Chroniques de Jérusalem

Le dessinateur québécois Guy Delisle, qui puise l’inspiration dans son expérience, vient de publier les Chroniques de Jérusalem. Accompagnant sa femme qui part pour un an à Jérusalem pour le compte de Médecins Sans Frontières, il décide comme dans sa précédente BD, Chroniques Birmanes, de raconter son quotidien.

Avec le recul de celui qui observe sans s’engager, Guy Delisle oscille entre agacement, émerveillement et découverte d’un univers pour le moins dépaysant. Peu à peu, au gré des rencontres et des évènements, l’auteur ne cache pas son incrédulité face au chaos politique et religieux qui règne en Israël. Entre les partages de territoires plus absurdes les uns que les autres, les parties de la ville qu’il faut éviter tel ou tel jour en raison des fêtes religieuses, les innombrables checkpoints de l’armée et les interrogatoires sans fin à l’aéroport, l’expérience s’avère pleine de surprises mais aussi de petites galères qui pourraient vite dégénérer à cause de la paranoïa ambiante. A travers des petites scénettes propres au style “blog” qui le caractérise, Guy Delisle, tout en gardant sa neutralité et une certaine distance, nous dresse un état des lieux plutôt sans espoir de la région, où tout est fait pour humilier l’autre, reléguant la paix à un lointain concept abstrait. Et au passage, l’auteur n’oublie pas d’épingler ici ou là les petits travers des personnes qu’il croise, les locaux comme les expatriés, en commençant par lui-même !

Malgré parfois une certaine naïveté (qui cela dit fait du bien !) et un ton un brin pédagogique, ces Chroniques de Jérusalem sont drôles, enrichissantes, instructives, inquiétantes et tendres, humaines tout simplement. Les anecdotes sont savoureuses, la mise en scène quant à elle est subtile, et le dessin qui n’est pas aussi simple qu’il n’y paraît, capte bien la magie de certains lieux et le cocasse des situations.

Chroniques de Jérusalem, Guy Delisle, éditions Delcourt 25 €.

La saga du Pouvoir des innocents.

Il y a neuf ans s’achevait Le pouvoir des innocents, une série de bande dessinée en 5 volumes, remarquée et remarquable !

Les deux auteurs, Luc Brunschwig et Laurent Hirn, remettent le couvert en sortant cette fois-ci en parallèle  pas moins de deux séries distinctes : Les enfants de Jessica et Car l’enfer est ici, à laquelle participe un troisième compère : David Nouhaud.

La première série se passe en 2007, soit 10 ans après le pouvoir des innocents. Les Etats-Unis sont à la veille d’un plan de mesures sociales d’une ampleur sans équivalent dans l’histoire du pays. Mais beaucoup d’intérêts politiques ne l’entendent pas de cette oreille. Dans cette Amérique en proie à la pire crise économique de son histoire, la violence et la corruption ne demandent qu’à s’exprimer librement…

Car l’enfer est ici se passe cette fois-ci seulement 6 mois après la fin de la série originale. Joshua Logan est un terroriste présumé, soupçonné d’être le responsable d’un attentat abominable. Traqué, celui-ci veut se rendre à la police pour prouver son innocence et dévoiler au monde le complot dont il s’estime victime. Mais au lendemain de l’élection controversée d’un nouveau maire à New-York, la vérité peut s’avérer vite embarrassante.

N’y allons pas quatre chemins, ces deux nouvelles séries sont excellentes ! Un scénario mature de politique-fiction très crédible. Des dessins à la hauteur des ambitions. Une narration sans failles… Rien à redire on est là dans le haut de gamme !

Mieux encore, pas besoin d’avoir lu Le pouvoir des innocents pour apprécier à leur juste valeur ces deux séries, c’est dire !

Et plus encore, la crise économique et politique américaine récente donne un côté visionnaire à cette oeuvre.

Oubliez XIII et Largo Winch, avec la saga du Pouvoir des innocents on est au-dessus du lot.

Les enfants de Jessica, Brunschwig et Hirn, éditions Futuropolis à 11 €.

Car l’enfer est ici, Brunschwig, Hirn et Nouhaud, éditions Futuropolis à 13 €.

Les 5 tomes de la série originale Le pouvoir des innocents sont disponibles chez Delcourt à 13.50 € chaque.

Quelques bds pour rire et rêver !

Plusieurs très bonnes bds viennent égayer ce début d’année un rien frisquet : tout d’abord un peu d’humour noir avec L’île aux cent mille morts, du dessinateur Jason. Avec ses personnages placides au regard vide, son humour décalé, gentiment macabre mais un brin profond, Jason est un auteur de talent qui gagne à sortir de l’underground ! Assisté cette fois d’un scénariste confirmé, Fabien Velhmann, il revisite l’univers de la piraterie en suivant une jeune fille partie à la recherche de son père disparu, laquelle va se retrouver sur une île plus que mystérieuse où sévit une école de… bourreaux ! Un régal, quand Woody Allen et Lewis Trondheim revisitent Stevenson !

L’île aux cent mille morts, Jason et Velhmann, éditions Glénat 15 €.

Les Quatres Soeurs, dont le premier tome vient de paraître, est une formidable adaptation du roman en 4 volumes de Malika Ferdjoukh paru il y a quelques années à l’Ecole des Loisirs. Graphiquement somptueuses, les planches sont aussi virevoltantes que leurs héroïnes. Pétries de bonnes références (au cinéma et à la littérature), ces Quatres Soeurs (qui sont en fait 5 dans cet épisode) sont de bonne compagnie et leurs aventures aussi attachantes que drôles. Il se dégage de cette oeuvre un charme espiègle que n’auraient pas renié les soeurs Brontë… Vivement la suite !

Quatre Soeurs T1 Enid, Malika Ferdjoukh et Cati Baur, éditions Delcourt 14.95 €.

 

Plus exigeante mais non moins magnifique, Féroces Tropiques nous conte l’aventure extraordinaire d’un peintre allemand dans la folie de la première partie du siècle dernier. Entre un séjour forcé au coeur d’une tribu sauvage quelque part en Nouvelle-Guinée, le front de la guerre de 14 et la montée du fascisme en Allemagne, à défaut de comprendre les hommes notre héros finira par découvrir sa propre vérité. Un voyage extraordinaire et riche en couleurs : entre Egon Schiele, Van Gogh et Gauguin, Pinelli et Bellefroid signent là une grande bd où chaque case éblouit le lecteur, et où le texte force à l’introspection.

Féroces Tropiques, Pinelli et Bellefroid, éditions Dupuis / Aire Libre 15.95 €

Enfin à noter que l’excellente bd chez Casterman de David Mazzucchelli, Asterios Polyp, que nous vous chroniquions dès le mois d’octobre, vient d’obtenir le Prix Spécial du Jury lors du festival d’Angoulême !

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