Ce qu’il advint du sauvage blanc

Quelque part en Australie, à proximité d’une plage déserte, un jeune matelot nommé Narcisse Pelletier, est abandonné sans raison apparente par son capitaine. Nous sommes au milieu du XIXème siècle.

Dix-sept ans ont passé lorsque l’équipage d’un navire anglais le recueille par hasard. L’homme vit nu au milieu des aborigènes, et semble avoir tout oublié, son nom, sa langue, son passé. Le vicomte Octave de Vallombrun, aventurier à ses heures et passionné de géographie, va le prendre sous son aile et tenter de retracer son itinéraire et ses origines. Son périple l’entraînera à Londres puis en France, où la bonne société va se passionner pour celui qu’on appelle “Le sauvage blanc”. Mais Narcisse Pelletier parle peu et surtout n’évoque rien de sa vie en Australie, au grand désarroi de son bienfaiteur.

Inspiré de faits réels, Ce qu’il advint du sauvage blanc est l’histoire émouvante d’un homme oublié coincé entre deux mondes. C’est aussi le récit passionnant d’une peuplade nomade, qui survit entre naïveté, simplicité, lucidité et cruauté. C’est le portrait d’une société civilisée bien plus cruelle et cynique que celle dite sauvage. C’est un premier roman formidable, mélancolique, une robinsonade picaresque qui évite pourtant tous les clichés.

En trois mots: une bonne pioche.

François Garde sera présent cette année au festival Etonnants Voyageurs (du 26 au 28 mai).

Rendez-vous sur le stand Gallimard-Librairie L’Odyssée !

Ce qu’il advint du sauvage blanc, François Garde, éditions Gallimard 21.50 €.

Thomas L’Agnelet, Gentilhomme de fortune

Les éditions Phébus réédite dans leur collection de poche Libretto une merveille de la littérature maritime et d’aventure : Thomas L’Agnelet, paru à l’origine en 1921 et dont l’auteur, Claude Farrère (prix Goncourt en 1905 et académicien en 1935) est depuis injustement tombé dans l’oubli.

Thomas Trublet est un malouin qui ne cherche qu’une chose : l’aventure ! Grâce à de récents exploits, un armateur lui confie La Belle Hermine, un navire flambant neuf, et lui propose d’aller rejoindre l’île de la Tortue, au coeur des Caraïbes, afin d’y jouer les corsaires pour le compte du Roi de France. Ce qui arrange bien notre héro, car un duel inopiné le met en fâcheuse posture et l’oblige à quitter Saint-Malo pour longtemps.

Son talent pour la navigation et le combat, son sens de la ruse et son autorité naturelle permettent à Thomas d’enchaîner prise sur prise. Surnommé “L’Agnelet”, il devient vite une légende vivante dans la mer des Caraïbes. Son succès et son audace ne semblent pas avoir de limite. A tel point que lorsqu’une belle espagnole, aussi farouche que coriace, le défie d’attaquer sa ville natale, son sang ne fait qu’un tour et Thomas relève aussitôt la provocation.

Ce roman de Claude Farrère provoque un intense plaisir de lecture ! Une jubilation même ! Rythmé, écrit dans une langue soutenue mais riche en expressions malouines pittoresques, il se dévore autant qu’il divertit. Corsaires, pirates, flibustiers, espagnols, hollandais, français, femmes fatales et vieux loups de mer, tous cohabitent joyeusement au sein du roman dans un festival de combats, d’abordages, d’amitiés et bien-sûr d’amours !

Thomas l’Agnelet est une cure de jouvence, un roman plein de fougue et de vie, et un tableau sensationnel de l’âge d’or des corsaires et des flibustiers du XVIIème siècle.

Thomas l’Agnelet, Gentilhomme de fortune, Claude Farrère, éditions Phébus Libretto 10.50 €.

Du bon usage des étoiles

Parce qu’en cette période presque estivale il fait beau et chaud, je vais vous parler d’un roman où il fait froid, très froid, et où la glace et la neige recouvrent tout l’horizon : Du bon usage des étoiles, de Dominique Fortier, auteure québecoise dont c’est le premier roman, publié aux éditions de la Table Ronde.

En 1845, deux navires quittent l’Angleterre, l’Erebus et le Terror, et mettent le cap sur l’Arctique dans le but de découvrir un passage hypothétique reliant l’Atlantique au Pacifique. Tout comme pour le Titanic, point de suspense ici quant à l’issue de l’expédition : ce sera un désastre total. Les navires resteront prisonniers des glaces et tous les marins mourront affamés et littéralement gelés.

Cette sinistre aventure tient à la fois de la farce et de la tragédie. L’expédition est mal préparée, tant sur le plan humain que matériel. Les décisions sont mauvaises et les choix douteux, les techniques d’orientation et de navigation sont encore balbutiantes, approximatives. Victimes d’une amirauté orgueilleuse, pas moins de 129 hommes périrent au final.

L’immense Dan Simmons avait déjà traité de cette expédition avec son roman Terreur (disponible en pocket), mais d’une manière plus dense et descriptive, et surtout empreinte de mystère et de fantastique. Le livre de Dominique Fortier est moins approfondi mais il n’en demeure pas moins excellent pour autant. Au contraire même, le style élégant et sobre, l’alternance entre les différents points de vue et protagonistes, l’ajout de documents authentiques, tout confère à une immersion rapide et tenace. En peu de mots, mais parce qu’ils sont sans doute bien choisis, Dominique Fortier nous décrit la lente agonie de cette expédition, la déchéance des hommes qui sombrent peu à peu dans le doute, la peur, la folie, et qui pourtant et avec dignité meurent en héros. Tandis qu’en Angleterre, bien au chaud dans les salons victoriens, les femmes des officiers trouvent le temps long, puis s’inquiètent et finalement s’angoissent.

Je vous recommande fortement Du bon usage des étoiles. Ce roman n’a pas la prétention d’être une oeuvre documentaire et historique. C’est un voyage littéraire plein de charme au bout de nulle part, là où tout est blanc, à perte de vue, à l’infini.

Du bon usage des étoiles, Dominique Fortier, éditions de La Table Ronde 20 €.

Suivre

Get every new post delivered to your Inbox.

Joignez-vous à 63 followers