Les ombres du passé

Premier volume d’une trilogie policière sur les secrets et les drames familiaux, Les ombres du passé est ce qu’on pourrait appeler un petit chef-d’oeuvre du genre. Tout est pourtant bien classique au départ : Roy Slater revient dans la ville de son enfance pour s’occuper de son père mourant, lequel le déteste ouvertement et ne mâche pas son animosité. La découverte d’un cadavre dans un bois et les réminiscences de son ancienne vie vont l’amener à faire le point sur le grand drame de son enfance : le suicide de son frère en prison, arrêté après un double meurtre.

Le grand art de Thomas H. Cook, est de dévoiler l’intrigue par petits morceaux, presque négligemment, un indice au détour d’une conversation, un souvenir visuel qui remonte à la surface, comme autant de poussière qu’on enlèverait d’un tableau afin de découvrir la toile originale cachée depuis des années. L’autre point fort de l’auteur, c’est son efficacité. Le style est simple, peu de descriptions, et pourtant l’ambiance est bien là, pesante, sombre, avec des personnages marqués qui manipulent la vérité à leur guise.

Que s’est-il donc passé il y a vingt ans, dans cette ville perdue où deux communautés semblent se haïr, et où le Shérif détient tous les pouvoirs ? Pourquoi tout le monde regarde Roy étrangement, quel rôle a-t-il joué dans le double meurtre ? Entre mélancolie et roman noir, Thomas H. Cook nous immerge dans l’ambiguïté des liens familiaux, avec un talent rare pour la narration et le suspense. Et comme toujours chez Cook, la vérité est là, sous nos yeux et ceux des protagonistes, simple mais cruelle.

A noter qu’en septembre paraîtra toujours en folio le deuxième volume de cette trilogie, Les feuilles mortes, un chef d’oeuvre total qui se lit d’une traite. Mais on en reparlera !

Les ombres du passé, Thomas H. Cook, Folio Policier 5.60 €.

Le Don

Le Don, l’ultime héritage, de Patrick O’Leary est un roman de fantasy charmeur, roublard, qui tout en respectant les canons du genre (les dragons, la magie, la lutte du bien contre le mal), affiche une nette originalité. Tout d’abord l’écriture est belle, simple mais souvent poétique, riche en images et en symboles. Et l’histoire, qui au départ est formée de plusieurs intrigues qui s’emboîtent les unes dans les autres, tel un jeu de poupée russe, est au final plus facile à suivre qu’il n’y paraît.

Cela commence sur un navire, en pleine nuit, entourée d’une mer d’huile et sombre, où dorment quelques mystérieux monstres marins. Un matelot, conteur à ses heures, va transmettre à l’équipage et à son capitaine une bien étrange histoire, où il est question d’oiseau maléfique, de roi déchu, de sorciers mythiques, et surtout du vent, ce vent mystérieux qu’on chevauche, qui est à la source de toute la magie du royaume.

Petit à petit ce conte va s’étoffer, et un autre conte va s’en détacher, puis encore un autre… Mais tout cela n’est-il qu’un conte ?

Patrick O’Leary, écrivain américain dont c’est le second roman publié en France, signe là une oeuvre attirante et féerique, humble et subtile.

Le Don, Patrick O’leary, éditions Mnémos 21 €.