Le retour de Silas Jones

Officier de police d’une petite bourgade du Mississippi, Silas Jones mène une vie tranquille faite de routine, de querelles de voisinage et de flirts maladroits. Jusqu’au jour où une jeune fille disparaît et où tout semble accuser Larry Ott, un marginal solitaire, victime de la rumeur et mis au ban de la ville.

Silas n’est pas très loquace au sujet de Larry. Lorsqu’il passe avec sa voiture de patrouille devant son garage désert, il ne tourne pas la tête et fais comme s’il n’existait pas. Et lorsque Larry l’appelle au téléphone, Silas ne répond pas. Pourquoi ? Parce qu’il y a vingt ans Larry et Silas étaient amis. Et parce qu’il y a vingt ans une autre jeune fille avait disparu, et Larry avait été accusé malgré l’absence de preuves et de corps. Silas lui, avait quitté la ville peu après.

Ah j’oubliais : Larry est blanc et Silas est noir. Cela peut paraître anodin de nos jours. Mais au coeur du Mississippi, dans les années soixante-dix comme vingt ans plus tard c’est loin d’être un détail.

Roman sudiste aux accents de polar, Le retour de Silas Jones est un livre admirable, touchant, qu’on peine à refermer. Faire la paix avec son passé n’est pas chose aisée dans l’Amérique de Tom Franklin.

Le retour de Silas Jones, Tom Franklin, éditions Albin Michel “Terres d’Amérique” 22.90 €.

Le sillage de l’oubli

Si vous avez trop froid en hiver et trop chaud cet été.

Si vous trouvez que votre vie est difficile et votre travail éreintant.

Si vous pensez avoir manqué d’affection dans votre enfance.

Alors plongez-vous dans Le sillage de l’oubli de Bruce Machart. Vous verrez qu’au Texas la vie n’est pas facile non plus. Particulièrement au début du XXème siècle. Entre un père brutal qui vous rend responsable de la mort de sa femme, vous oblige à tirer la charrue à la seule force des épaules, et une jolie mexicaine qui va vous briser le coeur et vous fâcher à vie avec vos frères, la vie n’est pas simple tous les jours.

Avec ce premier roman, Bruce Machart ferait presque passer Cormac McCarthy pour un clown du cirque Pinder. C’est dur, c’est rude, c’est âpre, ça sent le cheval, l’alcool et les coups de cravaches. Mais ne vous y trompez pas, derrière tout cela se cache ce qu’il faut de lyrisme, d’images fortes, de drames familiaux, de sentiments et d’amours déçus pour vous tenir en selle du début à la fin. L’ami Bruce a l’art de raconter des histoires.

C’est bon, c’est Gallmeister.

Le sillage de l’oubli, Bruce Machart, éditions Gallmeister 23.60 €.

1Q84

Vous êtes nombreux à me demander ce qu’il en est du nouveau Murakami !

Encensé par les critiques, des millions d’exemplaires vendus au Japon, les deux premiers volumes présents dans le peloton des meilleures ventes de la rentrée en France… Encore un phénomène éditorial qui donne le tournis, agace, ou pique la curiosité !

J’ai donc attendu un peu que la rentrée littéraire se calme pour le lire tranquillement et me faire mon avis.

Le moins qu’on puisse dire c’est que la quatrième de couverture est assez dissuasive : “Une oeuvre hypnotique et troublante. Un roman d’aventures. Une histoire d’amour. Deux êtres unis par un pacte secret.”

Cela fait peur, non ? Pour un peu on se croirait dans un mauvais Marc Levy…

Et pourtant 1Q84 est bien plus que ça. Comme quoi il ne faut pas se fier aux apparences.

Le premier tome nous conte l’histoire d’un trentenaire chargé par un éditeur de réécrire le premier roman d’une lycéenne en vue de le publier. A côté nous suivons la vie d’une autre trentenaire, une femme au passé mystérieux dont le travail est pour le moins étrange…

A première vue l’intrigue n’a rien de palpitant. Il faut d’ailleurs bien 50 à 60 pages avant d’entrer dans le roman. Le style de Murakami n’est pas particulièrement époustouflant, mais on se laisse malgré tout prendre au jeu. Surtout lorsqu’un lien entre les deux personnages commence à se dessiner, là il faut l’avouer, le roman devient réellement prenant !

Au final 1Q84 est plus proche d’un roman d’Abé Kôbô que d’un Marc Levy (toutes proportions gardées). Les thèmes abordés sont sombres : violence envers les femmes, fanatisme religieux et mystique, aliénation de la société japonaise, phénomènes des brimades à l’école et des boucs émissaires, pressions familiales… Et le basculement dans le fantastique avec cette altération de la réalité fonctionne bien, il faut dire que Murakami maîtrise depuis longtemps ce type d’univers.

Malgré une écriture un peu neutre ou trop froide, le premier tome de 1Q84 finit par se dévorer sans complexes. L’appétit vient en mangeant comme disait ma grand-mère. Reste à voir si l’histoire se tient sur les 3 tomes. Mais pour l’instant tous les voyants sont au vert !

1Q84 livre 1 et livre 2, Haruki Murakami, éditions Belfond à 23 € chaque.

A noter que le troisième et dernier tome est à paraître en France en 2012.

Suivre

Get every new post delivered to your Inbox.

Joignez-vous à 63 followers