Asterios Polyp

Aussi mystérieux que le nom qu’il porte, Asterios Polyp est un professeur d’université proche de la cinquantaine, un architecte qui a connu son heure de gloire et qui désormais abuse de sa notoriété pour séduire ses étudiantes. Armé d’une bonne dose de cynisme, son quotidien est fait de cocktails superficiels et de rencontres éphémères. Mais derrière cette façade se cache un artiste frustré, et surtout un homme éperdu d’amour.

Cette bande dessinée de David Mazzucchelli, proche d’un roman graphique, est un voyage éblouissant. Le dessin vous emporte tout de suite, avec un jeu de couleurs magnifiquement pensé et une simplicité aussi efficace qu’étudiée. L’histoire quant à elle regorge de surprises, et surtout de personnages pittoresques très attachants.

C’est en fuyant l’incendie qui ravage son appartement qu’Astérios Polyp va entreprendre un voyage au coeur de l’Amérique profonde. Il y découvrira quelques plaisirs simples, mais surtout fera le point sur sa vie, plus particulièrement l’histoire d’amour qui l’a laissé brisé. Avec ces retours en arrière, le lecteur découvrira qu’Astérios est plus sensible qu’il n’y paraît, gagnant au passage plus de sympathie.

Riche en contenu, d’une finesse rarement atteinte en bd, Asterios Polyp est un voyage au coeur de l’amour et de ses vicissitudes, dans la vie mouvementée d’un couple où l’art et les sentiments sont difficiles à gérer. Une grande bd américaine et une oeuvre étonnante à ne pas rater !

Asterios Polyp, David Mazzucchelli, éditions Casterman 29,95 €.

Le Troisième Testament – Julius livre 1

Très attendu au tournant, ce premier tome du nouveau cycle du Troisième Testament (à la base l’une des séries historiques et ésotériques les plus marquantes de ces dernières années) est une totale réussite ! On retrouve les auteurs du premier cycle : Alex Alice (scénario et storyboard) et Xavier Dorison (scénario et concept original). Si dans les 4 premiers tomes le dessin était assuré par Alice, il est cette fois-ci confié à Robin Recht. Ce dernier s’en sort à merveille ! Tout en respectant l’aspect graphique du premier cycle (atmosphère sombre, découpages cinématographiques, scènes dessinées de haut à vous donner le vertige, etc.), il apporte un réel dynamisme à l’intrigue, en variant notamment le nombre de cases et leur disposition au sein des planches ainsi que les prises de vues. Quant au travail de colorisation, assuré par François Lapierre, il est impeccable.

“Débarrassés” de la charge du dessin, Alice et Dorison ont donc pu se consacrer pleinement à l’histoire et à l’écriture. Quelques décennies après la venue du Christ, Julius, un général romain cruel et ambitieux se voit déchu suite à la trahison de sa fille.  Au cours de sa longue descente aux enfers, qui l’emmènera jusqu’à une mine de souffre en plein désert, il croisera le chemin d’un homme taciturne, un prophète qui prétend avoir rencontré Jésus et qui tente de rassembler juifs et chrétiens.

Avec ses 80 planches, ce tome 1 vous réserve bien des surprises ! Racontée avec talent et parfaitement mise en scène, l’histoire ne nous laisse pas sur notre faim. On attend déjà la suite, certes, mais ce début de cycle nous laisse comblés !

Le Troisième Testament – Julius – Tome 1, éditions Glénat 14.99 €.

Solanin

Solanin est un manga “d’auteur” en deux volumes, paru en 2007 en France mais que je n’ai découvert que tout récemment par hasard. Mieux vaut tard que jamais, car il s’agit d’une oeuvre remarquable, poignante et drôle.

Solanin raconte le parcours d’un groupe d’amis d’une vingtaine d’années, à une époque charnière de leur vie, celle du passage réel à l’âge adulte et à la responsabilité. Perdus dans un Tokyo tentaculaire, chacun se débrouille plus ou moins en faisant des petits boulots précaires et mal payés, tâchant de concilier amour, musique, travail et indépendance. Mais les années passent et finalement le temps des décisions approche. Doivent-ils renoncer à leur rêve de jeunesse pour autant et accepter de travailler pour de bon pour une grande société ?

Difficile de résumer Solanin sans en dévoiler les ressorts dramatiques (la fin du tome 1 est bouleversante). Mais ce qui fait le charme si particulier de cette bande dessinée c’est la narration, cette “voix off” des personnages qui s’interrogent sur leurs choix, leurs sentiments, ce qui fait le sens ou non de leur vie. Le talent d’Asano est aussi de donner un visage humain à Tokyo, loin de l’image de la mégalopole bruyante et surpeuplée, à travers des pauses graphiques apaisantes et poétiques. Et que dire de son don pour dessiner les visages ! En quelques coups de crayon, l’auteur est capable de faire passer des émotions fortes et complexes comme la jalousie, l’admiration, la plénitude… Quant à son sens de l’humour, il n’est pas en reste ! Certaines planches ou cases vous feront même exploser de rire !

Sur fond d’amour et de rock, Solanin est une histoire sensible et belle, mais aussi le portrait d’une jeunesse attachante qui se cherche, qui hésite à sacrifier ses rêves sur l’autel du travail et de la réussite comme leurs ainés.

Solanin, Inio Asano, Editions Kana, 10 € le volume.

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