Temps noirs

Avec Darktown, Thomas Mullen inaugurait une série policière prometteuse, enrichie d’un contexte historique passionnant et inquiétant.

Atlanta, fin des années 40, alors que la ville est en pleine Ségrégation, la municipalité décide de faire bonne figure et recrute pour la première fois des noirs au sein de la police. Ce détachement spécial, chargé de patrouiller uniquement dans les quartiers noirs et dont le commissariat est une cave insalubre, n’est qu’une vitrine politique chargée d’apaiser les tensions raciales. Lorsqu’il rejoint cette unité, Lucius Boggs le sait pertinemment et n’a guère d’illusion malgré son idéalisme. Il sait aussi que même en tant que flic, croiser le regard d’un blanc peut lui coûter une balle dans la tête ou une corde autour de la nuque. Et surtout, il sait que parmi les blancs, ses collègues policiers sont les plus dangereux.

Darktown était une réussite en tout point. Heureusement pour nous, sa suite est tout aussi remarquable. Avec Temps noirs, l’auteur confirme son talent et renforce ses personnages et son intrigue. Nous sommes en 1950 et l’émergence d’une timide classe moyenne noire bouscule la conservatrice Atlanta. Les quartiers bougent et les blancs se sentent menacés. Tandis que le trafic de drogue se répand et que le Klu Klux Klan s’agite, les citoyens prennent les armes et des initiatives regrettables… Lucius Boggs a bien du mal à empêcher que tout explose et à gérer sa vie personnelle vacillante. Tiraillé entre un père pasteur adepte du compromis et une fiancée au passé sulfureux, les frontières s’estompent et le terrain devient glissant.

Découvrez sans tarder les polars de Thomas Mullen ! Vous succomberez vite à ces enquêtes brillantes et à cette ambiance anxiogène, où la peur est gravée dans les gênes des protagonistes. Quand traverser une rue pouvait vous ôter la vie, juste en raison de la couleur de votre peau.

Cerise sur le gâteau, le premier volume est désormais en poche.

Frédéric

Darktown, Thomas Mullen, traduit de l’américain par Anne-Marie Carrière, Rivages Noir 9.80 €

Temps noirs, Thomas Mullen, traduit de l’américain par Anne-Marie Carrière, Rivages Noir 23 €

L’Homme sans postérité

Confinement livre 7 : le classique allemand qui vous élève l’âme.

Voici l’une des merveilles cachées du domaine allemand Libretto, traduite pour la première fois en français en 1978 aux éditions Phébus.

Un adolescent quitte sa famille adoptive pour rejoindre un oncle ermite qui vit sur une île entourée de montagnes. Le séjour se déroule d’abord dans une froide hostilité, puis finalement les deux hommes se trouvent…

L’Homme sans postérité est un récit qui se lit comme on observe un tableau. Petit à petit l’oeil découvre des détails, on avance et puis on recule, des formes apparaissent, des ombres se dessinent, et peu à peu la lumière finit par l’emporter.

C’est une comparaison facile car Adalbert Stifter (1805-1868) fut aussi peintre. Mais c’est finalement en tant qu’écrivain qu’il marquera les esprits : Nietzsche, Hermann Hesse, Peter Handke… se revendiqueront de lui. Il y a d’ailleurs beaucoup de ces trois hommes chez Stifter, particulièrement dans ce court roman. Une métaphysique, une spiritualité et une quête de sens, mais aussi une écriture blanche, en recul. Les phrases, les mots, s’effacent pour laisser toute la place au texte. En pleine période romantique, c’est d’une surprenante modernité. Pourtant les images sont là : la jeunesse tourmentée, la solitude, les montagnes, un lac immense, une île presque inaccessible, une vieille abbaye, des falaises à pic… Il n’y manque plus qu’Hölderlin ! Mais justement, alors qu’ils sont si peu décrits, les paysages apparaissent avec une incroyable netteté. Le récit quant à lui garde une part de mystère, d’inconnu.

Frédéric

L’Homme sans postérité, Adalbert Stifter, élégamment traduit de l’allemand par Georges-Arthur Goldschmidt, Libretto 8.10 €

Retirer vos commandes à la librairie

Bonjour à toutes et à tous,

Avant tout merci pour vos mails et messages de soutien, merci pour votre patience, votre courage et votre humour.

Comme dirait Nicolas Bouvier, l’auteur de L’Usage du Monde:

« Moi, par dessus tout, c’est la gaieté qui m’en impose. »

La levée du confinement est provisoirement fixée au 11 mai. En attendant, le Ministère de l’Economie en partenariat avec celui de la Culture, a autorisé les librairies qui le souhaitent à procéder à des retraits de commandes.

Pour des raisons sanitaires évidentes, j’ai beaucoup de réticences face à cette pratique qui encourage les déplacements en pleine épidémie. Je connais des malouins qui ont eu le virus, qui l’ont. Le Covid-19 est là. La Bretagne n’est pas à l’abri, encore moins Saint-Malo. Le virus agit comme une roulette russe et peut vous tuer, ou l’un de vos proches. Il provoque des dégâts neurologiques, il n’est pas anodin, ce n’est pas une grippe.

Comme beaucoup de mes confrères, j’ai préféré ne pas me précipiter, respecter scrupuleusement le confinement en prenant mon mal en patience et privilégier votre sécurité. Tous les libraires n’ont pas réagi de la même façon. Quoiqu’il en soit, dans cette crise, les libraires ne sont pas des héros. Vous savez qui sont les vrais héros.

Mais les libraires vous écoutent, veulent vous aider et veulent que vous continuez à les soutenir. Je reçois régulièrement des demandes et je comprends tout à fait qu’on puisse souffrir d’un manque de livres. D’autant que le confinement est plus long que prévu.

Après avoir pesé le pour et le contre, longtemps hésité, consulté mes collègues de la librairie du Cabestan et de la Droguerie de Marine dont je me sens solidaire, j’ai finalement opté pour les retraits de commandes à partir du mercredi 22 avril.

Si vous souhaitez profiter de ce service, c’est simple mais il faut suivre ces indications :

  • Toute la logistique du livre n’ayant pas encore redémarré complètement, je ne peux vous servir que les livres qui sont en stock à la librairie.

  • Vous me contactez uniquement par mail (pas Facebook ni par téléphone) pour m’indiquer votre commande, vos souhaits ou faire le point sur vos réservations. Notre stock n’est pas en ligne, mais il est informatisé. Nous avons plus de 12 000 volumes et près de 10 000 références.

  • Si je n’ai pas les livres que vous souhaitez, je peux prendre en note les commandes, mais elles ne seront lancées qu’au moment de la réouverture de la librairie ou de la reprise complète de la logistique du livre (distributeurs et transporteurs).

  • En fonction du stock je vous fais une proposition et un devis et si vous êtes d’accord vous indique quand vous pouvez venir récupérer votre commande. Merci de regrouper vos achats pour tenir au moins deux semaines de confinement et limiter ainsi vos sorties. Je n’habite pas à proximité de la librairie, merci aussi d’en tenir compte.

  • Vous cocherez la case « Déplacements pour achats de première nécessité » sur votre attestation. Ce sont les consignes transmises par le Ministère de l’Intérieur. La Police est censée avoir été informée, mais je ne peux pas vous garantir que vous ne soyez pas sanctionné en cas de contrôle. Vous pourrez toujours si besoin contester l’amende par la suite.

  • Vous venez seul(e) au moment du retrait. Vous vous signalez à l’entrée de la librairie. Vous réglez par Carte Bancaire prioritairement. Je vous encaisse sur le seuil et vous donne ensuite votre commande déjà préparée.

  • L’accès au magasin ne sera pas permis, vous ne pourrez pas consulter les livres.

  • Ne venez pas à l’improviste, uniquement sur rendez-vous.

  • Vous ferez en sorte de respecter les distances et les gestes barrières.

Ces procédures de retrait pourront évoluer en fonction des annonces du gouvernement ou des recommandations du Syndicat de la Librairie Française.

Si vous choisissez de venir à la librairie pendant le confinement pour retirer des commandes, ne le faites pas dans le but de la soutenir. Faites-le parce que c’est essentiel pour vous. Ces « ventes à emporter » aideront bien-sûr la librairie mais ne compenseront pas les pertes liées à la crise sanitaire qui sont colossales pour L’Odyssée. Un emprunt bancaire et votre fidélité à la levée du confinement suffiront à sauvegarder la librairie.

Pour cette semaine, je privilégie deux tranches horaires pour le retrait de vos commandes, cela pourra évoluer dans un sens comme dans l’autre, en fonction des demandes et des comportements :

Le mercredi 22 avril entre 10h et 12h et le vendredi 24 avril entre 10h et 12h.

Pour toutes questions, renseignements complémentaires, vous pouvez me contacter uniquement par mail : librairie.odyssee@gmail.com

Je n’ai qu’une hâte, qu’une envie, c’est d’ouvrir à nouveau la librairie sereinement, de vous laisser flâner et toucher les livres en toute liberté, de rire avec vous et mes collègues, d’échanger sur nos lectures… Mais il nous faudra patienter pour cela. En attendant il nous faut être courageux et raisonnable.

Prenez soin de vous et à bientôt,

Frédéric

P.S : mes collègues Fanny et Anna sont au chômage partiel mais en bonne santé, elles ont toutes deux hâte de vous retrouver !