Alzheimer. Enfermé dans une maison de retraite, son seul plaisir consiste à guetter les visites de sa fille. Dehors le monde politique vacille et le chaos commence à se répandre dans tous les Etats-Unis.

Sachant que le temps lui est compté, Toxey n’a d’autre choix que de raconter son secret et d’affronter le gouffre de son passé.

Des décennies plus tôt, Toxey est un jeune noir qui parcourt sa ville un appareil photo autour du cou. Ses clichés font la joie des clients de la quincaillerie où il travaille. Mais un jour l’une des ses photos attire l’attention d’un homme mystérieux, tandis qu’une jeune femme est retrouvée morte dans une réserve naturelle. Toxey ne le sait pas encore, mais sa photo menace un certain Elder Reese, un riche héritier aussi brutal que maléfique, un futur sénateur à l’ambition dévorante, prêt aux pires bassesses pour arriver le plus vite possible tout en haut de l’échelle du pouvoir.

Dans cet imparable roman noir, aussi tranchant qu’un couteau bien aiguisé, Peter Farris s’attaque avec brio aux nouveaux monstres de la politique, nés du crime et de la corruption, dont la démagogie, l’argent et la violence sont les seules valeurs.

Un bijou d’efficacité d’une justesse alarmante.

« Puis il brandit le discours (…) et, avec un geste théâtral, il le déchira en deux et jeta les bouts de papier sur le côté. (…) Il tendit le cou pour scruter la salle et, avec un lèchement de babines reptilien, prononça les premiers mots qui lui vinrent à l’esprit.

– Les amis, je vais arriver à Washington à coups de tricherie, de mensonge et de vol, et vous n’aurez pas d’autre choix que de m’adorer. »

Le Présage, Peter Farris, traduit de l’américain par Anatole Pons-Reumaux, éditions Gallmeister 24,90 €